Les hié­ro­glyphes, sa deuxième langue ma­ter­nelle

Ch­ris­tian Jacq maî­trise l’écri­ture hié­ro­gly­phique et uti­lise ses propres tra­duc­tions dans le corps du ro­man. Le lec­teur y trouve donc, sans même le sa­voir, des pas­sages ti­rés de textes pha­rao­niques au­then­tiques.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais

Aby­dos, « la mon­tagne de l’Élé­phant », était consi­dé­rée par tous les clans comme la porte de l’au-de­là. Per­sonne ne fré­quen­tait cet en­droit étrange où ré­gnaient des forces mys­té­rieuses et in­con­trô­lables » – Ch­ris­tian Jacq, La guerre des clans

« J’étu­die les hié­ro­glyphes, c’est la base de mon mé­tier. J’avais beau­coup de textes sur le tau­reau, sur l’oryx, sur le lion et sur le fau­con; donc, j’ai pu les in­té­grer dans ma des­crip­tion des per­son­nages et dans la fa­çon dont ils vont s’af­fron­ter. »

En Égypte, où Ch­ris­tian Jacq s’est ren­du plu­sieurs fois, il y a des hié­ro­glyphes par­tout et le ro­man­cier sou­hai­tait très jeune les dé­chif­frer. « Que vous soyez à Kar­nak, à Louxor, à As­souan, dans les tombes de Gi­zeh ou de Sa­q­qa­rah, tout est écrit. » Il s’est mis en quête de gram­maires et s’est plon­gé dans l’étude de cette langue qui de­mande dix ans d’ef­forts conti­nus avant de se sen­tir à l’aise.

« C’est une langue mer­veilleuse : elle est à la fois sym­bo­lique, idéo­gra­phique, pho­né­tique. À l’époque, on écri­vait comme les an­ciens scribes et on ap­pre­nait la pra­tique. Et c’est vrai qu’en­core au­jourd’hui, je note en­core beau­coup de choses en hié­ro­glyphes parce que c’est une langue ex­tra­or­di­nai­re­ment syn­thé­tique. Ça va plus vite pour moi d’écrire en hié­ro­glyphes qu’en fran­çais. C’est vrai­ment ma deuxième langue ma­ter­nelle!»

DON­NÉES PRÉ­CISES

De plus, toutes les ré­fé­rences his­to­riques aux­quelles Ch­ris­tian Jacq fait ré­fé­rence dans le livre – que ce soit la des­crip­tion des vê­te­ments, des temples, des re­pas – sont fon­dées. L’égyp­to­logue guide le ro­man­cier en tout temps et la pré­ci­sion est de mise. Pour construire le per­son­nage de Nar­mer, l’écri­vain s’est ap­puyé no­tam­ment sur des pa­lettes de pierre et des têtes de mas­sues pi­ri­formes, dé­co­rées et ins­crites.

En ce mo­ment, Ch­ris­tian Jacq se penche sur l’étude du site de Sa­q­qa­rah, qui est à cô­té du Caire. « J’ai fait ma thèse de doc­to­rat sur ce qu’on ap­pelle les Textes des Py­ra­mides. Ils ne sont pas gra­vés dans les py­ra­mides de Gi­zeh les plus connues, mais dans des pe­tites py­ra­mides qui sont plus ou moins fer­mées, plus ou moins pas vi­si­tées. Je fais pas mal de re­cherches au­tour de la pen­sée et de tout ce qui est ex­pri­mé dans ces tombes. Les Égyp­tiens ap­pe­laient ça des de­meures d’éter­ni­té. Je ré­colte des textes, des images. Tant que les dieux me prê­te­ront vie, je conti­nue­rai de tra­vailler », as­sure-t-il.

Avec toutes ses re­cherches, ses voyages en Égypte et la ré­dac­tion de ses livres, Ch­ris­tian Jacq ne manque pas de bou­lot. « C’est as­sez mar­rant, le tra­vail. En la­tin, ça vient du mot tri­pa­lium, donc c’est un hor­rible sup­plice. En Égyp­tien, ça se dit kat, c’est-à-dire que ça vous donne de l’éner­gie. Il est hors de ques­tion que je ne tra­vaille pas! »

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