L’in­sou­te­na­ble­lé­gè­re­té­deFa­bleIII

Nou­velle dé­cep­tion pour les in­con­di­tion­nels du genre, mais un monde fas­ci­nant et ac­ces­sible à dé­cou­vrir pour les néo­phytes et les joueurs oc­ca­sion­nels.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Jor­dan Heath-Raw­lings

De­puis ses dé­buts, la sé­rie des jeux Fa

ble semble des­ti­née à pro­duire des jeux qui, au lieu de se dé­mar­quer par leurs réa­li­sa­tions, se dis­tinguent plu­tôt par leurs la­cunes.

Ain­si, ils ont beau être au nombre des meilleurs ven­deurs et fi­gu­rer par­mi les titres les plus es­ti­més sur Xbox, ces jeux dé­çoivent im­man­qua­ble­ment les cri­tiques à leur sor­tie.

La faute en re­vient à Pe­ter Mo­ly­neux, leur créa­teur, qui a van­té le jeu Fable ori­gi­nal au point où tous les cri­tiques et joueurs ex­perts du monde s’at­ten­daient à en in­sé­rer le disque et à vivre une ex­pé­rience qui les trans­por­te­rait bien au­de­là des stan­dards ha­bi­tuels du jeu de rôle d’aven­ture.

Dans l’uni­vers de Fable, les joueurs al­laient pou­voir al­té­rer à leur gré des mondes, et à cha­cun des gestes po­sés de­vait cor­res­pondre une consé­quence vé­ri­fiable dans le temps et l’es­pace. On di­sait même qu’une fois plan­té, un mo­deste gland de­vien­drait un chêne ma­jes­tueux au cours de l’évo­lu­tion du jeu.

Ces pro­messes n’ont pas toutes été te­nues, quoique le Fable ori­gi­nal ait été un jo­li pe­tit jeu qui fit évo­luer le genre et of­frit (à ceux qui n’étaient pas to­ta­le­ment ver­sés dans l’uni­vers et les ma­nières des Fi­nal Fan­ta­sy) l’oc­ca­sion de vivre une ex­pé­rience de jeu d’ac­tion simple, où se mê­laient la force de l’épée, la magie de la sorcellerie et un zeste gé­né­reux d’au­to­dé­ter­mi­na­tion.

Van­té à son tour comme un jeu ré­vo­lu­tion­naire, le se­cond Fable dé­çut éga­le­ment. In­té­res­sant et amu­sant, ce conte de hé­ros et de lé­gendes à l’his­toire ser­tie de choix mo­raux cor­ri­geait éga­le­ment plu­sieurs la­cunes qui mi­naient le pre­mier jeu. La cri­tique fut tou­te­fois sans pi­tié pour ce jeu qui, comme son pré­dé­ces­seur, n’était pas à la hau­teur d’une ré­pu­ta­tion sur­faite.

FI­DÈLE À LA TRA­DI­TION

Le troi­sième Fable per­pé­tue­ra cette tra­di­tion. Et quelle tra­di­tion idiote! Mo­ly­neux et ses col­la­bo­ra­teurs des stu­dios Lion­head mé­ritent en fait des louanges plus que des cri­tiques, pour sa­voir se dé- gon­fler d’aus­si di­ver­tis­sante fa­çon.

Le genre du jeu de rôle est trop sou­vent en­com­bré de cli­chés sur le plan de l’his­toire, ponc­tué d’in­ter­mi­nables col­lec­tions d’ob­jets et consti­tué de pro­gres­sions ar­dues dans les ni­veaux me­nant à la tra­di­tion­nelle confron­ta­tion avec le ou les re­pré­sen­tants du mal, sans ou­blier les im­man­quables scènes ci­né­ma­tiques à fin heu­reuse, etc. Dans ce contexte, il est par­fois pré­fé­rable de vi­ser plus haut et de dé­ce­voir que de se conten­ter de pondre sans y son­ger le troi­sième jeu d’une fran­chise et de l’ex­pé­dier à temps pour ré­col­ter un maxi­mum de re­cettes au cours de la pé­riode des Fêtes.

OEUVRE DE SIM­PLI­CI­TÉ

Fable III n’a pas de menus. Les cli­chés y sont éga­le­ment rares. Le jeu est réel­le­ment drôle et cha­leu­reux, ponc­tué de quelques mo­ments de cruau­té et de mé­chan­ce­té qui sur­prennent. Il ne se ter­mine pas dès que le mé­chant est oc­cis et le jeu n’étan­che­ra d’au­cune fa­çon une soif de jeu de rôle tra­di­tion­nel.

À ceux qui sou­haitent un jeu per­met­tant au par­ti­ci­pant de pas­ser des heures à foui­ner dans les re­coins du pay­sage et à per­son­na­li­ser jus­qu’au moindre dé­tail de son per­son­nage, nous pro­po­sons plu- tôt Fal­lout : New Ve­gas. Le jeu est ex­cellent, très long et em­preint de mi­nu­tie.

Fable III est un jeu de rôle qui s’adresse aux per­sonnes qui n’au­raient pas nor­ma­le­ment le ré­flexe de se pro­cu­rer un titre de ce genre. Il est simple d’ap­proche : le joueur in­carne le fils ou la fille d’un hé­ros es­ti­mé, mais son mé­chant frère règne main­te­nant avec une poigne de fer sur le royaume et il faut donc ras­sem­bler des fi­dèles pour le ren­ver­ser.

L’his­toire est tou­te­fois mise en scène dans un monde ad­mi­ra­ble­ment bien conçu et ser­vi par quelques-unes des meilleures voix d’ac­teurs que l’on puisse trou­ver dans un jeu (outre les ex­cel­lents Ben King­sley, Mi­chael Fass­ben­der et Si­mon Pegg, no­tons l’om­ni­pré­sence de John Cleese en ma­jor­dome ins­truc­teur).

Lorsque le joueur au­ra ras­sem­blé suf­fi­sam­ment de par­ti­sans pour me­ner avec suc­cès une ré­vo­lu­tion qui lui per­met­tra de s’ins­tal­ler sur le trône, il fe­ra jus­te­ment ce­la, mais le jeu n’en se­ra pas ter­mi­né pour au­tant.

Le par­ti­ci­pant se re­trou­ve­ra plu­tôt sur le trône d’Al­bion pour un der­nier acte au cours du­quel il au­ra à dé­ci­der de te­nir ou non toutes les pro­messes faites à ses par­ti­sans du­rant sa cam­pagne de ral­lie­ment.

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