Lettre de bonne an­née à mon grand ami le pre­mier mi­nistre

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND -

Cher Jean,

Je pro­fite de ce temps de ré­jouis­sances pour te re­mer­cier pour la belle an­née que tu nous as of­ferte ain­si que pour toute l’ins­pi­ra­tion que tu m’as pro­cu­rée, cette an­née, en tant qu’hu­mo­riste. Cer­tains ma­tins, en li­sant le jour­nal, j’avais car­ré­ment l’im­pres­sion que tu étais de­ve­nu scrip­teur sur mon spec­tacle tel­le­ment tu me four­nis­sais de la ma­tière. Mer­ci pour ces beaux ca­deaux.

Bien sûr, Ti-Jean, il y a tous ces ja­loux qui, comme Pauline Marois, disent que tu es le pire pre­mier mi­nistre de­puis 30 ans. C’est faux, Jean, tu vaux beau­coup plus que ça, 40 ans peut-être même 50! Et que dire de ce son­dage ré­cent qui ré­vé­lait que 81% des Qué­bé­cois se di­saient in­sa­tis­faits de ta gou­ver­nance. De­vant un tel chiffre, une ques­tion a sou­dai­ne­ment sur­gi en moi: mais qui sont donc ces 19% de sa­tis­faits? Est-ce que la ma­la­die men­tale af­fecte tant de gens chez nous? Les ra­vages de la dés­ins­ti­tu­tio­na­li­sa­tion peut-être.

C’est vrai qu’en ce qui concerne la san­té, il est de plus en plus dif­fi­cile de se faire soi­gner ra­pi­de­ment grâce à ton gou­ver­ne­ment. L’autre jour, je me suis ren­du à l’hô­pi­tal parce que je me suis cou­pé un doigt sé­vè­re­ment. De­vine com­bien de temps j’ai dû at­tendre? Onze heures et de­mie avant que quel­qu’un s’oc­cupe de moi. Ça fai­sait tel­le­ment long­temps que j’étais là, ça com­men­çait à ci­ca­tri­ser. Mais il faut voir le bon cô­té des choses, j’avais un ané­mique à cô­té de moi, ça m’a per­mis de dé­goû­ter sur lui et ain­si faire un gé­né­reux don de sang. À la fin, j’avoue que je com­men­çais à me sen­tir un peu faible, mais lui au moins, il est re­par­ti en jog­gant.

Mais je ne me plains pas, mon ami. Je sais que tu as connu ton lot de souf­frances, toi aus­si cette an­née. À com­men­cer par la pé­ti­tion dans la­quelle 250000 ci­toyens ont ré­cla­mé ta dé­mis­sion – à peine 3% de la po­pu­la­tion. N’est-ce pas là la preuve que tu as connue une grande an­née, mon ami. De toute fa­çon, ras­sure-toi, per­sonne ne va des­cendre dans la rue pour ré­cla­mer l’élec­tion du PQ. La Marche bleue a dé­jà eu lieu et c’était pour élire Ba­da­boum dans un nou­veau Colisée; rien à voir donc avec les clowns au Par­le­ment.

Colisée, dont tu as d’ailleurs ac­cep­té de fi­nan­cer la construc­tion – rien d’éton­nant, car, là où les gens ne voient que gaspillage de fonds pu­blics, toi le vi­sion­naire, tu y as peu­têtre vu une oc­ca­sion d’af­faires sa­chant qu’une ris­tourne pour­rait t’être re­tour­née par l’en­tre­pre­neur en dons au Par­ti li­bé­ral. Ah! L’in­dus­trie de la cor­rup­tion… heu, de la construc­tion par­don. De­puis ton pas­sage à Tout le monde en parle, je n’ar­rête pas de faire ce lapsus, moi aus­si. En tout cas, tu fais bien de re­fu­ser l’en­quête pu­blique sur la cor­rup­tion… voyons, la construc­tion – tu vois, ça fait ça à chaque fois. Par­lant de cor­rup­tion, ahhhhhhh! Par­lant de construc­tion dis-je, je ne pour­rai pas être des vôtres dans votre ma­gni­fique châ­teau de West­mount en ce 31 dé­cembre, ni de­main dans votre ado­rable ré­si­dence se­con­daire de North Hat­ley dans les Can­tons-de-l’Est. Sa­lue quand même les maires de La­val, de Mas­couche, de Ter­re­bonne et de St-Lin qui se­ront pré­sents. En pas­sant, Jean, sans in­dis­cré­tion, com­ment ar­rives-tu à te payer de si luxueuses ré­si­dences avec un si maigre sa­laire de pre­mier mi­nistre de 80000 $ après im­pôts? En­fin, nul be­soin de te jus­ti­fier, car c’est dé­jà une preuve que tu es un gé­nie de l’ad­mi­nis­tra­tion.

