MO­DÈLES AU BORD DU PRÉ­CI­PICE

Quand vous re­gar­dez la té­lé­vi­sion et écou­tez la ra­dio de la ma­nière ha­bi­tuelle ou sur votre iPad ou votre té­lé­phone in­tel­li­gent, vous le faites ins­tinc­ti­ve­ment sans vous cas­ser la tête ou vous de­man­der ce que ces avan­cées si­gni­fient pour votre dif­fu­seur o

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

Mal­gré les ap­pa­rences, la crise qui conti­nue de mettre en pé­ril la plu­part des jour­naux et des ma­ga­zines, n’épargne ni la té­lé ni la ra­dio ni même les so­cié­tés qui nous donnent ac­cès à In­ter­net et à ses ser­vices. Je vous rap­pelle d’abord la ques­tion que je po­sais, la se­maine der­nière, dans cette page. Puisque le CRTC ne contrôle pas In­ter­net, quelle uti­li­té au­ront ses règles obli­geant les dif­fu­seurs à pro­gram­mer des pour­cen­tages im­por­tants de conte­nu ca­na­dien lorsque nous consom­me­rons une grande par­tie de notre té­lé par In­ter­net? J’ai po­sé la ques­tion à un haut fonc­tion­naire du CRTC, la se­maine der­nière, et vous sa­vez ce qu’il a ré­pon­du? « Nous n’avons pas en­core en­vi­sa­gé cette hy­po­thèse qui est en­core loin d’être une réa­li­té. » Voi­là un homme bien op­ti­miste…

LES COÛTS EX­PLOSENT

De­puis des an­nées, nos té­lé­vi­sions sont in­ca­pables de s’of­frir de grandes émis­sions coû­teuses comme la plu­part des té­lé­ro­mans et des sé­ries dra­ma­tiques. Sans les cré­dits d’im­pôt des gou­ver­ne­ments fé­dé­ral et pro­vin­cial et sans l’ap­port des di­verses so­cié­tés d’aide, ces émis­sions dis­pa­raî­traient de nos ondes. Les coûts de pro­duc­tion ex­plosent, mais les di­verses aides pla­fonnent ou di­mi­nuent… Com­ment pro­dui­rons-nous de­main?

Quatre grands groupes com­posent dé­sor­mais notre pay­sage au­dio­vi­suel : Que­be­cor, qui compte Vi­deo­tron, TVA et plu­sieurs chaînes de té­lé dans son gi­ron, BCE/CTV, Shaw/Can­west et Ro­gers/Ci­ty TV. Ces groupes pos­sèdent aus­si des té­lé­vi­sions payantes, des ma­ga­zines et même des jour­naux. Pour gran­dir et évo­luer, ils misent tous sur les nou­velles plates-formes qui nous per­mettent de voir du conte­nu n’im­porte où n’im­porte quand.

CE MO­DÈLE EST-IL À L’ABRI?

En prin­cipe, pou­voir sa­tis­faire tous les be­soins de conte­nu des consom­ma­teurs en plus de contrô­ler les « tuyaux » par les­quels passe le conte­nu de­vrait consti­tuer un mo­dèle à l’épreuve de toute faillite. Mais est-ce si vrai? Le pas­sé ré­cent n’en four­nit pas la preuve. Qu’on se rap­pelle la fu­sion de 350 mil­liards de Time War­ner avec AOL aux États-Unis, il y a quelques an­nées. Ce fut un in­croyable dé­sastre fi­nan­cier! L’aven­ture de Can­west (la fa­mille As­per de Win­ni­peg) en té­lé­vi­sion avec le ré­seau Glo­bal et les chaînes spé­cia­li­sées d’Al­liance At­lan­tis n’a pas mieux tour­né.

Au Ca­na­da, des groupes sou­haitent que les four­nis­seurs d’ac­cès à In­ter­net soient for­cés d’in­ves­tir un pour­cen­tage de leurs re­ve­nus dans du conte­nu ca­na­dien, comme ils le font dé­jà pour les re­ve­nus qu’ils tirent des bou­quets de chaînes qu’ils nous offrent sur notre écran de té­lé. Les four­nis­seurs s’y op­posent avec vi­gueur.

En France, ce sont les grands uti­li­sa- teurs d’In­ter­net qu’on sou­haite taxer afin qu’ils par­ti­cipent au fi­nan­ce­ment de conte­nus fran­çais. Après tout, c’est à cause de Google, de Ya­hoo!, de Fa­ce­book, Twit­ter et com­pa­gnie si les four­nis­seurs d’ac­cès doivent dé­pen­ser des for­tunes pour que leurs « tuyaux » puissent li­vrer un dé­bit de conte­nu aus­si consi­dé­rable!

Vous voyez bien que l’ave­nir est en­core très in­cer­tain et que nos mo­dèles d’af­faires tra­di­tion­nels sont au bord de l’abîme.

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