IL FAUTQUEJEQUESTIONNE TOUT, QUEJECASSELABARAQUE – FRANÇOIS GI­RARD

MON­TRÉAL | François Gi­rard s’est fa­mi­lia­ri­sé avec l’uni­vers du Cirque du So­leil de­puis la créa­tion de Zed, le pre­mier spec­tacle per­ma­nent au Ja­pon, à l’af­fiche de­puis deux ans. Un uni­vers dif­fé­rent de ce­lui au­quel il est ha­bi­tué, mais où il a dé­fi­ni­ti­veme

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Da­ny Bou­chard Le Jour­nal de Mon­tréal

« Un jour, j’ai été convo­qué à un mee­ting, ici, avec Gilles Ste-Croix, en 2003, 2004 ou 2005, quelque chose comme ça, ra­conte François Gi­rard. À l’époque, je n’étais vrai­ment pas un ex­pert du Cirque. (…) Avant toutes choses, ce qu’on a conve­nu, c’est que j’irais voir tous les spec­tacles. Je suis al­lé voir tous les spec­tacles et après ça, on s’est as­sis pour par­ler. »

La pre­mière pro­po­si­tion fut celle de créer Zed, le pre­mier spec­tacle per­ma­nent du Cirque du So­leil au Ja­pon. Le spec­tacle – fort réus­si – est à l’af­fiche dans un théâtre construit sur me­sure, à Tokyo, sur le site de Dis­ney.

François Gi­rard connaît bien le Ja­pon, où il a no­tam­ment tour­né son film Soie.

« J’ai pas mal tra­vaillé au Ja­pon et il n’y a pas plus dif­fé­rent, il n’y a pas plus par­ti­cu­lier que le Ja­pon. (…) C’est l’in­verse des Qué­bé­cois: c’est 100 % dis­ci­pline et ce n’est pas très créa­tif. C’est zé­ro ini­tia­tive et 100 % dis­ci­pline. Nous, on est un peu l’in­verse de ça et il y a une es­pèce de com­plé­men­ta­ri­té qui s’est ins­tal­lée entre l’équipe ja­po­naise et la nôtre », dit-il à pro­pos de la créa­tion de Zed.

LE SYN­DROME « DE L’ÉTRAN­GER »

Mal­gré ses suc­cès, le créa­teur de 47 ans ad­met être en­core ha­bi­té par le syn­drome de l’im­pos­teur.

« Main­te­nant, je n’ap­pelle plus ça le syn­drome de l’im­pos­teur, j’ap­pelle ça le syn­drome de l’étran­ger, parce que, quand je suis au cirque, je suis le gars de l’opé­ra, quand je suis à l’opé­ra, je suis le gars de film. D’être out­si­der, c’est bon, c’est une po­si­tion in­té­res­sante, parce que tu peux re­mettre des pro­ces­sus en ques­tion. Tu as comme une per­mis­sion de faire des choses à l’en­vers, de les faire dif­fé­rem­ment. Par­fois, même, on s’at­tend à ça de toi. (…) Ici, je n’ai pas le choix, il faut que je re­mette tout en ques­tion, que je casse la ba­raque, que j’es­saie de le faire à l’en­vers. Par­fois, il y a de la ré­sis­tance, mais par­fois, ça suit et c’est la beau­té de la chose. »

Au Cirque du So­leil, François Gi­rard a fait sa place en res­tant con­cen­tré sur son rôle et sur ce qu’il a à faire.

« Les vi­sions pour le Cirque, ce sont les pro­blèmes de Guy et d’un pa­quet d’autre monde qui ont à se po­ser ces ques­tions-là. Moi, je fais un spec­tacle. (…) C’est une en­tre­prise gi­gan­tesque, une en­tre­prise de théâtre qui n’a pas d’équi­valent ailleurs dans le monde. Pour moi, tra­vailler ici, c’est très im­por­tant de ra­me­ner les choses à l’échelle d’un pro­jet. (…) Il y a toutes sortes de dis­cus­sions de cor­ri­dors sur toutes sortes de su­jets; com­ment ça de­vrait être ou com­ment ça de­vrait al­ler. C’est pas mon pro­blème. Mon pro­blème, c’est de faire un spec­tacle qui marche et au mo­ment où on se parle, c’est Zar­ka­na, c’est New York, c’est Ra­dio Ci­ty. »

François Gi­rard s’est fait beau­coup d’amis par­mi les cen­taines d’employés du siège so­cial et il a fait de belles ren­contres, no­tam­ment avec El­ton John, qui su­per­vise la créa­tion mu­si­cale de Zar­ka­na.

« El­ton (John) nous a pré­sen­té un com­po­si­teur qui s’ap­pelle Nick Lit­tle­more, un gé­nie.

En fait, on se trouve à faire une es­pèce d’opé­ra-rock avec une mu­sique qui est, je pense, très forte. On est dans un pro­jet mu­si­cal qui m’ex­cite beau­coup pré­sen­te­ment. (…) On veut que ce show-là aille

ailleurs, d’un point de vue mu­si­cal. »

EN VEILLEUSE

D’abord ci­néaste, puis met­teur en scène à l’opé­ra et main­te­nant avec le Cirque du So­leil, François Gi­rard avoue ne plus trop sa­voir où il est le plus à l’aise.

« Il y a eu Zed, là c’est Zar­ka­na et on parle d’autres pro­jets avec Guy (La­li­ber­té). Tout d’un coup, je suis de­ve­nu un met­teur en scène du Cirque du So­leil sans m’en rendre compte (rires). J’aime beau­coup le spec­tacle vi­vant, l’éner­gie de ce qui se passe sur la scène, dit-il.

« Ce dont je me suis ren­du compte en tra­vaillant sur Zed, c’est que les autres as­pects de mon mé­tier – le ci­né­ma ou l’opé­ra, par exemple –, m’avaient bien pré­pa­ré au cirque. » François Gi­rard est par­ti­cu­liè­re­ment humble. De toute évi­dence, il pré­fère par­ler de ses pro­jets plu­tôt que de lui. On sait néan­moins qu’il est né à SaintFé­li­cien d’une mère ins­ti­tu­trice et d’un père op­to­mé­triste, qu’il a gran­di à Québec et qu’il vit à Mon­tréal de­puis l’âge de 20 ans. Sa pre­mière pas­sion, et ce pour avec quoi il s’est fait connaître, est le ci­né­ma.

« Un film, ça prend un an. Il faut que j’at­tende d’avoir ter­mi­né les pro­chains pro­jets avec le Cirque du So­leil. La car­rière de ci­né­ma est un pe­tit peu en veilleuse, mais j’écris. Il y a un scé­na­rio que je viens de ter­mi­ner. Je pré­pare du ma­té­riel pour quand j’au­rai le temps de tour­ner. C’est cor­rect, je suis heu­reux et je vis bien là-de­dans », dit-il.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.