L’AU­DA­CIEUSE RE­NAIS­SANCE DE Ju­liette

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

« Il l’aper­çut tout de suite : un vi­sage que sa che­ve­lure voi­lait en par­tie et dont les yeux le fixaient de­puis une log­gia. Il eut à peine le temps de re­con­naître son doux ovale. Le vi­sage dis­pa­rut aus­si­tôt, comme par crainte d’être dé­cou­vert. Ro­méo en était sûr. C’était elle,

» l’ado­rable Giu­liet­ta.

— Anne For­tier, Ju­liette

1476, bien avant Sha­kes­peare. Dès que ma mère m’en a par­lé, j’ai dit : Oh Mon Dieu, la voi­là, mon his­toire! »

MYS­TÉ­RIEUSE QUÊTE

Dans ce ro­man pal­pi­tant, aux ac­cents sen­suels dé­pei­gnant les pay­sages et l’art de vivre de la Tos­cane, Ju­lie Ja­cobs hé­rite d’une simple lettre de sa tante pré­fé­rée, Rose. Elle est ac­com­pa­gnée d’une mys­té­rieuse clef et de l’adresse d’une banque, à Sienne. Ju­lie part pour l’Italie, son pays na­tal, et y dé­couvre un ma­nus­crit dé­cri­vant les amours de son an­cêtre, Giu­liet­ta To­lo­mei, pour un beau jeune homme pré­nom­mé Ro­méo. Elle cherche à en sa­voir plus, mais dé­couvre qu’un dan­ger la guette...

N’était-ce pas un peu in­ti­mi­dant de re­tra­vailler une des pièces les plus connues de Sha­kes­peare? « Ab­so­lu­ment! », s’ex­clame-t-elle. « Mais c’était vrai­ment agréable. Je crois que la plu­part des gens – et j’en fai­sais par­tie – croient que Sha­kes­peare a in­ven­té Ro­méo et Ju­liette. Même les éru­dits ne savent pas né­ces­sai­re­ment que l’his­toire ori­gi­nale ne s’était pas dé­rou­lée à Vé­ro- ne, mais à Sienne. Lorsque Sha­kes­peare l’a re­prise, elle avait dé­jà été écrite au moins sept ou huit fois. Sa­chant ce­la, je sen­tais qu’il n’en était pas né­ces­sai­re­ment pro­prié­taire et que je pou­vais, moi aus­si, me l’ap­pro­prier. »

ITA­LIEN, DA­NOIS, AN­GLAIS...

Avec l’aide de sa mère, un pro­fes­seur à la re­traite qui parle cou­ram­ment ita­lien et a dé­jà ha­bi­té à Vérone, Anne For­tier s’est lan­cée dans l’écri­ture. « Ma mère a tra­duit plu­sieurs livres pour moi de l’ita­lien au da­nois pour que je puisse ob­te­nir des sources fiables au su­jet de l’his­toire de Sienne, du pa­lio (an­ciennes courses de che­vaux), des fa­milles Sa­lem­bi­ni et To­lo­mei. J’ai pris quelques li­ber­tés avec les Sa­lem­bi­ni, en en fai­sant des vi­lains, mais il semble que je ne me sois pas tel­le­ment éloi­gnée de la réa­li­té. »

Chaque fois que sa mère se ren­dait en Italie, Anne For­tier lui four­nis­sait sa pe­tite « liste d’épi­ce­rie ». «Ma mère a pris des mil­liers de photos d’ob­jets, d’édi­fices, de rues et de pe­tits dé­tails dont j’avais be­soin pour écrire le livre. Il est ba­sé sur son té­moi­gnage ocu­laire. Elle a pas­sé beau­coup de temps à des­si­ner des plans d’édi­fices qu’elle ne pou­vait pas pho­to­gra­phier. »

Cer­taine de te­nir un su­jet en or, Anne For­tier s’est plon­gée dans la ré­dac­tion de Ju­liette en an­glais, puisque le fran­çais est sa qua­trième langue, écri­vant sans cesse lorsque son ma­ri, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té Bi­shop, de­vait s’ab­sen­ter pour af­faires. « Je res­tais en py­ja­ma toute la jour­née, je ne man­geais à peu près pas. Lorsque j’écri­vais les cha­pitres mé­dié­vaux, j’étais com­plè­te­ment fer­mée au monde : je ne ré­pon­dais pas au té­lé­phone, je ne sor­tais pas, j’ou­bliais où j’étais. J’écri­vais. C’était agréable mais ça m’a de­man­dé beau­coup de tra­vail. » Anne For­tier est née au Da­ne­mark. Elle a épou­sé un Qué­bé­cois qui est pro­fes­seur de lit­té­ra­ture an­glaise à l’Uni­ver­si­té Bi­shop et ha­bite dans les Can­tons de l’Est. Elle tra­vaille très fort pour ap­prendre le fran­çais, qui est en fait sa qua­trième langue et se plaît énor­mé­ment dans les Can­tons de l’Est, qui lui rap­pellent un peu la Tos­cane.

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