IN­DÉ­PEN­DANCE D’ES­PRIT SUR FOND DE RES­SEN­TI­MENT

Il est à son pays d’adop­tion ce que 50 Cent est aux États-Unis: Boo­ba, ou l’ex-tau­lard de­ve­nu rap­peur, étale avec vé­hé­mence son res­sen­ti­ment en­vers la France sur des rimes as­sas­sines qui ont fait de lui une mé­gas­tar du hip-hop.

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Québec

« Fuck la France», s’ex­clame-t-il d’ailleurs sur l’un des titres de Lunatic, son cin­quième al­bum so­lo, pro­pul­sé au som­met des pal­ma­rès des ventes dès sa sor­tie eu­ro­péenne, à la fin de no­vembre. L’al­bum est pa­ru au Québec le 7 dé­cembre.

Une séance d’au­to­graphes au Virgin Mé­gas­tore des Champs-Ély­sées, à Paris, il y a quelques se­maines, a at­ti­ré une foule telle que le ser­vice de sé­cu­ri­té a été pris de court.

Pour­tant, les ra­dios fran­çaises per­sistent à le bouder. «Je ne tourne pas sur celles qui jouent Cé­line Dion», blague-t-il.

Ce re­jet des mé­dias de masse ne fait donc que per­pé­tuer la dif­fi­cile re­la­tion entre la France et ce gar­çon né d’un père sé­né­ga­lais et d’une mère fran­çaise. Re­belle, voire violent, il a pur­gé des peines de pri­son pour vol et ten­ta­tive de meurtre.

«Je ne me suis ja­mais vrai­ment sen­ti ac­cep­té en France», tranche Boo­ba, de son vé­ri­table nom Elie Yaf­fa, re­la­tant ses dif­fi­cul­tés à trou­ver un lo­ge­ment, qu’il at­tri­bue à ses ori­gines eth­niques, de même que ses contrôles d’iden­ti­té. Sa mu­sique de­vient-elle alors une forme d’exu­toire? «Non, pas du tout, cor­rige-t-il. Je parle de ce que j’ai vé­cu, de ce que j’ai tra­ver­sé, de ce que je sais. Je me parle à moi-même, de ce que je res­sens.»

LA FIN D’UN CYCLE

Tout ce­la l’a tout de même pous­sé à s’éta­blir aux États-Unis, à Mia­mi pré­ci­sé­ment, où il mène une exis­tence plus pai­sible tout en se trou­vant à por­tée de main des pres­ti­gieux rap­peurs qui ont col­la­bo­ré à son al­bum, dont 50 Cent, P. Did­dy, Akon et Lil Wayne.

Lunatic, dont le titre est un hom­mage au pre­mier groupe dont il a fait par­tie, est dans la li­gnée de ses oeuvres pré­cé­dentes, du moins dans le pro­pos.

«C’est un peu la fin d’un cycle, et je pense qu’il faut re­ve­nir à l’in­dé­pen­dance et dire les choses nous­mêmes, compte te­nu du boy­cott des mé­dias, ce qui était un peu l’état d’es­prit de mon pre­mier groupe.»

In­dé­pen­dant à l’os puisque Boo­ba opère sa propre éti­quette de disques, d’abord «par obli­ga­tion», jus­ti­fie-t-il. Des dis­cus­sions avec de grands la­bels n’ont pas abou­ti, à ses dé­buts, no­tam­ment parce qu’on exi­geait qu’il mo­di­fie des pa­roles et sa mu­sique. Au­jourd’hui, il ché­rit sa li­ber­té.

«Fi­na­le­ment, c’est la meilleure chose qui me soit ar­ri­vée.»

PHOTO COUR­TOI­SIE

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.