Criante de vé­rite

Une vie qui com­mence

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Le ci­néaste de 46 ans en avait à peine trois quand son père s’est écrou­lé de­vant ses yeux. Une scène qu’il a re­pro­duite dans son film. Pour­quoi avoir choi­si d’ex­po­ser ce drame au ci­né­ma, dans une pre­mière oeuvre? Parce qu’il le fal­lait, ré­pond tout sim­ple­ment Mi­chel Mon­ty.

«À un mo­ment don­né en créa­tion − et je pense que c’est vrai pour beau­coup de ro­man­ciers, de ci­néastes, de poètes ou de chan­son­niers − les choses ap­pa­raissent comme une né­ces­si­té. Tu n’as pas le choix de le faire. Je sen­tais que cette his­toire pou­vait faire un film qui al­lait tou­cher les gens.»

Une vie qui com­mence, qui prend l’af­fiche le 21 jan­vier, nous pré­sente d’abord une fa­mille heu­reuse. Jacques Langevin, le pa­pa om­ni­pra­ti­cien (François Pa­pi­neau), Louise, la ma­man au foyer (Ju­lie Le­Bre­ton) et les trois en­fants s’ap­prêtent à par­tir en va­cances à la plage, dans les folles an­nées 1960.

Mais Jacques souffre d’une dé­pen­dance aux mé­di­ca­ments et est fou­droyé par un ar­rêt car­diaque à la suite d’une sur­dose.

Pen­dant que la mère ef­face du mieux qu’elle peut le sou­ve­nir de Jacques, son fils aî­né, Étienne, fait tout son pos­sible pour le gar­der bien vi­vant, al­lant jus­qu’à por­ter quo­ti­dien­ne­ment le ves­ton que lui a ache­té son père avant de mou­rir et pi­geant dans la boite de pilules sur la­quelle il a pu mettre dis­crè­te­ment la main.

LE VRAI ET LE FAUX

Dans le cas de Ju­lie Le­Bre­ton, je vou­lais l’épouse idéale des an­nées 1960. Tu l’ha­billes dans ces an­nées-là et tu n’as au­cun ef­fort à faire pour croire qu’elle vit dans les an­nées 1960. »

Même s’il a pui­sé à fond dans la boîte à sou­ve­nirs et les té­moi­gnages de gens qui ont connu son père, Mi­chel Mon­ty a pris soin de ne pas trans­for­mer son film en au­to­bio­gra­phie. Du coup, l’oeuvre com­porte sa part de fic­tion.

«C’est vrai que j’ai vu mon père mou­rir. Il y a aus­si le mi­lieu qui est dé­peint, ce­lui des grands-pa­rents, un peu ri­gide, le fait que nous étions trois en­fants, que ma mère a dû se re­cons­truire une vie et as­su­mer le rôle de pour­voyeur. Elle s’est mise à tra­vailler à une époque où peu de femmes tra­vaillaient.»

Vrais aus­si la peine et le manque qui ont ha­bi­té les trois ga­mins Mon­ty. Tout le reste, no­tam­ment les ac­tions que pose Étienne ain­si que les traits de ca­rac­tère des per­son­nages prin­ci­paux sont de la fic­tion, af­firme le ci­néaste. C’est ce qui ex­plique pour­quoi il n’a pas eu à ob­te­nir l’ap­pro­ba­tion des siens pour al­ler de l’avant.

«Je leur en ai par­lé, mais comme mes grands-pa­rents sont morts de­puis long­temps, que le per­son­nage de Ju­lie n’est pas ma mère et que le pe­tit gars n’est pas mon frère, je n’ai pas eu à leur faire lire le scé­na­rio ou le faire ap­prou­ver. Si ça avait été col­lé de AàZ sur la réa­li­té, peut-être. Mais il n’était pas ques­tion de ça. Je pense qu’ils étaient tous contents que j’écrive cette his­toire parce que c’est une ma­nière de faire le deuil.»

DES VI­SAGES QUI DÉ­GAGENT

Au cha­pitre de la dis­tri­bu­tion, Mi­chel Mon­ty s’est sur­tout at­tar­dé à trou­ver des ac­teurs dont la bouille évo­quait fa­ci­le­ment les an­nées 1960.

« Au ci­né­ma, ex­plique-t-il, on cast des per­son­nages. Au théâtre, on cast des ac­teurs. La dif­fé­rence, c’est qu’au ci­né­ma, on va prendre des ac­teurs en fonc­tion de ce qu’ils dé­gagent à cause de la forme de leur vi­sage, de leur mor­pho­lo­gie. Dans le cas de Ju­lie Le­Bre­ton, je vou­lais l’épouse idéale des an­nées 1960. Tu l’ha­billes dans ces an­nées-là et tu n’as au­cun ef­fort à faire pour croire qu’elle vit dans les an­nées 1960. Tan­dis qu’une autre ac­trice, qui pour­rait être tout aus­si bonne, à l’état na­tu­rel, n’au­rait pas ex­pri­mé la même chose. Elle a de grands yeux ronds et elle dé­gage une cer­taine naï­ve­té au dé­but du film.»

Même chose pour Ray­mond Cloutier, qui campe le grand-père sé­vère et peu com­pa­tis­sant. «Tu lui mets un cos­tume, un cha­peau d’époque, tu lui dis de ne pas sou­rire et d’être un peu bête et c’est fait. Ri­ta La­fon­taine (la grand-mère), je vou­lais qu’on l’aime. Et Ri­ta, on l’aime sans ef­fort. Elle dé­gage une sym­pa­thie na­tu­relle. À ce mo­ment, 80% du tra­vail est fait. »

Ju­lie Le Breton

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