UNE AN­NÉE VIC­TO­RIEUSE À RENDRE JA­LOUX JEAN CHA­REST

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Mi­chelle Coudé-Lord

MON­TRÉAL | Le pre­mier mi­nistre Jean Cha­rest est sû­re­ment ja­loux de l’an­née de l’hu­mo­riste Guy Nan­tel, qui, avec sa ré­forme, a fait rire et ré­flé­chir le Québec en 2010.

Mer­ci à tous les po­li­ti­ciens, l’hu­mour so­cial po­li­tique a re­pris ses lettres de no­blesse.

Et Guy Nan­tel, qui a hé­ri­té du Fé­lix du meilleur show d’hu­mour de l’an­née avec sa ré­forme Nan­tel, s’en porte fort bien.

«Ce n’est pas parce que tu fais de l’hu­mour po­li­tique que tu te dois de frap­per juste sur les po­li­ti­ciens. Nous avons nous aus­si comme ci­toyens notre res­pon­sa­bi­li­té. Je me sens comme un vrai fou du roi qui em­barque sur scène et qui se moque du roi avec la com­pli­ci­té de ses su­jets. Mais di­sons que la conjonc­ture ac­tuelle po­li­tique et so­ciale aide un hu­mo­riste comme moi», confie en en­tre­vue le po­pu­laire hu­mo­riste de 42 ans.

PRENDRE SA PLACE

Après 22 ans de car­rière, Guy Nan­tel dit

jouer pour la pre­mière fois de­vant des salles pleines par­tout en pro­vince. Neuf mois après le dé­but de sa tour­née, il a dé­jà ven­du plus de 50000 billets.

«Les gens ont le goût d’en­tendre par­ler des vraies af­faires et de ré­flé­chir tout en riant. Di­sons que le mo­ment est par­fait pour re­ce­voir ma ré­forme. C’est comme quand Ba­rack Oba­ma est ar­ri­vé à la tête des États-Unis. Il a été vu comme un sau­veur parce que les Amé­ri­cains ve­naient de vivre un règne de huit ans avec un mo­ron, le pays sor­tait de deux guerres et l’éco­no­mie al­lait très mal. Je le ré­pète, ma ré­forme ar­rive au bon mo­ment.»

Il dit avoir tra­vaillé pen­dant un an et de­mi à l’écri­ture de ce spec­tacle.

« J’ai écrit plu­sieurs pas­sages au che­vet de mon père mou­rant. Il avait 78 ans. C’était un chauf­feur de taxi qui au­rait ai­mé être au­teur. Il ai­mait beau­coup par­ler de po­li­tique. Je crois qu’il se­rait très fier de la réus­site de ce spec­tacle. Au len­de­main de ma vic­toire à l’ADISQ comme meilleur spec­tacle d’hu­mour, je me suis ren­du au ci­me­tière pour al­ler lui mon­trer mon Fé­lix. C’était im­por­tant pour moi », ra­conte ému Guy Nan­tel.

SA­VOU­RER LA VIC­TOIRE

Et il ajoute: «Les ar­tistes qui disent que ga­gner un tro­phée n’est pas si im­por­tant, moi je dis que la vic­toire se sa­voure très bien sur­tout si elle est at­ten­due. Je ne pen­sais pas un jour avoir un tro­phée. Pour moi, ce­la si­gni­fie que j’ai pris ma place», pré­cise l’hu­mo­riste.

Sa met­teuse en scène, De­nise Fi­lia­trault, l’a ai­dé énor­mé­ment à prendre jus­te­ment sa place.

«Elle m’a don­né to­ta­le­ment confiance en moi et sur­tout a cru en mes ca­pa­ci­tés. Je n’ai plus le syn­drome de l’im­pos­teur.»

FIER DE SON MÉ­TIER

Il le dit lui-même. Il n’est pas mon­dain, ne court pas les pre­mières, n’est pas un gars de gang et ses meilleurs amis datent du pri­maire et ne sont pas dans le mi­lieu ar­tis­tique.

« Je suis un gars dis­ci­pli­né qui adore écrire et ra­con­ter des his­toires au pu­blic sur scène. Je trouve ce­la fa­meux lorsque les gens viennent me voir sur la rue pour me dire qu’ils ont vu mon show et ont ap­pré­cié; je sa­voure lorsque je suis en tour­née dans les ré­gions et on cherche des billets pour mon spec­tacle en soi­rée. Je fais ce mé­tier pour le monde et voi­là que cette an­née, ils ont vou­lu ve­nir le par­ta­ger avec moi. Je ne peux pas être plus heu­reux. »

Il traite d’en­vi­ron­ne­ment, de po­li­tique, de san­té, d’édu­ca­tion. Il pro­voque, dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas et veut nous ame­ner plus loin.

« On rit, on ré­flé­chit et on songe à faire mieux. Je ne veux pas ta­per pour ta­per gra­tui­te­ment sur nos po­li­ti­ciens. Ce n’est pas simple mais di­sons que cette an­née, M. Cha­rest et ses amis nous en ont don­né beau­coup. C’est pour­quoi je te­nais à lui écrire en cette der­nière jour­née de l’an­née. Et par­ta­ger ce bon­heur avec vos lecteurs me fait très plai­sir », ex­prime Guy Nan­tel.

LETTRE À JEAN CHA­REST, SON PRE­MIER MI­NISTRE

On vous in­vite donc à lire sa lettre à son pre­mier mi­nistre à la page sui­vante.

« Je vois mon rôle d’hu­mo­riste comme un ca­ri­ca­tu­riste qui gros­sit les traits. Je suis un gars du peuple. Je suis le der­nier d’une fa­mille de cinq en­fants, j’ai vé­cu dans un HLM tou­jours en­tou­ré de monde. J’aime quand ça bouge. »

Fier de son an­née, fier de sa ré­forme qui connaît un suc­cès, Guy Nan­tel a dé­fi­ni­ti­ve­ment la re­cette du suc­cès.

Va-t-il vou­loir la par­ta­ger avec son pre­mier mi­nistre? À suivre.

Comme le di­sait De­nise Fi­lia­trault… « il y a très peu d’hu­mo­ristes qui pré­sentent des mo­no­logues avec une por­tée po­li­tique et so­ciale aus­si forte ».

R E I L A V E H C N I T R A M O T O H P

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