L’homme aux 10 000 CHAN­SONS

Gre­go­ry Charles se re­cule sur sa chaise, lève les yeux au ciel et met en marche ra­pi­de­ment sa pro­di­gieuse mé­moire. Com­bien de chan­sons dif­fé­rentes a-t-il in­ter­pré­tées de­puis ses dé­buts sur scène? « Près de 10 000 » , laisse-t-il tom­ber après quelques seco

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Dix mille!!! Même im­po­sant, le nombre nous étonne à peine.

« Quand nous avons ar­rê­té Noir et blanc, en 2007, on avait dé­cla­ré, aux fins de droits, 7 000 chan­sons dif­fé­rentes. On doit donc être près de 10 000 », sou­met Gre­go­ry Charles, qui s’ins­talle à comp­ter de mer­cre­di soir, jus­qu’au 31 dé­cembre, au Ca­pi­tole, pour une sé­rie de quinze re­pré­sen­ta­tions.

Vous le sa­vez, Gre­go­ry Charles joue mer­veilleu­se­ment bien d’une plé­thore d’ins­tru­ments et, sur­tout, est do­té d’une mé­moire ISO 9001. Au scribe qui lui en fait la re­marque, l’ar­tiste ré­pond, en re­la­ti­vi­sant, qu’il faut certes une bonne mé­moire pour jouer toutes ses chan­sons par coeur, mais qu’il faut sur­tout ai­mer et connaître la mu­sique.

« Je te dis des af­faires, tu les écris parce que tu connais la langue. Moi, c’est la même chose. Je n’ai pas be­soin de m’as­seoir et de lire la chan­son. Ce que j’en­tends, je peux m’as­seoir et le jouer parce que je connais ce lan­gage, je connais la mu­sique. Le thème de Passe-par­tout, pas be­soin de lire ça nulle part. Je l’en­tends, je le joue. Il va me res­ter dans la tête. C’est vrai pour n’im­porte quelle chan­son, de n’im­porte quel genre. »

Mais, lui ré­pond-on, il doit bien y avoir un style qu’il ne peut pas re­pro­duire. Le hea­vy mé­tal, par exemple?

«Le hea­vy mé­tal, ce n’est pas dif­fi­cile. C’est le rap parce que ce ne sont pas né­ces­sai­re­ment des chan­sons. C’est un rythme avec du monde qui parle par-des­sus. C’est plus dif­fi­cile à faire, parce qu’il faut que tu connaisses des tonnes et des tonnes de mots. Au­tre­ment, il y a l’opé­ra, parce que ça existe de­puis 400 ans et qu’il y en a en ita­lien, en es­pa­gnol, en al­le­mand, en chi­nois, en ja­po­nais. »

ADO­LES­CENCE MU­SI­CALE

Avant d’avoir une dis­co­thèque com­plète dans son ci­bou­lot, Gre­go­ry Charles a écou­té des mil­liers d’al­bums. Toute son ado­les­cence a été consa­crée à dé­cou­vrir la mu­sique.

« Quand j’étais jeune, se rap­pelle-t-il, il y avait une place, à Mon­tréal, qui s’ap­pe­lait Le centre du disque. C’était te­nu par un aveugle qui avait des disques en vi­nyle de tous les genres. Tu pou­vais louer des disques pour 5, 10 ou 15 cents. T’ar­ri­vais au comp­toir et il di­sait : Oh this is so good! Il ne voyait pas, il n’y avait pas de braille. Je ne sais tou­jours pas com­ment il pou­vait les iden­ti­fier. Mes an­nées de pré­ado­les­cent et d’ado­les­cent ont été pas­sées à écou­ter de la mu­sique. Je sor­tais des pans de mur de disques, je les louais, je les ra­me­nais chez nous et je les en­re­gis­trais sur une cas­sette. Je le sais, c’était illé­gal. Ce mo­ment-là est ma­gni­fique, parce que je ne fai­sais que dé­cou­vrir des af­faires. »

Main­te­nant au dé­but de la qua­ran­taine, Gre­go­ry ne peut que consta­ter l’évi­dence : ac­ca­pa­ré par mille et un pro­jets, ti­raillé par l’en­vie de ré­écou­ter la mu­sique de son en­fance, il n’a plus au­tant de temps à ac­cor­der aux dé­cou­vertes mu­si­cales.

« Main­te­nant, j’ai des res­pon­sa­bi­li­tés, je suis pro­prié­taire, je di­rige une en­tre­prise, j’ai une re­la­tion avec quel­qu’un. Je suis tou­jours un peu pris entre le dé­sir de dé­cou­vrir de nou­velles af­faires et le be­soin de re­tour­ner aux vieilles. Je com­prends pour­quoi mes pa­rents ont dé­cro­ché de la mu­sique. Mon père était un mé­ga­fan des groupes rock, de jazz. Vers le mi­lieu des an­nées 80, ils ont comme dé­cro­ché. Je me de­man­dais pour­quoi. Ils avaient, comme moi, at­teint l’âge où t’es at­ti­ré par ce qui sort de nou­veau, mais c’est tel­le­ment moins in­té­res­sant que ce qui est dé­jà sor­ti. » Gre­go­ry Charles se­ra au Ca­pi­tole, à 15 re­prises, du 8 au 31 dé­cembre. Pour les dates pré­cises, vi­si­tez le www.le­ca­pi­tole.com.

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