L’AC­TRICE D’UNE AUTRE ÉPOQUE

Après Maurice Ri­chard, Ju­lie Le­Bre­ton re­noue avec le pas­sé dans Une vie qui com­mence et force est d’ad­mettre qu’elle est taillée sur me­sure pour jouer des rôles de femme d’une autre époque.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger

« Les jupes me font bien », blague l’ac­trice, qui in­carne Louise, per­son­nage de la propre mère du réa­li­sa­teur Mi­chel Mon­ty.

« Il y a cer­tains corps qui cadrent avec des époques. Je re­garde Isabelle Blais. Elle a quelque chose de la Re­nais­sance. Vu que le per­son­nage peut sem­bler dur, je pense que Mi­chel avait be­soin de quel­qu’un qui semble sym­pa­thique de prime abord. »

De fait, Mi­chel Mon­ty a tout de suite su qu’il te­nait la bonne ac­trice quand Ju­lie Le­Bre­ton a en­fi­lé des vê­te­ments des an­nées 1960. La prin­ci­pale in­té­res­sée, elle, a été frap­pée par sa res­sem­blance avec la vé­ri­table Mme Mon­ty.

« Il m’a ame­né des photos de sa mère à cette époque. Étran­ge­ment, je com­prends qu’il m’ait choi­sie. Il y a vrai­ment quelque chose qui, phy­sio­lo­gi­que­ment, rap­pelle cette femme-là. C’est as­sez par­ti­cu­lier », dit l’ac­trice, qui n’était pas in­ti­mi­dée à l’idée de jouer un per­son­nage ins­pi­ré d’une per­sonne réelle.

« C’est plus quand je la vois − elle était à la pre­mière, mar­di soir − que j’ai un pe­tit pin­ce­ment. J’es­père que je lui ai ren­du jus­tice et hon­neur. C’était très clair pour Mi­chel dès le dé­but que c’était une his­toire per­son- nel­le­nelle mais que, en même temps, c’était de la fic­tion. Je ne joue pas sa mère, mais plu­tôt Louise, un per­son­nage de fic­tion. Ça m’a en­le­vé la pres­sion d’être à la hau­teur de l’idée qu’il avait de sa mère. »

FEMME TRA­HIE

Dans Une vie qui com­mence, Louise Langevin doit sur­mon­ter la peine à la suite du dé­cès, pos­si­ble­ment vo­lon­taire, de son ma­ri. Pour y ar­ri­ver, elle fout le pas­sé au pla­card tan­dis que son film fait tout pour ho­no­rer la mé­moire de son père.

« Je pense que c’est de la pro­tec­tion. Non seule­ment elle vit le deuil de son ma­ri, mais elle est en beau fu­sil parce qu’elle se sent pro­fon­dé­ment tra­hie. Il n’a pas par­ta­gé sa dé­tresse avec elle. C’est comme si elle avait cru dans un couple dans le­quel tu penses qu’il y a une réelle com­mu­ni­ca­tion et tu te rends compte que cet homme vi­vait quelque chose de dou­lou­reux, qu’il s’est peut-être en­le­vé la vie et que ja­mais il ne l’a lais­sé trans­pa­raître.

« Pour sur­vivre à cette im­mense peine, pour­suit-elle, mon per­son­nage a pré­fé­ré al­ler de l’avant. Il y a au­tant de fa­çons de vivre un deuil qu’il y a d’hu­mains sur la Terre. À la fin, il y a comme une ré­demp­tion. La mère s’ouvre à la dou­leur de son fils et ce­lui-ci ac­cepte de lâ­cher prise. »

TROIS FILMS EN 2011

Ju­lie Le­Bre­ton, qu’on avait pas vue au grand écran de­puis Ca­davres, il y a deux ans, se­ra de la dis­tri­bu­tion de deux autres longs-mé­trages en 2011: Star­buck, de Ken Scott, et Le bon­heur des autres, de Jean-Phi­lippe Pear­son.

« Je trouve que c’est in­tense », lance-t-elle, as­su­rant prendre les me­sures pour ne pas être sur­ex­po­sée.

« Pre­miè­re­ment, je ne suis pas sur l’af­fiche d’Une vie qui com­mence et je fais at­ten­tion de ne pas trop m’au­to­pro­mou­voir. De toute fa­çon, dans Star­buck, c’est un rôle de sou­tien. C’est vrai­ment Pa­trick (Huard) le film. Et dans le film de Jean-Phi­lippe Pear­son, il y a plein d’his­toires qui s’en­tre­croisent. »

LE CI­NÉ­MA, C’EST SA­CRÉ

N’em­pêche, la belle ac­trice, que l’on voit ré­gu­liè­re­ment à la té­lé­vi­sion, confesse avoir un pe­tit pen­chant pour le ci­né­ma.

« C’est sûr que j’ai un coup de coeur pour le ci­né­ma parce que je passe pas mal plus de temps à re­gar­der des films que la té­lé. Il y a quelque chose de sa­cré quand on fait des films. C’est tel­le­ment rare, pré­cieux et com­pli­qué, au Québec, de faire des films que c’est comme un acte de foi quand tu en fais un. Il y a quelque chose d’émou­vant dans l’acte de faire un film. Cette fa­mille qui se crée et qui est tel­le­ment éphé­mère. Trente jours après, tu lui re­croises et tu n’as plus rien en com­mun. La té­lé, c’est plus de longue ha­leine », dit-elle, tout en se ré­jouis­sant du re­tour de la sé­rie Mau­vais kar­ma pour une deuxième sai­son dans la­quelle elle in­carne la co­lo­rée Kim Wright.

« Des pro­jets comme Mau­vais kar­ma, n’im­porte quand. C’est sûr qu’en té­lé, il y a des pro­jets qui sont plus ali­men­taires, mais ce n’est pas le cas de Mau­vais kar­ma. »

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