Se dé­fou­ler par la té­lé

La plu­part du temps, les femmes re­gardent la té­lé pour se dis­traire, comme elles lisent un ro­man ou font un su­do­ku, mais pour les hommes, c’est dif­fé­rent. Quand ils ne sont pas col­lés au pe­tit écran pour une par­tie de golf ou de ho­ckey, ils cherchent plut

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Comme notre té­lé­vi­sion est plu­tôt sage du cô­té de l’éro­tisme, c’est par le biais de la vul­ga­ri­té qu’elle at­trape les té­lé­spec­ta­teurs mas­cu­lins et un cer­tain nombre de femmes aus­si. La vul­ga­ri­té, c’est man­quer de dis­tinc­tion et de dé­li­ca­tesse, c’est heur­ter le bon goût et ou­blier la bien­séance. Même si on a été bien « éle­vé », on a tous la ten­ta­tion de trans­gres­ser les règles de bien­séance, de « man­quer de classe » ou de se dé­fou­ler.

MÊME DA­NIEL PI­NARD…

Com­ment ex­pli­quer le suc­cès des Bou­gon − C’est aus­si ça la vie! la sé­rie de François Avard, si­non par le dé­fou­le­ment qu’elle a au­to­ri­sé chez des cen­taines de mil­liers de spec­ta­teurs? On re­gar­dait les émis­sions avec d’au­tant moins d’em­bar­ras qu’elles étaient dif­fu­sées à Ra­dio-Ca­na­da. Pour­quoi au­rait-on été trou­blé de pa­reil éta­lage de vul­ga­ri­tés puis­qu’elles étaient cau­tion­nées par la so­cié­té d’État? Même le très pom­peux Da­niel Pi­nard ad­met pu­bli­que­ment prendre plai­sir à re­gar­der Un gars, le soir, à V. Le mau­vais goût qu’y af­fiche sans re­te­nue JeanF­ran­çois Mer­cier a quelque chose de li­bé­ra­teur. Le « gros cave » dit ou fait des choses qu’on au­rait tous de temps à autre le goût de se per­mettre, mais qu’on n’ose pas. Que je sache, les femmes ne sont pas très nom­breuses à re­gar­der Un gars, le soir. C’est une émis­sion pour hommes qui ont be­soin de se dé­fou­ler! Moi comme les autres.

ET MÊME LES AN­GLO­PHONES…

Les Qué­bé­cois ne sont pas seuls à éprou­ver ce be­soin. Loin de là. Jus­qu’à la der­nière émis­sion de Ken­ny vs Spen­ny, le 23 dé­cembre der­nier, un « spé­cial » d’une heure, les An­glos aus­si avaient leurs séances heb­do­ma­daires de dé­fou­le­ment grâce à la té­lé et aux énor­mi­tés de deux co­mé­diens to­ron­tois, Ken­ny Hotz et Spen­cer Rice. Ces deux hur­lu­ber­lus, du même aca­bit que le gros cave, ont été les ve­dettes de 88 émis­sions dont cer­taines sont d’une vul­ga­ri­té in­éga­lée à la té­lé­vi­sion. Dif­fi­cile d’al­ler plus loin que l’émis­sion où Spen­ny, en guise de pu­ni­tion, est for­cé d’ava­ler ses propres vo­mis­sures!

Pour ceux qui ne sont pas fa­mi­liers avec Ken­ny vs Spen­ny, di­sons qu’il s’agit d’une es­pèce de sit­com-réa­li­té où les deux pro­ta­go­nistes doivent re­le­ver des dé­fis aus­si in­vrai­sem­blables que se pro­me­ner avec une énorme pieuvre morte sur la tête, boire le plus de bière sans vo­mir, réa­li­ser le plus long cun­ni­lin­gus, etc. Règle gé­né­rale, c’est Ken­ny qui gagne parce qu’il triche ou ar­rive à dé­jouer les règles.

Croyez-le ou non, cette sé­rie com­plè­te­ment déjantée a eu au­tant de suc­cès à tra­vers le monde que Un gars, une fille. On l’a dif­fu­sée ou adap­tée dans des di­zaines de pays. La CBC, qui l’avait dif­fu­sée la pre­mière an­née, en a eu honte et l’a lais­sée à Glo­bal, puis elle s’est re­trou­vée à Show­case. Ai-je be­soin d’ajou­ter que ce sont sur­tout les hommes qui ont fait de Ken­ny vs Spen­ny un suc­cès d’au­di­toire sans pré­cé­dent pour une sé­rie ca­na­dienne-an­glaise? Comme exu­toire, comme moyen de dé­fou­le­ment, force est d’ad­mettre que rien n’égale la té­lé!

Jacques Rogge, pré­sident du Co­mi­té olym­pique.

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