L’ex­pé­rience d’une vie

Da­nielle Steel, l’une des ro­man­cières les plus lues dans le monde avec plus de 70 ro­mans et 560 mil­lions d’exem­plaires ven­dus dans plus de 40 pays, mais aus­si une des plus dis­crètes, livre dans Of­frir l’es­poir un té­moi­gnage bou­le­ver­sant sur son im­pli­ca­tio

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

Avec fran­chise, l’écri­vaine amé­ri­caine au par­cours ja­lon­né de suc­cès ra­conte qu’elle a connu une pé­riode ex­trê­me­ment dif­fi­cile après la mort de son fils Nick, qui souf­frait de ma­la­die men­tale. «C’était vrai­ment un mo­ment très glauque de ma vie», com­mente-t-elle lors d’une rare et émou­vante en­tre­vue té­lé­pho­nique de sa ré­si­dence pa­ri­sienne, dans un fran­çais re­mar­quable.

S’ins­pi­rant de l’im­pli­ca­tion de sa fille aî­née au­près des jeunes can­cé­reux et d’une ré­ponse à ses propres prières, puis­qu’elle se ren­dait à l’église chaque jour, Da­nielle Steel a en­tre­pris, dans le plus grand se­cret, de dis­tri­buer des vivres, des vê­te­ments et du ré­con­fort aux sans-abri de San Fran­cis­co.

L’opé­ra­tion Yo! An­gel! a été me­née dans la dis­cré­tion la plus to­tale pen­dant 11 ans. En 2010, la ro­man­cière a choi­si de bri­ser le si­lence pour aler­ter l’opi­nion pu­blique sur le phé­no­mène crois­sant de la pré­ca­ri­té. Au fil d’une cen­taine de pages, elle brosse un por­trait au­then­tique des gens

AF­FRON­TER LE DAN­GER

qu’elle a croi­sés au fil des vi­rées qui lui coû­taient 100000$ par nuit. Elle se fait aus­si très cri­tique à l’en­droit des au­to­ri­tés amé­ri­caines.

«Je suis res­tée ano­nyme parce que je vou­lais que per­sonne n’ait le moindre doute que je le fai­sais pour la pu­bli­ci­té. En plus, j’étais beau­coup plus à l’aise dans les rues si per­sonne ne sa­vait qui j’étais», ex­plique-t-elle.

Même si les édi­teurs amé­ri­cains re­fusent tou­jours de pu­blier Of­frir l’es­poir, pour­tant of­fert en Eu­rope et au Ca­na­da, Da­nielle Steel sou­haite prê­ter sa voix aux déshé­ri­tés. «Je me sens plus utile en tou­chant 300 mains par nuit, mais, quelque part, j’ai une grande voix au­près du pu­blic et peut-être que ça vaut la peine que j’es­saie. C’est pas un su­jet sexy du tout, et même l’idée des sans-abri, ça ter­ro­rise les gens... Mais je crois que, par gêne s’il n’y a rien d’autre, éven­tuel­le­ment, quel­qu’un va le pu­blier en Amé­rique.»

L’écri­vaine multimillionnaire a fait preuve de bon­té et de com­pas­sion, mais aus­si de té­mé­ri­té. «Je suis très ti­mide et je ne suis pas tel­le­ment cou­ra­geuse. J’ai tou­jours eu peur des sans-abri parce que, jus­te­ment, ils n’ont pas l’air très fiables et on ne sait pas à qui on a af­faire. J’avais tout à fait l’im­pres­sion de grand dan­ger, sur­tout pour l’équipe, et je me sen­tais très res­pon­sable d’eux. Mais avec êtres hu­mains, je n’avais pas peur. Je ne sais pas pour­quoi. Conne­rie, pro­ba­ble­ment», ajoute-t-elle en riant.

Ces mis­sions, dans les­quelles elle a per­sé­vé­ré en mé­moire de son fils, ont com­plè­te­ment chan­gé sa vie. «On ne peut pas être face à ce­la sans être ter­ri­ble­ment émue. Il y a tou­jours une sorte de culpa­bi­li­té. On rentre chez soi, on est au sec, on n’a pas froid, on a un lit propre. De voir la mi­sère hu­maine à ce point, c’est bou­le­ver­sant.»

«J’ai une grande réus­site, une bonne mai­son et une vie très agréable, mais ça n’em­pêche pas la souf­france. Qu’on soit riche ou pauvre, on peut souf­frir ter­ri­ble­ment après des tra­gé­dies sur­ve­nues dans sa vie. Per­sonne n’est à l’abri de ça. On peut tom­ber ma­lade, perdre un en­fant ou un ma­ri. J’ai fait ce que j’ai pu. Tout ce que je veux, c’est re­tour­ner oeu­vrer au­près d’eux. À vrai dire, j’y pense tou­jours quand il fait froid, quand il y a une pluie épou­van­table ou de la neige.»

Da­nielle Steel consi­dère que ces mis­sions l’ont chan­gée en temps que femme, mais aus­si en temps qu’au­teure. « Au point de vue écri­ture, tout ce qui vous donne un peu de com­pas­sion sur la condi­tion hu­maine, ça vous rend une meilleure per­sonne et on écrit mieux après, j’es­père. »

PHOTOS COUR­TOI­SIE

Da­nielle Steel, pho­to­gra­phiée lors d’une des vi­rées noc­turnes

à San Fran­cis­co de l’or­ga­nisme Yo! An­gel!

qu’elle a mis sur pied

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