Dire que cer­tains pensent que tu re­fuses l’en­quête pu­blique parce qu’ils soup­çonnent une quel­conque as­so­cia­tion entre le gou­ver­ne­ment et le crime or­ga­ni­sé. C’est une at­teinte grave à la ré­pu­ta­tion. Si j’étais membre du crime or­ga­ni­sé, je les pour­sui­vrais. Et puis, entre nous, Jean, quand tu as le mo­no­pole de l’im­pôt, de l’al­cool, des casinos, des taxes sur le ta­bac et de l’es­sence; tu n’en­tre­tiens pas de liens avec le crime or­ga­ni­sé, tu es le crime or­ga­ni­sé. Pe­tite blague, mon John­ny! Reste qu’il y a en­core des sources de fi­nan­ce­ment que le gou­ver­ne­ment né­glige en­core, comme une so­cié­té d’État sur les drogues et une au- tre sur la pros­ti­tu­tion. Du coup, on pour­rait se pro­cu­rer un whis­ky à la ré­gie de l’al­cool, un bon joint à la ré­gie des drogues et une bonne pipe à la ré­gie des putes. En­fin, à toi de voir ça pour 2011, mais y a de l’ar­gent à faire là.

Tu sais que je suis tou­jours plein d’idées pour maxi­mi­ser les re­ve­nus du gou­ver­ne­ment, suf­fit juste d’être créa­tif. Comme pour les trous sur nos routes, j’avais une idée comme ça. Au lieu de les ré­pa­rer sans cesse, pour­quoi ne pas sim­ple­ment tour­ber la 20 entre Mon­tréal et Québec et ain­si faire le plus grand mi­ni­putt du monde? 250 km de green et de trous, c’est un suc­cès as­su­ré. Par­lant de routes, Jean, je tiens à te fé­li­ci­ter pour l’offre du gou­ver­ne­ment Qué­bé­cois de re­cons­truire les routes à Haïti après le ter­rible trem­ble­ment de terre qui a lais­sé leur pays en ruines, cette an­née. Je suis tout de même de­meu­ré sur­pris de leur ré­ponse quand ils t’ont dit: « Sur­tout ne tou­chez à rien, on pré­fé­re­rait lais­ser nos routes dans cet état. » Tu as dû être dé­çu, car je sais à quel point tu as l’aide in­ter­na­tio­nale à coeur. D’ailleurs, les im­mi­grants en té­moignent ré­gu­liè­re­ment. N’ou­blions pas que beau­coup de ces gens pro­viennent de pays où la pau­vre­té se voit sur tous les coins de rue, où les cours d’eau sont pol­lués par les grosses com­pa­gnies amies du ré­gime en place, où les po­li­ti­ciens sont cor­rom­pus… et grâce à tes ac­com­plis­se­ments de la der­nière an­née, ces gens-là se sentent comme chez eux.

Jus­te­ment, puis­qu’on parle de pol­lu­tion, je sais que 2011 se­ra une an­née rem­plie de dé­fis pour toi, par­ti­cu­liè­re­ment en ce qui a trait aux fa­meux gaz de schiste. Ce se­ra tout un dé­fi de rai­son­ner le dé­lire des éco­lo­gistes, qui voient des menaces à la san­té par­tout. D’ailleurs, comme tu me l’ex­pli­quais, l’autre jour, ce n’est pas parce que ton verre d’eau prend en feu que c’est né­ces­sai­re­ment dan­ge­reux; suf­fit juste d’avoir un ex­tinc­teur près du ro­bi­net de cui­sine et le tour est joué. De plus, ce­la com­porte son lot d’avan­tages, j’ai moi-même fait des crêpes Su­zette lors d’un ré­cent pas­sage dans la vallée du Saint-Laurent et en rem­pla­çant le Grand Mar­nier par de l’eau de puits pour les faire flam­ber, j’ai consta­té que c’était moins ca­lo­ri­fique.

Il y a les fa­ti­gants d’étu­diants aus­si qui risquent de rui­ner ton an­née 2011. Je ne com­prends pas pour­quoi ils font un si grand tol­lé pour la mi­nime aug­men­ta­tion de 100% des frais de sco­la­ri­té que tu veux leur im­po­ser. C’est vrai que 100000$ de dettes à la sor­tie des études, ça peut pa­raître beau­coup, mais comme tu dis si bien, ils au­ront un meilleur em­ploi qui leur per­met­tra de rem­bour­ser cette somme. Ce­lui qui a étu­dié en en­sei­gne­ment met­tra peut-être 30 ans en étant pro­fes­seur, ce­lui qui a étu­dié en mé­de­cine met­tra 10 ans en étant gé­né­ra­liste, mais ce­lui qui a étu­dié en droit ou en fi­nances met­tra à peine 6 mois en étant po­li­ti­cien ou en­tre­pre­neur.

En­fin Jean James, tout ce­la pour dire que je suis fier d’avoir un ami comme toi, un homme qui m’aide tel­le­ment et qui sa­cri­fie quo­ti­dien­ne­ment sa cré­di­bi­li­té pour fa­ci­li­ter mon tra­vail d’hu­mo­riste. Laisse faire les frus­trés de l’op­po­si­tion comme Pauline, qui n’ar­rive même pas à mon­ter de 1% dans les son­dages mal­gré ton oeuvre hu­mo­ris­tique et que dire du chef de l’ADQ sur qui j’écri­rais aus­si des blagues si je me sou­ve­nais du nom. Tu n’as pas be­soin de pas­ser tes lois sous le bâillon, mon ami, plus ils parlent, plus ils se calent. C’est toi le meilleur.

Passe donc une ex­cel­lente an­née 2011 et re­pose-toi bien avec ta fa­mille sur le ba­teau de mon­sieur Ac­cur­so, s’il t’in­vite. J’es­père qu’il t’of­fri­ra la croi­sière à bon prix parce qu’on a quand même payé une bonne par­tie de ce ba­teau-là avec nos taxes.

Ami­tiés.

Guy

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