Une vie pas si GLA­MOUR

Da­nielle Steel re­con­naît qu’elle a beau­coup de suc­cès et mène une exis­tence confor­table, mais rap­pelle que sa vie n’est pas aus­si gla­mour qu’on pour­rait se l’ima­gi­ner.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

« Fer­mant les yeux, Co­co tour­na son vi­sage vers le so­leil. Les­lie en pro­fite pour l’ob­ser­ver plus at­ten­ti­ve­ment. Ses che­veux brillaient comme du cuivre. Les deux chiens s’étaient en­dor­mis à leurs pieds. Il com­pre­nait que l’on puisse fa­ci­le­ment s’ha­bi­tuer à une telle exis­tence, sans com­pli­ca­tion ni ar­ti­fice. »

— Da­nielle Steel, Au jour le jour

Elle par­tage son an­née entre ses deux ré­si­dences, l’une à San Fran­cis­co, l’autre à Paris, et a hor­reur de voir ses huit en­fants gran­dir. Sa plus jeune a au­jourd’hui 22 ans. «Elle est étu­diante et me trouve ar­chi-en­nuyeuse. Elle ne perd pas énor­mé­ment de temps avec moi!» s’es­claffe-t-elle.

La ro­man­cière as­sure que sa rou­tine de tra­vail est «très ri­gou­reuse» et qu’elle est «très, très, très dis­ci­pli­née», une ha­bi­tude qu’elle a ap­prise dans les écoles fran­çaises, où elle a étu­dié jus­qu’à l’uni­ver­si­té. Elle consi­dère d’ailleurs le fran­çais comme sa langue ma­ter­nelle et ré­dige à l’oc­ca­sion de la poé­sie en fran­çais. «Je li­sais énor­mé­ment, mais c’est pas Ra­cine et Cor­neille qui m’ont tel­le­ment in­fluen­cée. Co­lette était mon écri­vain pré­fé­ré quand j’étais jeune et j’ai­mais beau­coup Proust et An­dré Gide.»

Sa rou­tine exem­plaire lui per­met de pondre des cen­taines de pages chaque an­née. «J’ai beau­coup de temps et, mal­heu­reu­se­ment, je suis seule. Je ne suis ni ma­riée ni avec quel­qu’un, alors je passe ma vie à tra­vailler.»

LA CÉ­LÉ­BRI­TÉ

Lorsque les gens l’as­so­cient à des images de gla­mour, elle éclate de rire. «Ma fa­mille n’est stric­te­ment pas im­pres­sion­née et on ne parle ja­mais de ma car­rière. Je n’ai ja­mais fait d’in­ter­views quand les gosses étaient jeunes. Je m’oc­cu­pais de mes en­fants pen­dant la jour­née et j’écri­vais la nuit. Ils ont tous dit qu’ils n’ont ja­mais dé­cou­vert que j’étais cé­lèbre avant d’ar­ri­ver à l’uni­ver­si­té», as­sure-t-elle d’un ton po­sé.

«La cé­lé­bri­té rend la vie ex­trê­me­ment dif­fi­cile. Ça, je peux le dire. Les gens ne se rendent pas compte, mais on paie un prix énorme pour ça. Notre vie pri­vée est af­fec­tée, il y a des dan­gers, des grands risques au ni­veau de la sé­cu­ri­té. J’ai sou­vent des menaces sur mes en­fants ou sur moi-même. Et puis, ça ne per­met pas aux gens de vous connaître. Dès que vous en­trez dans une pièce, les gens pré­sument tout de suite de ce qu’on va être, de qui on est. »

« Cette his­toire avec les sans-abri, c’est vrai­ment une bonne le­çon. Ja­mais per­sonne n’au­rait de­vi­né, pen­dant toutes ces an­nées, que je fai­sais ça. En plus, les gens, même nos amis, on ne les connaît pas aus­si bien qu’on le pense, par­fois. »

AU JOUR LE JOUR

Dans son der­nier ro­man, Au jour le jour, Da­nielle Steel ex­plore l’uni­vers des re­la­tions amou­reuses entre Co­co, la fille d’une pro­duc­trice de ci­né­ma qui pré­fère la vie simple de pro­me­neuse de chiens au gla­mour, et Les­lie Bax­ter, un ac­teur cé­lèbre. Cette re­la­tion lui per­met de por­ter un re­gard dif­fé­rent sur sa mère Flo­rence, qui vit une idylle avec un homme plus jeune, et sa soeur Jane, en couple avec une autre femme.

« Ce qui m’in­té­resse, c’est la vraie vie. Ça m’énerve tou­jours quand les gens disent : ‘Ah, elle écrit sur les riches!’ D’abord, ce n’est pas vrai. Il y a beau­coup de gens nor­maux dans mes livres, qui ne sont pas riches du tout. J’écris sur la vraie vie et les choses qui nous at­teignent le plus : les pro­blèmes de nos en­fants, les pro­blèmes re­la­tion­nels entre fa­milles, entre ma­ris et femmes, entre hommes et femmes. C’est ça qui m’in­té­resse: la condi­tion hu­maine et com­ment on y ré­agit. »

Da­nielle Steel pré­fère les his­toires d’amour in­ven­tées de toutes pièces aux his­toires réelles. « Ça me donne beau­coup plus de li­ber­té. Il y a des tas de gens qui me disent : ‘Oh, on ai­me­rait tel­le­ment vous ra­con­ter notre his­toire!’ Et je ne veux pas. Je ne veux pas prendre les his­toires vraies des gens. Je pré­fère les in­ven­ter. »

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