Le Qué­becde 2011se­lonGuyNan­tel

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND -

Vous vous ap­pe­lez Jean Cha­rest, vous fê­tez la fin de l’an­née de quelle ma­nière?

Bien évi­dem­ment, je quit­te­rais le pays pour quelque temps; si­non, je pas­se­rais beau­coup beau­coup de temps sans sor­tir de chez moi. Et pour­quoi pas − tiens! − écou­ter le spec­tacle La ré­forme Nan­tel, qui pour­rait l’ins­pi­rer sur des pistes de so­lu­tions à ses pro­blèmes tout en le fai­sant rire un peu; chose qu’il n’a pas dû faire beau­coup de­puis un cer­tain temps.

Vous êtes po­li­ti­cien, quit­tez -vous la po­li­tique dans l’état ac­tuel des choses?

Ab­so­lu­ment pas, le Québec a be­soin plus que ja­mais de po­li­ti­ciens ins­pi­rés et ins­pi­rants pour re­mettre notre so­cié­té sur ses rails. Mais si je suis le po­li­ti­cien qui a lui-même cau­sé le fias­co, alors là, c’est dif­fé­rent. Un dé­part pré­ci­pi­té s’im­pose peut-être.

Vous êtes un ex­pert en images, que conseillez-vous aux chefs po­li­tiques ac­tuels: ma­dame Marois, mon­sieur Du­ceppe, mon­sieur Cha­rest, mon­sieur Har­per, mon­sieur Lay­ton et mon­sieur Igna­tieff?

Je leur conseille de me congé­dier sur-le­champ, car c’est jus­te­ment une grande par­tie du pro­blème, les fai­seurs d’image. On vit dans une so­cié­té où on pré­fère pa­raître plu­tôt que d’être tout sim­ple­ment. Soyez vous-même et le suc­cès sui­vra, c’est d’ailleurs la même chose qu’on dit aux jeunes ar­tistes qui dé­butent leur car­rière. Mais quand on re­couvre l’in­com­pé­tence par un ver­nis de sym­pa­thie ar­ti­fi­cielle, ça donne le cy­nisme po­li­tique am­biant que l’on vit ac­tuel­le­ment. Je ne pense pas que des gens comme Lé­vesque ou Tru­deau au­raient to­lé­ré bien long­temps que des gens leur disent quoi dire, com­ment s’ha­biller ou à quel mo­ment sou­rire. Leur suc­cès re­po­sait sur leurs idées et leur na­tu­rel. Au­tre­ment dit, à force de tout faire pour évi­ter de dé­plaire, on vient qu’on ne plaît plus à per­sonne. Je sou­haite donc de l’au­then­ti­ci­té à Pauline, de la bonne hu­meur à Gilles, de la trans­pa­rence à Jean, de la conscience à Ste­phen, des votes à Jack et de la vie à Mi­chael.

Et si on chan­geait la de­vise du Québec pour 2011, ce se­rait quoi, se­lon Guy Nan­tel, l’homme qui tient le Québec entre ses mains?

Je pas­se­rais de Je me sou­viens à Je ne me

sou­viens plus, une de­vise beau­coup plus ap­pro­priée au ca­rac­tère des Qué­bé­cois. Mal­heu­reu­se­ment, les gens ou­blient vite ici et la consé­quence est que les mêmes er­reurs se ré­pètent éter­nel­le­ment. On n’hé­site d’ailleurs pas à ré­élire des po­li­ti­ciens qui n’ho­norent pas leurs pro­messes sim­ple­ment parce qu’on a tout ou­blié de leur pro­gramme ori­gi­nal quatre ans plus tard.

Faites-nous rê­ver… Ce se­rait quoi une belle an­née 2011 pour les Qué­bé­cois?

Je pense que les Qué­bé­cois ont en­core be­soin de confiance en eux et de ces­ser de se voir trop pe­tit pour un grand des­tin. Nous avons la chance de vivre dans un cli­mat po­li­tique où tout est pos­sible. La lettre écrite à mon ami Jean Cha­rest en est la preuve. À Cu­ba, Fi­del au­rait moins to­lé­ré cette forme de contes­ta­tion hu­mo­ris­tique. Bref, quoi qu’en disent les pes­si­mistes, nous vi­vons dans un pays riche rem­pli de grandes pos­si­bi­li­tés; à nous de sai­sir l’op­por­tu­ni­té. Mais ce­la de­mande deux in­gré­dients es­sen­tiels: des lea­ders forts et un peuple au­da­cieux. Voi­là ce que je nous sou­haite.

