MER­VIL L’AR­TISTE B­TIS­SEUR

Vi­laj Vi­laj MON­TRÉAL | Ça fait un an qu’il tra­vaille au pro­jet de Vi­laj Vi­laj; comme il le dit, « pré­pa­rer la construc­tion d’un vil­lage en Haïti, ce n’est pas sexy, du point de vue mé­dia­tique ». Il a mis en veilleuse sa car­rière d’ar­tiste pour bâ­tir ses v

Le Journal de Quebec - Weekend - - NOUVELLES - Mi­chelle Coudé-Lord

« Il y a quelques an­nées, je me suis payé une mai­son à Mon­tréal. C’est une mai­son in­ter­gé­né­ra­tion­nelle. Ma mère et mes filles de 23 et 19 ans vivent avec moi, tout comme ma blonde, Ta­nia Kon­toyan­ni, et notre pe­tit Lou­ka et, par­fois, ses beaux-pa­rents. J’ai chan­gé ma Au­di pour une vieille Vol­vo ; je vis mo­des­te­ment et, chaque jour, avec les miens, en san­té, je me sens mil­liar­daire. »

Il aborde alors le su­jet dé­li­cat d’un cer­tain ra­cisme qui était pré­sent en Haïti, avant le séisme, et qui, grâce à l’en­va­his­se­ment des étran­gers, tend à dis­pa­raître.

«Les Blancs qui étaient dans les hautes ins­tances du pays voient l’étran­ger blanc s’ac­cro­cher après les pe­tites mo­tos, pour al­ler por­ter de l’eau ou de la nour­ri­ture aux en­fants haï­tiens. Le Noir qui voit ce­la se sent, tout à coup, égal à lui. Le jeune étu­diant an­glais qui aide sur le ter­rain et tend sa main, quo­ti­dien­ne­ment, aux jeunes Noirs fait dis­pa­raître, aus­si, les dif­fé­rences. Tout comme la dame riche qui était des hautes ins­tances et qui, un jour, a eu be­soin de sa bonne pour se sor­tir du pé­trin; tout à coup, elles ne font qu’un. Le séisme a aus­si for­cé la na­ture de ce cô­té-là, et c’est bien. Il y a aus­si de belles choses qui se passent dans ce pays», rap­pelle, haut et fort, Luck Mer­vil.

Comme l’a ré­vé­lé l’au­teur Da­ny La­fer­rière, au Nou­vel Ob­ser­va­teur, der­niè­re­ment… « Haïti n’a pas be­soin de larmes. Les Haï­tiens sont des trompe-la­mort, comme dans les bandes des­si­nées; un train leur passe des­sus, ils se re­lèvent. Peut-être que la grande ri­chesse haï­tienne est là, dans sa culture », dit l’au­teur.

HOM­MAGE À DA­NY LAFERRIERE

Luck Mer­vil par­tage son point de

vue. Il a d’ailleurs une grande ad­mi­ra­tion pour Da­ny La­fer­rière.

« Des gens l’ont ju­gé sé­vè­re­ment parce qu’il a quit­té ra­pi­de­ment, après le séisme, après avoir ra­mas­sé trois corps. Voyons, je leur rap­pelle qu’il n’est pas James Bond, mais un au­teur de grand ta­lent. Sa force, c’est sa plume et com­bien de vies a-t-il sau­vé grâce à elle? Sa plume, sa voix nous sont si pré­cieuses, à nous Haï­tiens, je dis « nous Haï­tiens », car j’ai main­te­nant les deux na­tio­na­li­tés, et oui, c’est pos­sible, ça aus­si. Da­ny La­fer­rière a res­sor­ti com­bien de morts dans les fos­sés par la force de sa pa­role? C’est ce qu’il faut re­te­nir, je crois », ex­prime, sur un ton convain­cant, Luck Mer­vil.

WY­CLEF JEAN

Du gou­ver­ne­ment haï­tien et des élec­tions à ve­nir, il plaide: « Les gens di- sent que le gou­ver­ne­ment haï­tien ne ré­agit pas; faut-il qu’il y en ait un. Les gens en éli­ront un autre, c’est cer­tain. Il faut leur en don­ner le temps et, sur­tout, res­pec­ter leurs règles et les gens qui sont en­core en place. C’est ce que j’ai fait pour Vi­laj Vi­laj, et ils l’ont fort ap­pré­cié.»

Croit-il que la ve­dette Wy­clef Jean au­rait fait un bon pré­sident?

« Il ne faut ja­mais ou­blier que les Amé­ri­cains ont en­va­hi et oc­cu­pé Haïti de 1930 à 1939; donc, le peuple ne l’a pas ou­blié et craint en­core les en­va­his­seurs. Son in­té­rêt pour Haïti et les élec­tions fut très utile, car ça a per­mis de par­ler en­core et en­core d’Haïti. Mais même si son geste ve­nait du coeur, il n’est pas un po­li­ti­cien, et Haïti a be­soin d’un vrai lea­der qui connaît la géo­po­li­tique. Le pays est tel­le­ment dans la merde; il faut quel­qu’un qui est for­mé et qui sait de quoi il parle», es­time Luck Mer­vil.

Lors­qu’on lui de­mande quelles images il a de son Haïti, lors­qu’il ferme les yeux, Luck Mer­vil ré­pond du tac au tac: «C’est un pa­ra­dis, cette terre. Lors­qu’une jeune fille de 14 ans se de­mande pour­quoi on re­cons­truit là où le séisme a frap­pé, je la trouve plus in­tel­li­gente que bien des dé­ci­deurs; elle sait que des failles sous terre sont en­core pré­sentes; Haïti, c’est aus­si ce jeune homme ins­tal­lé sur une roche, ex­pert en in­for­ma­tique, qui ré­pare des or­di­na­teurs avec suc­cès; il a sau­vé le mien, dit-il en riant. C’est aus­si cette femme docteure qui a tout per­du et qui a vu mou­rir son gar­çon sous ses yeux, ha­bi­tée par le bruit des dé­bris qui tombent sur la poi­trine de son fils; elle conti­nue sa vie à soi­gner et sau­ver d’autres vies. C’est aus­si ce pro­fes­seur qui n’en­seigne pas les ma­thé­ma­tiques parce qu’il est payé trois fois plus cher en tra- vaillant pour une ONG amé­ri­caine. Ce sont ces arpenteurs et tra­vailleurs du vil­lage de Paillant qui nous at­tendent pour bâ­tir le vil­lage. Haïti, c’est tout ce­la », conclut, op­ti­miste et sou­riant, le PDG de Vi­laj Vi­laj, qui pro­met la trans­pa­rence to­tale du pro­jet dans le­quel vous in­ves­ti­rez. « La pla­nète est un grand vil­lage, après Haïti, nous irons créer d’autres vil­lages. Nous ne rê­vons plus de chan­ger le monde, nous le chan­geons », conclut Luck Mer­vil.

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