Une bi­blio­thèque de chef

Jean Sou­lard, le chef exé­cu­tif du Fair­mont Le Châ­teau Fron­te­nac, sa­voure les livres de re­cettes. Il est d’ailleurs en train d’écrire son hui­tième. Ce qu’on sait moins de lui, c’est qu’il dé­guste aus­si la lit­té­ra­ture et se nour­rit l’es­prit des écrits d’Amé

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

« Ne me pose pas de ques­tions sur la TV… à l’ex­cep­tion de quelques matchs de soc­cer, ok? » dit-il en riant de bon coeur. « Mais j’ai tou­jours un bou­quin. Quand les sor­ties d’au­tomne ar­rivent, bien sûr, j’ai le nez de­dans! »

Jean Sou­lard est un lec­teur as­sez bran­ché eu­ro­péen. « C’est une ques­tion de culture, à vrai dire. Et je m’aper­çois que je n’ai pas tant une liste de livres qu’une liste d’au­teurs que je lis ré­gu­liè­re­ment. Évi­dem­ment, je pour­rais tou­jours ci­ter plein de livres de cui­sine, parce que c’est quand même les li-vres que j’achète le plus. »

En tête de liste ar­rive l’écri­vain fran­çais Mi­chel Houel­le­becq, ré­com­pen­sé du prix Gon­court 2010 en no­vembre pour La carte et le ter­ri­toire. « J’ai aus­si de bons sou­ve­nirs de La pos­si­bi­li­té d’une île », dit le chef.

Une autre au­teure qu’il « fré­quente » ré­gu­liè­re­ment s’ap­pelle Amé­lie No­thomb. Pour­quoi? « Parce que je la trouve vrai­ment fê­lée! » ri­gole-t-il. « J’ai lu son der­nier, Une forme de vie, c’est as­sez ma­lade! Elle parle sou­vent de bouffe. Elle me fas­cine parce que le jour où elle a dé­cla­ré qu’elle man­geait de la nour­ri­ture qui pou­vait être un peu pour­rie, j’ai trou­vé ça cu­rieux… Pour­tant elle a sor­ti un livre avec sa soeur Ju­liette, un livre sur la nour­ri­ture ( La cui­sine d’Amé­lie), c’est ri­go­lo. »

Il achète aus­si les ou­vrages du ro­man­cier fran­çais Jean D’Or­mes­son, membre de l’Aca­dé­mie fran­çaise. « Là, on est dans un autre style… c’est plus phi­lo­so­phique qu’autre chose. Je viens de ter­mi­ner C’est une chose étrange à la fin que le monde. J’ai beau­coup ai­mé. »

Il peut lire deux pages de Jean D’Or­mes­son puis mé­di­ter en­suite une de­mi-heure sur le su­jet. Ou re­lire deux fois. « Je n’ai pas honte de lire deux fois en me di­sant, est-ce que j’ai bien com­pris ce qu’il a vou­lu dire? Pour moi, la lec­ture, ça re­flète aus­si une fa­çon de ré­flé­chir, une fa­çon de pen­ser au­tre­ment. »

Jean Sou­lard achète aus­si de temps en temps les ou­vrages du neu­ro­logue et psy­chiatre fran­çais Boris Cy­rul­nik, qui a dé­ve­lop­pé le concept de la ré­si­lience. « Il a écrit plein de livres, comme Les vi­lains pe­tits ca­nards ou De chair et d’âme. C’est quel­qu’un d’in­té­res­sant. C’est un scien­ti­fique d’abord, ce n’est pas une mode pour te ré­con­for­ter l’âme. Il a un cô­té scien­ti­fique dans ses ex­pli­ca­tions et ça, je ne dé­teste pas. »

UN PEU PLUS OLÉ-OLÉ

Dans un tout autre ordre d’idée, Jean Sou­lard aime l’uni­vers un peu plus étrange et olé-olé du ro­man­cier fran­çais Phi­lippe Djian, au­teur de l’in­ou­bliable 37,2 ° le ma­tin, adap­té au ci­né­ma par Jean-Jacques Bei­neix. « Lui, je l’aime bien parce qu’il est re­laxant. Il t’en­voie dans un autre monde. Il est pas gê­né. C’est autre chose comme lec­ture, on est d’ac­cord avec ça! » s’es­claffe-t-il.

Jean Sou­lard ap­pré­cie éga­le­ment les ro­mans d’Alexandre Jar­din : Le Zèbre, Le Zu­bial, Ma­de­moi­selle Li­ber­té. « Il écrit sur les femmes. Il est amou­reux des femmes et c’est ce que j’aime beau­coup en lui, ce cô­té où la femme est belle et où on tombe en amour avec la femme. Je trouve qu’il la dé­crit bien. »

Dans sa bi­blio­thèque s’alignent aus­si des grands livres qu’il faut avoir lus, à son avis, comme Le meilleur des mondes d’Al­dous Hux­ley, un chef-d’oeuvre de la lit­té­ra­ture d’an­ti­ci­pa­tion. « Je ne te ci­te­rai pas les grands écri­vains fran­çais : ça me rap­pelle trop l’école où on était obli­gés de les lire! »

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