On vous donne les clés du Québec, de­main ma­tin, vous faites quoi?

Pre­mière chose, je fais faire un double, au cas où je les per­drais comme ça semble être le cas en ce mo­ment. Plus sé­rieu­se­ment, je fon­de­rais un par­ti qui au­rait comme pre­mier amen­de­ment de se dis­soudre quatre ans, jour pour jour après son élec­tion. Donc, on sait qu’on ne tra­vaille pas pour être ré­élu; alors on a les mains libres de toute in­fluence de riches do­na­teurs et, là, c’est la grande va­drouille: vote pro­por­tion­nel qui donne une vraie voix au peuple (si un par­ti a 45% des votes, il a 45% de dé­pu­tés à l’As­sem­blée na­tio­nale, s’il a 1%, il est re­pré­sen­té à 1%), im­pu­ta­bi­li­té des élus et pé­na­li­tés sur les pro­messes non te­nues en fin de man­dat, li­mite de fi­nan­ce­ment des par­tis et sur­tout li­mite des dé­penses en pu­bli­ci­té lors d’élec­tions. Je trouve ri­di­cule qu’un par­ti plus riche a toutes les chances d’être élu sim­ple­ment parce qu’il est plus riche qu’un autre par­ti moins nan­ti qui n’a pas les moyens de faire connaître ses bonnes idées; c’est pour moi une en­torse à la dé­mo­cra­tie. Bref, la liste est longue, mais on ré­forme le sys­tème po­li­tique ar­chaïque qui n’est plus per­ti­nent en 2010 et on donne un souffle neuf au Québec.

C’est quoi une an­née réus­sie pour Guy Nan­tel?

D’un point de vue plus per­son­nel, mes an­nées sont gé­né­ra­le­ment réus­sies, car je n’ai pas d’énormes be­soins pour me sa­tis­faire: san­té, amour, ac­com­plis­se­ment pro­fes­sion­nel et quelques di­zaines de mil­lions de dol­lars de re­ve­nus an­nuels… comme tout le monde, quoi.

Sé­rieu­se­ment, Guy, sou­hai­tez aux gens, à vos fans, une bonne an­née.

Avec plai­sir, car ils m’ont beau­coup gâ­té en 2010 et je les en re­mer­cie. J’ai rem­por­té le Fé­lix du meilleur spec­tacle d’hu­mour et j’ai ven­du plus de 50000 billets en quelques mois seule­ment. Alors, à mon tour de vous re­mer­cier et de vous sou­hai­ter une ex­cel­lente an­née 2011 épa­nouis­sante et en­ri­chis­sante, et ce, dans tous les as­pects de votre vie. Évi­dem­ment, j’in­clus les po­li­ti­ciens dans mes voeux, on fait bien des blagues, mais c’est quand même un mé­tier qui use à la longue. Pre­nez soin de vous… si­non c’est moi qui pren­drai soin de vous.

PHOTO MARTIN CHE­VA­LIER

se­ra Sa ré­forme Nan­tel

au Québec pré­sen­tée par­tout re­tour les 20 et en 2011 dont un

Saint-De­nis. 21 mai au Théâtre

un ga­la Il ani­me­ra éga­le­ment

Juste pour rire.

à l’émis­sion Il est col­la­bo­ra­teur

ani­mée

Ça fi­nit bien la se­maine, par Isabel Ra­ci­cot et Mé­la­nie May­nard.

pour À no­ter que les photos

de Guy ce bi­lan de l’an­née Nan­tel ont été

prises à l’hô­tel St-James. En cette fin d’an­née 2010, Guy Nan­tel, l’hu­mo­riste, écrit sé­rieu­se­ment à son pre­mier mi­nistre, Jean Cha­rest, qui, comme il le dit fort bien « nous a énor­mé­ment gâ­tés et nous a te­nus sur le qui-vive ». Vaut mieux en rire, comme di­rait l’autre.

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