COM­PLEXI­TÉ ET UNI­CI­TÉ

JOAO PES­SOA | Plages de sable blanc, océan à perte de vue, temps splen­dide, so­leil ardent, art ba­roque, au nor­dest du Bré­sil, sur les côtes de l’At­lan­tique, brille la ville de João Pes­soa, un peu ti­mide mais fran­che­ment su­blime.

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Sa­rah-Émi­lie Nault

Une ville qui ne se prend ni pour Rio ni pour São Pau­lo, mais qui re­pré­sente pour­tant le Bré­sil dans toute sa com­plexi­té et son uni­ci­té. Ca­pi­tale de l’état de Pa­rai­ba et deuxième ville la plus verte du monde, João Pes­soa en­chante au pre­mier re­gard.

Le comble de la chance pour un voya­geur est de connaître per­son­nel­le­ment un ha­bi­tant du pays vi­si­té. Pour moi, il y a eu Pao­li­no, un ami bré­si­lien ren­con­tré à Mon­tréal, qui m’a ac­cueillie à bras ou­verts au coeur de sa fa­mille, de sa ville, de son Bré­sil. Grâce à lui et à ce dé­sir ty­pi­que­ment bré­si­lien de me sé­duire à tra­vers son pays, j’ai dé­cou­vert des en­droits qu’au­cun tou­riste ne vi­site gé­né­ra­le­ment. J’ai aus­si pu voya­ger en toute sé­cu­ri­té dans un pays qui n’est pas tou­jours ras­su­rant et où même les ha­bi­tants font preuve de grande pru­dence.

Les Bré­si­liens ont une fa­çon char­mante d’ac­cueillir les étran­gers. Sin­cè­re­ment in­té­res­sés par les voya­geurs, ils n’hé­sitent pas à nous ques­tion­ner sur nos im­pres­sions, nos at­tentes et nos coups de coeur. Ils sont sin­cères, pro­tec­teurs et cha­leu­reux. Il faut ab­so­lu­ment connaître l’ex­pres­sion Tu­do bem pour s’in­té­grer à la culture bré­si­lienne. Dire d’un air dé­ta­ché ces deux pe­tits mots équi­vaut à lan­cer un cé­lèbre what’s up? (quoi de neuf ?) amé­ri­cain, en net­te­ment plus exo­tique.

À João Pes­soa, l’océan At­lan­tique est vi­sible de par­tout dans la ville. Im­pos­sible de ré­sis­ter à l’en­vie de plon­ger dans ses eaux chaudes et tur­quoises. Les plages, qui font of­fice de parcs de la ville, de­viennent le lieu de ren­contre des jeunes après l’école, des fa­milles, des amis. On s’y désal­tère à même une noix de co­co, on y dé­guste une bière froide ou un gua­ra­na (sorte de so­da éner­gi­sant fort po­pu­laire au Bré­sil), as­sis à une ter­rasse construite di­rec­te­ment sur la plage, les tongs dans le sable.

Il existe, dans cette ville mer­veilleuse, une pe­tite île qui n’ap­pa­raît que lorsque la ma­rée se re­tire : l’île de Sable rouge. Si l’on doit s’y rendre en ba­teau, entre des heures bien pré­cises, c’est qu’à l’heure où la ma­rée re­mon- te, on peut la voir s’en­glou­tir et s’es­tom­per com­plè­te­ment. Le long de cette plage rou­geâtre, on peut mar­cher, se faire bron­zer, se bai­gner et même prendre un verre, com­man­dé à l’un des im­pro­bables ba­teaux-bars flot­tant dans l’océan.

Au Bré­sil, il faut ab­so­lu­ment al­ler à la ren­contre de l’art. Ce­la si­gni­fie se lais­ser im­pré­gner de cet air de li­ber­té et de lais­ser-al­ler dont font preuve les Bré­si­liens. De nom­breux fes­ti­vals de mu­sique, de théâtre et de danse animent la ville de João Pes­soa. Bron­zés, mus­clés et to­ta­le­ment ta­len­tueux, les dan­seurs — et quelques dan­seuses — de ca­poei­ra livrent des spec­tacles éblouis­sants. Ce mé­lange de danse et d’arts mar­tiaux im­pres­sionne et en­ivre, dans les rues, les fes­ti­vals et lors des soi­rées chaudes bré­si­liennes.

L’AUTRE BRÉ­SIL

Après avoir fait le tour des plages, dé­pen­sé plu­sieurs ré­als dans des mar­chés, man­gé dans des res­tau­rants ty­piques et fait quelques pas de danse dans des boîtes de nuit mo­dernes du centre-ville, j’ai eu ce dé­sir de dé­cou­vrir l’autre Bré­sil; ce­lui maintes fois vu dans les films, qui fait par­cou­rir la route des fa­ve­las (bi­don­villes bré­si­liens) et sai­sir l’es­sence de la mi­sère hu­maine. La ma­gni­fi­cence du pays, je le sa­vais, de­ve­nait un vé­ri­table far­deau pour cer­tains. À quelques rues de la vil­la de mon ami Pao­li­no, j’ai vi­si­té des fa­ve­las ain­si qu’une école pu­blique où des en­fants, très pauvres, m’ont pour­tant ac­cueilli avec bon­heur.

Entre les murs d’une école dé­la­brée et in­sa­lubre (l’école pu­blique bré­si­lienne n’ayant rien à voir avec l’école pu­blique ca­na­dienne), j’ai ren­con­tré les en­fants aux plus beaux sou­rires du monde. La plu­part marchent pieds nus sur un sol de bé­ton froid et sale. Les toilettes, ins­tal­la­tions ru­di­men­taires, laissent échap­per des odeurs nau­séa­bondes qui se ré­pandent dans toute l’école. La salle de classe, qui n’a pour seule dé­co­ra­tion qu’une carte du monde — qui les fait rê­ver — est triste. Pour­tant, les yeux sont brillants et les sou­rires ra­dieux. On m’a po­sé des ques­tions sur mon monde, j’ai vou­lu connaître leurs pré­noms, leur vie. Cer­tains m’ont tou­chée, ont pris ma main. Un pe­tit gar­çon a ca­res­sé mes épaules lorsque je

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PHOTOS AGENCE QMI

1. De nom­breuses églises, comme celle-ci, agré­mentent le pay­sage ur­bain de João Pes­soa. 2. Plages, eau bleu et pe­tits ba­teaux. 3. Les fa­laises rouges do­minent cer­taines plages de la ré­gion de João Pes­soa. 4. Entre les murs d’une école dé­la­brée et in­sa­lubre de João Pes­soa, j’ai ren­con­tré les en­fants aux plus beaux sou­rires du monde.

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