JE NE POU­VAIS PAS DIRE NON À SO­FIA COP­PO­LA »

Il a fal­lu 23 ans à Ste­phen Dorff pour qu’il ob­tienne autre chose qu’un rôle de sé­rie B. Car dans Quelque part, de So­fia Cop­po­la, il donne en­fin la pleine me­sure de son ta­lent.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hontebeyrie

« Je ne pou­vais pas dire non à So­fia, c’était im­pos­sible. » Au té­lé­phone, la voix est douce, cha­leu­reuse et chaude. Ai­mable, Ste­phen Dorff conti­nue (main­te­nant qu’il peut en par­ler li­bre­ment) la conver­sa­tion amor­cée cet été, lors de sa ve­nue à Mon­tréal pour le tour­nage d’Im­mor­tals.

Le rôle de John­ny Mar­co a été écrit pour lui par la fille de Fran­cis Ford Cop­po­la. Le per­son­nage est un ac­teur désen­chan­té qui se contente de vivre au jour le jour, re­tran­ché dans une chambre du Châ­teau Mar­mont, hô­tel ico­nique de Los An­geles dans le­quel tout ce qui compte à Hol­ly­wood a dé­jà vé­cu (on se sou­vien­dra que Lind­say Lo­han, no­tam­ment, en avait fait son do­mi­cile pen­dant un an, ac­cu­mu­lant une fac­ture... d’un mil­lion de dol­lars).

En pleine pro­mo­tion d’un mau­vais film d’ac­tion, John­ny voit sa fille pré­ado­les­cente, Cleo (Elle Fan­ning, pe­tite soeur de Da­ko­ta, dont la per­for­mance laisse pré­sa­ger le meilleur), lui échoir lorsque sa mère et ex-pe­tite amie se re­trouve obli­gée de la lui lais­ser pen­dant un mo­ment. Entre ce père ir­res­pon­sable et cette fillette qui ne connaît rien de son gé­ni­teur, se dé­ve­lop­pe­ra pe­tit à pe­tit une re­la­tion fort spé­ciale.

SO­FIA AVANT TOUT...

« Pour moi, le film (N.D.L.R.: qui a re­çu le Lion d’or à la Mos­tra de Ve­nise) est le che­mi­ne­ment d’un père ado­les­cent qui de­vient un homme. Il doit chan­ger avant de tou­cher le fond. L’ar­gent, la gloire, le suc­cès... tout ce­la ne veut rien dire. La fa­mille, la san­té et ce qu’on est à l’in­té­rieur de soi sont ce qui est vrai­ment im­por­tant », dé­taille Ste­phen Dorff qui a lui aus­si ap­pris cette dif­fi­cile le­çon. Et ce n’est pas tant le rôle qui l’a in­té­res­sé que la pos­si­bi­li­té de tra­vailler avec celle qu’il consi­dère comme l’une des meilleures ci­néastes de sa gé­né­ra­tion.

« So­fia est l’une des rares à pou­voir tour­ner le film qu’elle veut à Hol­ly­wood. Elle est unique, per­sonne d’autre n’au­rait pu faire Quelque part. »

Oui, l’hon­nê­te­té de la des­crip­tion de la vie à Los An­geles l’a in­té­res­sé, mais c’est sur­tout cette re­la­tion père-fille qui l’a pro­fon­dé­ment tou­ché. « Je n’ai ja­mais vu de film dans le­quel un en­fant est plus adulte que son pa­rent. L’his­toire sonne juste », ajoute ce cé­li­ba­taire qui, à 37 ans, n’a tou­jours pas d’en­fant.

Afin de dé­ve­lop­per une re­la­tion cré­dible de­vant les ca­mé­ras, Ste­phen et Elle ont pas­sé énor­mé­ment de temps en­sem- ble avant le dé­but du tour­nage, s’ap­pri­voi­sant mu­tuel­le­ment. « Nous sommes de­ve­nus amis », dit-il, sou­li­gnant aus­si à quel point un tour­nage avec So­fia Cop­po­la est calme et sé­cu­ri­sant. Les deux co­mé­diens ont d’ailleurs la même ma­nière de tra­vailler : en se per­dant to­ta­le­ment dans le per­son­nage qu’ils in­carnent.

« So­fia re­con­naît l’in­tel­li­gence du pu­blic, dit Ste­phen Dorff. Dans un monde où nous vi­vons avec nos Bla­ckBer­ry, In­ter­net, etc., j’ai trou­vé par­ti­cu­liè­re­ment ra­fraî­chis­sant qu’elle veuille ra­len­tir ce rythme et qu’elle choi­sisse de se concen­trer sur l’étude psy­cho­lo­gique de John­ny Mar­co. La poé­sie de Quelque

part vient des per­son­nages, des vi­suels, de la mu­sique et non pas des mots. So­fia ne fait rien d’évident et je suis tou­ché qu’elle m’ait choi­si et ac­cep­té d’une ma­nière aus­si to­tale. »

Quelque part, de So­fia Cop­po­la, avec Ste­phen Dorff et Elle Fan­ning, prend l’af­fiche au Québec le 14 jan­vier.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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Elle Fan­ning et Ste­phen Dorff se donnent la ré­plique dans le qua­trième film de So­fia Cop­po­la, Quelque part. STE­PHEN DORFF

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