Luck Mer­vil D' AR­TISTE À PDG

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - VI­LAJ VI­LAJ : SA MIS­SION EN HAÏTI

MON­TRÉAL | De­man­dez à Luck Mer­vil qui il est. Et il vous ré­pond avec fier­té et droi­ture « je suis le pré­sident fon­da­teur de Vi­laj Vi­laj. » D’ar­tiste à PDG… pour lui dans sa tête et son coeur, c’est une suite lo­gique du trem­ble­ment de terre qui a frap­pé son pays na­tal, Haïti. Au­jourd’hui, il veut non pas don­ner un vil­lage aux siens, mais le bâ­tir avec eux pour lit­té­ra­le­ment re­cons­truire des vies. Et il nous in­vite tous à faire par­tie de cette au­da­cieuse aven­ture.

A 43 ans, il dit non pas vou­loir chan­ger le monde mais « le chan­ger vrai­ment ».

« Ce pays est un vé­ri­table pa­ra­dis. Au lieu d’être pa­ra­ly­sé par le drame, j’es­saie de voir ce qu’il est pos­sible de faire avec eux, les Haï­tiens », confie l’homme d’ac­tion Luck Mer­vil, lors d’une longue en­tre­vue avec le Jour­nal de Mon­tréal.

Au cours des der­niers mois, il a fait une di­zaine de voyages en Haïti et construit son pro­jet avec les au­to­ri­tés haï­tiennes qui étaient par­ti­cu­liè­re­ment flat­tées de voir en­fin un étran­ger leur faire confiance. Il nomme par­ti­cu­liè­re­ment le maire Jean-Yves Ja­son, de la ville de Paillant, où se­ra construit le pre­mier Vi­laj Vi­laj.

« Quand vous avez cet homme de­vant vous et qu’il vous dit: ‘’Vous n’avez pas idée M. Mer­vil le nombre de gens qu’on a vu s’ins­tal­ler sur nos terres sans même nous de­man­der la per­mis­sion et nous of­frir de l’ar­gent pour qu’on se taise. Que fe­riez­vous à ma place si une com­pa­gnie vous dit qu’elle vien­dra in­ves­tir 30 M$ dans votre pays qui en a tant be­soin. Vous vous tai­sez. Mais vous, c’est dif­fé­rent, vous vou­lez le faire avec nous’’ ».

DES ZONES GRISES

Luck Mer­vil ra­conte ce fait et une cer­taine co­lère monte en lui.

« Je ne dis pas que tout a été mal fait, que tout notre ar­gent a été mal dé­pen­sé. Mais sur le ter­rain, ça ne co­opère pas et des com­pa­gnies étran­gères ont vite réa­li­sé que la pau­vre­té rap­porte et qu’il y avait de l’ar­gent à faire. De­puis le séisme, Port-au-Prince fait face à une in­fla­tion in­croyable : le bol de riz et de pou­let qui coû­tait 2 $ avant le trem­ble­ment de terre, coûte main­te­nant 10 $ US. C’est pour­quoi je dis qu’Haïti est au­jourd’hui un pays oc­cu­pé, conquis. On ne se plain­drait pas si ça don­nait des jobs aux Haï­tiens, mais les com­pa­gnies étran­gères les ignorent. Ce n’est pas tout noir mais il y a un amas de zones grises », ex­plique le PDG de Vi­laj Vi­laj qui a mis une an­née à mettre sur pied son pro­jet.

« Et j’ai au­jourd’hui ac­cès à une cen­taine d’hec­tares de terre à Paillant en toute lé­ga­li­té. Et je vais construire un vil­lage avec les in­gé­nieurs, les tra­vailleurs haï­tiens qui se­ront for­més par des com­pa­gnies et ex­perts d’ici. Tout est tel­le­ment lo­gique et fai­sable. On se de­mande pour­quoi les gou­ver­ne­ments n’y ar­rivent ja­mais », ajoute Luck Mer­vil.

POUR UN MONDE JUSTE

Il rap­pelle qu’il est né en Haïti, dans le lit de sa mère parce que ses pa­rents ne pou­vaient pas payer l’hô­pi­tal. Il est ar­ri­vé au Québec à l’âge de quatre ans.

Son père, un chauf­feur de taxi à l’âme d’ar­tiste, l’ame­nait le di­manche chan­ter pour les ma­lades dans les hô­pi­taux. Il est mort il y a huit ans. Luck en parle avec beau­coup d’émo­tion.

« Cer­tains sont scep­tiques, d’autres me croient un peu fou. Mais moi, j’ai dé­ci­dé d’agir, moi je dis, oui, je change le monde et je le fais avec la com­pli­ci­té des autres hu­mains. On est en train de perdre la pla­nète. Je vois des Vi­laj Vi­laj par­tout. Dé­jà, le Pa­kis­tan s’in­té­resse à notre pro­jet, des pays afri­cains éga­le­ment. Bill Clin­ton, l’ex-pré­sident amé­ri­cain res­pon­sable du tra­vail in­ter­na­tio­nal en Haïti, m’a écrit pour m’en­cou­ra­ger à conti­nuer et li­vrer mon pro­jet.

« Quand on vient au monde dans la mi­sère, on com­prend vite que le monde est in­juste. Oui, j’ai un grand rêve et je sais qu’il est ac­ces­sible si les gens em­barquent avec moi. Je leur pro­mets la plus grande trans­pa­rence, je leur pro­mets un vil­lage pour les Haï­tiens, construit dans un en­droit sé­cu­ri­taire dans les 15 pro­chains mois. »

CHAN­GER LE MONDE… POUR VRAI

À chaque fois, qu’il dé­barque en Haïti, Luck Mer­vil donne une confé­rence de presse pour in­for­mer les Haï­tiens de son pro­jet.

Un jour, un jeune jour­na­liste haï­tien, après l’avoir écou­té at­ten­ti­ve­ment lui a dit: « M. Mer­vil, tel­le­ment de gens sont ve­nus nous faire rê­ver et ne nous ont rien don­né… Vous avez l’air sin­cère, ai­dez-moi à croire que c’est vrai… »

Et Luck Mer­vil d’ajou­ter « Je l’ai re­gar­dé droit dans les yeux et je lui ai dit:... la dif­fé­rence c’est que moi, je vais le faire et tu vas le faire avec moi. » Il croit en son pays, Haïti. « Quand on montre, sur une pre­mière page de jour­nal, la face d’une femme battue brû­lée à l’acide, je dis oui, c’est hor­rible, mais c’est une ex­cep­tion. Ce n’est pas le vi­sage de mon pays, Haïti. Ça me choque, car il y a tant de belles choses aus­si qui se passent. Vi­laj Vi­laj va en four­nir la preuve », conclut Luck Mer­vil. Vi­la­j­vi­laj.com. De­ve­nez Vi­la­j­wa moyen­nant des frais d’adhé­sion de 12 $, et un don de 1 à 12 $ payable men­suel­le­ment ou en un ver­se­ment. Ceux qui n’ont pas ac­cès à In­ter­net peuvent en­voyer leur don à l’adresse sui­vante : 469, rue Jean-Ta­lon Ouest, bu­reau 418 Mon­tréal, H3N 1R4

VI­LAJ

VI­LAJ

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.