BEE­THO­VEN tra­duit en mots

L’au­teur fran­çais Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt a beau être l’un des au­teurs fran­co­phones les plus lus dans le monde, il est tou­jours aus­si pas­sion­né par la mu­sique, qu’il a étu­diée au conser­va­toire de Lyon. Bach, Mo­zart et Bee­tho­ven l’ac­com­pagnent et l’ins­pirent

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais

Son tout der­nier ou­vrage de fic­tion s’ins­pire de l’oeuvre puis­sante de Bee­tho­ven et porte en titre la re­marque pi­quante et pleine d’hu­mour de Mme Vo Than Loc, qui fut son pro­fes­seur de pia­no : « Quand je pense que Bee­tho­ven est mort alors que tant de cré­tins vivent... »

Bee­tho­ven était en quelque sorte en exil dans la vie de l’écri­vain de­puis la fin de son ado­les­cence. De fa­çon im­promp­tue, il est re­ve­nu dans sa vie lors de la vi­site d’une ex­po­si­tion de masques à Co­pen­hague. Il a eu en­vie de le ré­écou­ter.... puis s’est de­man­dé pour­quoi il s’était éloi­gné de lui.

L’écri­vain et phi­lo­sophe ex­plore cette ques­tion, et bien d’autres, dans un ou­vrage ex­quis qui met des mots d’une jus­tesse par­faite sur l’in­ten­si­té du mes­sage de Bee­tho­ven. Il est sui­vi du mo­no­logue Ki­ki van Bee­tho­ven, qui n’est pas moins puis­sant puis­qu’il ra­conte com­ment une femme dans la soixan­taine a été pro­fon­dé­ment gué­rie par la mu­sique, en ac­cep­tant d’abord d’avoir très mal, puis d’épou­ser à nou­veau l’exis­tence.

Le livre s’ac­com­pagne d’un CD d’oeuvres de Bee­tho­ven choi­sies à l’aveugle par l’au­teur, qui vou­lait avant tout par­ta­ger des in­ter­pré­ta­tions « très vives, très dy­na­miques et très spi­ri­tuelles » avec ses lecteurs, au fil des pages. La lec­ture dé­bute d’ailleurs avec la brillante ou­ver­ture de Co­rio­lan, in­ter­pré­tée par la Co­lum­bia Sym­pho­ny Or­ches­tra. Pour ou­vrir l’ap­pé­tit, on ne pou­vait trou­ver mieux.

ÉNER­GIE

« L’éner­gie, je crois, que c’est un mot qui peut dé­fi­nir Bee­tho­ven. Cette fa­çon de tra­ver­ser le tu­multe des sen­ti­ments, de nous es­so­rer émo­tion­nel­le­ment, de faire vi­brer en nous tous les sen­ti­ments, d’exal­ter nos émo­tions. Ce qui pour­rait être fa­ti­gant, trou­blant en fait, nous ré­gé­nère. Après l’écoute de Bee­tho­ven, on a de l’al­lé­gresse, on a de l’al­lant, on a en­vie de dé­vo­rer la vie », dé­crit-il en en­tre­vue té­lé­pho­nique de­puis son bu­reau de Bruxelles, en Bel­gique.

Bee­tho­ven est pour Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt un vé­ri­table pro­fes­seur d’éner­gie, mais aus­si un pro­fes­seur de joie, ce qui le bou­le­verse. « Je trouve que notre époque ne ré­flé­chit plus à la joie. Elle pré­fère le di­ver­tis­se­ment et elle pré­fère l’étour­dis­sement. La joie elle-même dont nous parle Bee­tho­ven et qu’il exalte dans la Neu­vième sym­pho­nie m’ap­pa­raît une ap­ti­tude spi­ri­tuelle très im­por­tante à dé­ve­lop­per. On peut vivre la même vie, en ap­puyant sur le bou­ton de la tris­tesse ou sur le bou­ton de la joie. »

Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt consi­dère qu’il faut lâ­cher prise de temps en temps, ne pas cher­cher à tout gou­ver­ner par l’es­prit et ap­prendre à se lais­ser en­va­hir par les émo­tions.

Bee­tho­ven l’a ai­dé dans sa quête du bon­heur. « Il m’a ai­dé à conce­voir que le bon­heur, ce n’est pas seule­ment se mettre à l’abri du mal­heur, de la dou­leur, des émo­tions. Le bon­heur, c’est vivre AVEC ces mal­heurs, ces dou­leurs, ces émo­tions. C’est pour ça que dans le livre, je dis que la force de Bee­tho­ven, c’est qu’il est à la fois tra­gique et op­ti­miste. » Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt se­ra in­vi­té au Sa­lon du livre de Québec le 15 avril 2011. La pièce de théâtre Va­ria­tions énig­ma­tiques se­ra pré­sen­tée en avril au Théâtre de la Bor­dée, avec Em­ma­nuel Bé­dard et Vincent Cham­poux, dans une mise en scène de Hugues Frenette.

« Bach, c’est la mu­sique que Dieu écrit. Mo­zart, c’est la mu­sique que Dieu écoute. Bee­tho­ven, c’est la mu­sique qui convainc Dieu de prendre un congé car il constate que l’homme en­va­hit dé­sor­mais la place. » – Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt, Quand je pense que Bee­tho­ven est mort alors que tant de cré­tins vivent

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.