Nos­tal­gique, mais des­ti­né à l’ou­bli

Mettre en scène dans un uni­vers in­édit le per­son­nage le plus cé­lèbre de la bande des­si­née est un geste au­da­cieux pour Dis­ney, dont la pru­dence est lé­gen­daire, et pour un re­pré­sen­tant de marque tel que Mi­ckey Mouse.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

Dans cette op­tique, Dis­ney Epic Mi­ckey pour la Wii de Nin­ten­do est une en­tre­prise em­preinte de fraî­cheur et ne se­rait-ce que pour ce beau risque, Dis­ney mé­rite sa part de fé­li­ci­ta­tions. Mais (parce qu’il y a bien un mais) l’exé­cu­tion de cette nou­veau­té n’est tout sim­ple­ment pas à la hau­teur de ses am­bi­tions.

Un mé­lange d’ac­tion, d’ex­plo­ra­tion et de dé­fi­le­ment ho­ri­zon­tal de style Su­per Ma­rio, Epic Mi­ckey s’ouvre sur le trans­port de Mi­ckey Mouse vers un lieu ap­pe­lé Was­te­land, un monde de bandes des­si­nées al­ter­na­tif où vivent en paix et dans l’ou­bli les créa­tions à la re­traite de Walt Dis­ney. Ce­pen­dant, la cu­rio­si­té et l’im­pru­dence de Mi­ckey ont tôt fait de dé­clen­cher un dé­sastre dans ce Was­te­land et la sou­ris est fi­na­le­ment confron­tée aux consé­quences de ses actes et doit re­dres­ser la si­tua­tion.

Pour ce faire, le joyeux pe­tit ron­geur doit tra­ver­ser les mul­tiples en­vi­ronne- ments de Was­te­land (li­bre­ment ins­pi­rés du parc d’at­trac­tions bien réel de Dis­ney­land) ar­mé d’un pin­ceau ma­gique qui ré­pand au choix de la pein­ture ou du sol­vant. La pein­ture sert à rem­plir les vides créés dans l’ar­chi­tec­ture de ce monde de BD tor­du et à cal­mer des en­ne­mis, tan­dis que le sol­vant dis­sout les murs et ré­duit les mé­chants à un tas de sub­stance verte et gluante.

Sou­vent, plus d’une op­tion s’offre au joueur face aux obs­tacles et en­ne­mis d’Epic Mi­ckey, lui per­met­tant ain­si de choi­sir entre la des­truc­tion et un es­prit construc­tif pour se sor­tir de ces em­bûches. On s’ima­gine d’em­blée le sym­pa­thique Mi­ckey op­ter à tout coup pour la so­lu­tion pa­ci­fique, mais les pro­blèmes de concep­tion du jeu sont d’un tel aga­ce­ment qu’il fait bon par­fois d’éven­ter sa frus­tra­tion en va­po­ri­sant du sol­vant à tort et à tra­vers.

Voi­là donc cer­né le pro­blème fon­da­men­tal d’Epic Mi­ckey. Les idées à la base du jeu sont jo­li­ment ins­pi­rées : gui­der Mi­ckey Mouse dans un monde dis­tor­du et peu­plé des créa­tions ou­bliées de Walt Dis­ney est une ex­cel­lente pré­misse pour un jeu vi­déo. D’en avoir confié la réa­li­sa­tion au lé­gen­daire concep­teur War­ren Spec­tor ( Deus Ex, Thief, Ultima Un­der­world) était éga­le­ment un choix fort pro­met­teur. Ce­pen­dant, quelque part entre la table à des­sin et la Wii, ces idées heu­reuses se sont re­trou­vées pri­son­nières d’un jeu qui, en pra­tique, n’est pas tou­jours si amu­sant.

Certes, on ne peut que s’émou­voir lorsque Mi­ckey réa­lise qu’il est res­pon­sable du chaos op­pres­sant le monde de Was­te­land et ses ha­bi­tants. Éga­le­ment, sa re­la­tion avec Os­wald the Lu­cky Rab­bit, maître de ce royaume (et au­tre­fois la ve­dette de Walt Dis­ney, jus­qu’à ce qu’un li­tige contrac­tuel pro­voque son éjec­tion et pave la voie au suc­cès de Mi­ckey), est un ex­cellent mo­teur pour l’his­toire.

LES LI­MITES

C’était sans comp­ter les frus­trantes li­mites des contrôles de la ca­mé­ra, une concep­tion de ni­veaux digne de pein­tures à nu­mé­ros (veuillez ex­cu­ser le jeu de mots fa­cile) ou en­core les nom­breuses et fas­ti­dieuses mis­sions de style chasse au tré­sor. Epic Mi­ckey souffre d’un manque sur­pre­nant d’ori­gi­na­li­té et de fi­ni. C’est comme si toute la pous­sière ma­gique de la fée Clo­chette avait été épui­sée à ima­gi­ner les mondes du jeu, au dé­tri­ment de leur construc­tion.

Bien en­ten­du, le jeu est par­se­mé d’éclairs de plai­sir dé­bri­dé et de dé­cou­vertes ex­ci­tantes. On pense entre autres à Mi­ckey­junk Moun­tain, ver­sion sur­réa­liste du Mat- te­rhorn de Dis­ney­land, une mon­tagne de pro­duits dé­ri­vés du per­son­nage re­trai­té de Mi­ckey Mouse. Ce som­met, consti­tué de boîtes à lunch, de car­touches Su­per Nin­ten­do et d’ico­niques té­lé­phones Mi­ckey est à la fois un té­moi­gnage nos­tal­gique et un point de vue iro­nique sur des dé­cen­nies de mise en mar­ché ex­ces­sive de la cé­lé­bris­sime sou­ris. Plu­tôt son­gé pour un jeu.

On reste tou­te­fois sur sa faim. Ce jeu d’ac­tion aven­ture fonc­tion­nel a beau li­vrer tous les cli­chés an­ti­ci­pés par les adeptes du genre, ce­la ne suf­fit pas à le faire dé­col­ler. La pré­sence à la barre d’un gé­nie ac­com­pli de la réa­li­sa­tion comme M. Spec­tor et un ac­cès in­édit aux archives de Dis­ney au­raient dû ré­sul­ter en une lettre d’amour in­ou­bliable adres­sée tant aux joueurs qu’aux mor­dus de Dis­ney.

On a plu­tôt droit à une ex­pé­rience in­égale et par­fois frus­trante qui, mal­gré sa tou­chante dé­fé­rence à une riche ma­tière pre­mière, re­join­dra in­évi­ta­ble­ment l’amas de re­buts de Mi­ckey­junk Moun­tain.

VER­DICT

La pré­misse fas­ci­nante, une nos­tal­gie tou­chante pour l’uni­vers de Dis­ney et d’oc­ca­sion­nels éclairs de gé­nie ne suf­fisent pas à faire ou­blier les la­cunes du jeu sur les plans de la concep­tion, du rythme et des contrôles.

JEUX VI­DÉO

EPIC MI­CKEY

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