Une an­née RÊ­VÉE

«Juste le fait que, pour la pre­mière fois de ma vie, j'ai at­ten­du la confé­rence de presse des Gol­den Globes parce qu'on m'a dit que j'avais des chances, c'est in­croyable! Par­fois, je rentre à la mai­son et je me gifle deux fois en me di­sant: wake up! Tout

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger

De­nis Ville­neuve n’est pas du genre à crier sa joie sur tous les toits. Po­sé, af­fable en en­tre­vue, le ci­néaste qué­bé­cois joue in­va­ria­ble­ment la carte de la pru­dence et de la mo­des­tie quand on lui fait part du suc­cès que rem­porte son film In­cen­dies à tra­vers le monde et des ru­meurs de can­di­da­ture aux os­cars qui cir­culent à vi­tesse grand V.

N’em­pêche, on ne peut em­pê­cher le coeur d’un ci­néaste d’avoir les plus folles es­pé­rances, sur­tout quand la pla­nète ci­né­ma au com­plet chante vos louanges. Donc, oui, quand il a été igno­ré par les Gol­den Globes, il a été dé­çu. Et oui, si une can­di­da­ture aux os­cars lui échappe, il se­ra dé­çu.

Mais il n’a pas aus­si­tôt ter­mi­né de pro­non­cer le mot « dé­çu » que son pro­ver­bial sens du re­la­tif re­prend le des­sus.

« J’étais avec mon pro­duc­teur Luc Dé­ry, le jour de la confé­rence des Gol­den Globes, quand il a re­çu un coup de fil d’un di­ri­geant de So­ny Pic­tures Clas­sics, qui di­sait qu’ils étaient dé­çus parce qu’ils s’étaient fait dire que le film al­lait pro­ba­ble­ment être sé­lec­tion­né, mais que ça ne vou­lait rien dire pour la suite des choses (NDLR : la suite des choses si­gni­fie les os­cars). Quand il a rac­cro­ché, j’ai dit à Luc : Je ne peux pas croire que nous sommes

en train de dis­cu­ter avec le boss de So­ny sur le fait que nous sommes dé­çus de ne pas être aux Gol­den Globes. Quand même! C’est du bon­heur, un jeu. Fon­da­men­ta­le­ment, je n’en re­viens pas que nous ayons ce genre de dis­cus­sion. »

Qu’In­cen­dies soit ou non sé­lec­tion­né aux os­cars ne chan­ge­ra rien à l’an­née de rêve que vient de vivre Ville­neuve. Igno­ré par les sé­lec­tion­neurs de Cannes, au prin­temps, In­cen­dies s’est drô­le­ment re­pris dans les fes­ti­vals de Ve­nise, Tel­lu­ride et To­ron­to. L’ac­cueil y a été tel que le film a at­ti­ré l’at­ten­tion des dis­tri­bu­teurs de di­zaines de pays, qui se sont pré­ci­pi­tés pour en ac­qué­rir les droits. Aux ÉtatsU­nis, So­ny Pic­tures Clas­sics gou­ver­ne­ra une sor­tie en salles le 1er avril pro­chain.

« Un des gros prix que j’ai re­çu cette an­née, c’est que des dis­tri­bu­teurs de ci­né­ma d’au­teur in­ter­na­tio­nal de gros ca­libre comme Lu­cky Red, en Italie, Al­ta, en Es­pagne, ou So­ny Pic­tures Clas­sics, aux États-Unis, prennent le film et in­ves­tissent de­dans », dit Ville­neu- ve, qui avoue qu’il ne s’at­ten­dait pas à une telle ré­ac­tion.

« Que le film soit ven­du dans au­tant de pays, que ce ne soit pas des ventes DVD, mais pour les ci­né­mas par des dis­tri­bu­teurs im­por­tants, c’est la pre­mière fois que ça m’ar­rive et ça me touche pro­fon­dé­ment. »

ÉTOUR­DI PAR LES QUÉ­BÉ­COIS

S’il est com­blé que son film voyage au­tant à l’étran­ger, De­nis Ville­neuve exulte de­vant l’ac­cueil en­thou­siaste que lui ont ré­ser­vé les Qué­bé­cois.

Un box-of­fice de 2,5 mil­lions de dol­lars, ce n’est pas com­mun pour un film d’au­teur.

« C’est gi­gan­tesque! Le mot d’ordre pour nous était: si ja­mais on dé­passe le mil­lion, ce se­ra la grosse fête. Moi, ce n’est pas le rap­port à l’ar­gent comme la quan­ti­té de gens qui vont voir le film. Si tu fais 400 000 $ un week-end, ça veut dire qu’il y a 40 000 per­sonnes qui ont pris leur voi­ture et sont al­lés ache­ter un billet. C’est beau­coup quand tu y penses. Ça m’étour­dit.

« En plus, c’est un qui n’a pas été ache­té, mais qui s’est fait par le bouche-à-oreille. Nous avions un bud­get pu­bli­ci­taire très mo­deste. Et ce bouche-à-oreille est dû aux idées de Wa­j­di. »

box-of­fice

HOM­MAGE À WA­J­DI

Car De­nis Ville­neuve ne manque ja­mais une oc­ca­sion de rendre hom­mage à Wa­j­di Moua­wad, l’au­teur de la pièce de théâtre dont

In­cen­dies est l’adap­ta­tion sur grand écran.

« Je rends tou­jours à Cé­sar ce qui ap­par­tient à Cé­sar. Je sais que c’est à cause des idées de Wa­j­di. Il a écrit une pièce de théâtre ab­so­lu­ment ex­tra­or­di­naire. Je re­viens tou­jours à ça, mais c’est im­por­tant, c’est la vé­ri­té. Les idées de Wa­j­di Moua­wad sont d’une très grande force. Son texte a une force poé­tique, c’est un vi­sion­naire. Moi, j’étais un tra­duc­teur, j’ai eu la chance de tra­vailler là-des­sus. Un des ob­jec­tifs du film était de par­ta­ger cette his­toire avec un pu­blic dif­fé­rent. Que le film ait été vu comme ça, au Québec, a été un énorme ca­deau. »

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