L’ARTDU RE­MIX MU­SI­CAL

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE WEEKEND - Darryl Ster­dan

Girl Talk bou­le­verse tout sur son pas­sage. Le DJ de 29 ans pos­sède un ta­lent unique, ce­lui de fu­sion­ner des échan­tillons de rock, de mu­sique pop et de hip-hop pour en faire des hit dance.

C’est ce qui a fait de lui le roi du ma­shup et une fi­gure de proue dans le dé­bat sur les droits mu­si­caux. Et tout ça l’en­chante.

Mal­gré son nom de scène, Girl Talk est un homme de 29 ans qui s’ap­pelle Gregg Gillis dans la vraie vie.

« J’aime pro­vo­quer les gens », ra­conte-til en en­tre­vue de­puis son do­mi­cile.

« En par­tant, je vou­lais, avec ce pro­jet, me faire au­tant d’amis que d’en­ne­mis. Même si ma mu­sique est main­te­nant plus ac­ces­sible, je suis heu­reux de consta­ter que je pro­voque tou­jours des ré­ac­tions chez cer­taines per­sonnes.»

Son 5e al­bum, All Day, est le plus am­bi­tieux jus­qu’à main­te­nant. On y re­trouve des échan­tillons de 400 chan­sons, al­lant de War Pigs, de Black Sabbath, à Whip

My Hair, de Willow Smith. A-t-il ob­te­nu les droits pour ces pièces? Pas du tout. Gregg Gillis es­time que All

Day (qui est dis­po­nible gra­tui­te­ment sur le site ille­gal-art.net) est par­fai­te­ment lé­gal. Se­lon lui, son tra­vail entre dans la même ca­té­go­rie que la cri­tique ou la sa­tire, dans les­quelles on peut re­pro­duire lé­ga­le­ment des par­ties d’une oeuvre. D’autres comme le New York Times ne sont pas d’ac­cord, en di­sant que ses al­bums se­ront la cible de pour­suites.

La contro­verse n’a pas em­pê­ché les cri­tiques d’ai­mer All Day. Gregg a bien vou­lu se prê­ter aux ques­tions de l’Agence QMI. En voi­ci le ré­sul­tat.

Il est sur­pre­nant que tu n’aies pas été l’ob­jet de pour­suites de la part des com­pa­gnies de disques ou des stars de la mu­sique. Pour­quoi?

Parce que je suis dans le même ba­teau qu’eux. Je crois en ce que je fais et je pense que c’est lé­gal. Mais, en même temps, j’ad­mets qu’il y a une zone grise. À un cer­tain mo­ment, je m’at­ten­dais à une mise en de­meure exi­geant que j’ar­rête d’échan­tillon­ner. Mais il ne s’est rien pas­sé. J’ai rê­vé, la nuit der­nière, que le groupe Spa­ce­hog n’était pas d’ac­cord avec ma fa­çon de faire. J’étais à un spec­tacle et j’es­sayais de les convaincre que j’étais un vrai ad­mi­ra­teur de leur mu­sique, que je res­pec­tais ce qu’ils fai­saient et que j’es­sayais seule­ment de créer quelque de chose de nou­veau. Donc, vous voyez que ça me tra­casse jus­qu’à un cer­tain point. »

Mais ce ne se­rait pas plu­tôt à Spa­ce­hog de te ver­ser des re­de­vances!

Cer­tains ar­tistes sont vrai­ment heu­reux de se re­trou­ver sur mes al­bums et ils en font même la pro­mo­tion. C’est le cas, par exemple, des Toa­dies. Je les ai échan­tillon­nés et, quand mon al­bum est sor­ti, ils ont en­voyé des mes­sages sur Twit­ter pour l’an­non­cer. Des mu­si­ciens croient donc que mon tra­vail per­met de les faire connaître au­près d’un nou­vel au­di­toire.

Es­saies-tu de faire pas­ser un mes­sage sur la na­ture de la mu­sique et des suc­cès ou est-ce seule­ment du di­ver­tis­se­ment pour toi?

En par­tant, j’ai vou­lu jouer avec les concepts sui­vants: qu’est-ce qui dif­fé­ren­cie des mu­si­ciens en spec­tacle et un DJ? Qu’est-ce qui est ori­gi­nal et qui ne l’est pas? Beau­coup de gens aiment ma mu­sique de fa­çon su­per­fi­cielle. Et c’est bien comme ça. Je veux aus­si faire de la mu­sique qui est amu­sante à écou­ter. Mais mon tra­vail a aus­si une na­ture ex­pé­ri­men­tale. All Day est une pièce de 71 mi­nutes conçue pour être écou­tée en son en­tier. J’aime bien faire de la mu­sique dif­fé­rente, tout en étant ac­ces­sible. Je ne veux pas être sub­ver­sif; j’aime les pièces que j’uti­lise. Je ne suis pas d’ac­cord avec les gens qui disent qu’un groupe est in­tel­li­gent et que l’autre est stu­pide. Je veux faire pas­ser le mes­sage qu’au­cune mu­sique n’est su­pé­rieure à l’autre. »

Com­ment as­sembles-tu toutes ces pièces?

Par es­sai et er­reur. Je joue cons­tam­ment avec les nou­velles chan­sons. Par exemple, quand une nou­velle pièce de Rick Ross sort, je vais échan­tillon­ner la voix et étu­dier son tem­po. Je peux alors faire des cen­taines d’échan­tillons. Cer­taines fois, deux échan­tillons sur 100 m’in­té­ressent. Quand je trouve quelque chose qui me plaît, je l’es­saie dans mon spec­tacle du week-end sui­vant et je vois com­ment ça sonne. Ce pro­ces­sus peut du­rer jus­qu’à deux ans, le temps que j’aie as­sez d’échan­tillons pour faire un al­bum.

As-tu une for­ma­tion mu­si­cale?

Non. Je me suis in­té­res­sé à la mu­sique élec­tro­nique quand j’avais 14 ans. J’étais dans un groupe à 15 ans et on uti­li­sait n’im­porte quoi pour faire de la mu­sique: des syn­thé­ti­seurs en pas­sant le bruit de jouets. J’au­rais ai­mé ap­prendre à jouer du pia­no ou de la gui­tare. Mais, hon­nê­te­ment, je pense que je vais faire de l’échan­tillon­nage toute ma vie.

La ville de Pitts­burgh a dé­cla­ré, le 7 dé­cembre, le jour Gregg Gillis. Ça doit être étrange

C’est vrai­ment bi­zarre pour moi. Un conseiller mu­ni­ci­pal m’a de­man­dé d’al­ler le ren­con­trer parce qu’on vou­lait m’ho­no­rer. Je me suis re­trou­vé tout à coup de­vant les ca­mé­ras de té­lé­vi­sion et ils ont dit qu’ils pro­cla­maient le jour Gregg Gillis. C’était in­croyable!

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