Pour en fi­nir avec le Bye-bye

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier gfour­nier@jour­nalmtl.com

De­puis plu­sieurs an­nées, je n’ai mal­heu­reu­se­ment (ou heu­reu­se­ment!) pas l’oc­ca­sion de voir le Bye-bye, car je suis tou­jours à l’ex­té­rieur du pays au jour de l’An. Quand je re­viens, je peux néan­moins en ap­pré­cier les « suites ». Une an­née, on crie au scan­dale; l’autre, au gé­nie et, quelques fois, on reste sur son ap­pé­tit ou on ap­pelle sa dis­pa­ri­tion. Gé­né­ra­le­ment, les cotes d’écoute se main­tiennent et j’ima­gine que c’est pour cette rai­son qu’au plus haut ni­veau de la tour, on ne se pose guère de ques­tions sur la per­ti­nence du Bye­bye. La cote d’écoute lé­gi­time tout : le meilleur comme le pire.

En 2008, Vé­ro­nique Cloutier et Louis Morissette avaient tou­ché le fond du ba­ril au point où ils avaient dû, comme la SRC, battre leur coulpe pu­bli­que­ment. Cette an­née, pas de tsu­na­mi. N’em­pêche que pour dire adieu à 2010 et sa­luer 2011, le couple et ses col­la­bo­ra­teurs ont cas­sé au­tant de sucre qu’ils pou­vaient sur nos hommes et nos femmes po­li­tiques et conti­nué de faire des gorges chaudes sur les tra­vers de nos ve­dettes. Pour la bonne me­sure et pour se dé­doua­ner aus­si, Vé­ro­nique et Morissette n’ont pas man­qué de gen­ti­ment rire d’eux-mêmes.

LES TEMPS ONT CHAN­GÉ

Est-ce tou­jours jus­ti­fiable d’in­ves­tir plu­sieurs cen­taines de mil­liers de dol­lars dans ce dé­bor­de­ment d’hu­mour par­fois drôle, sou­vent cy­nique, presque tou­jours mé­chant?

De­puis le pre­mier Bye-bye de 1968, tout a chan­gé. Les hu­mo­ristes se comp­taient alors sur les doigts d’une main et leur hu­mour n’avait ni le cy­nisme ni la mé­chan­ce­té des hu­mo­ristes d’au­jourd’hui, qui n’ont plus de ba­lises. Pen­sez seule­ment aux énor­mi­tés du « gros cave », aux pro­pos obs­cènes de Mike Ward ou au cy­nisme per­ni­cieux de François Avard. Plus rien n’est in­tou­chable, plus rien n’est sa­cré, plus rien qu’on ne puisse mé­pri­ser.

Entre ces hu­mo­ristes « ex­trêmes » et ceux gen­tils comme Jean-Marc Pa­rent et Ra­chid Ba­dou­ri, il y en a des dou­zaines d’autres qui gagnent leur vie à lon­gueur d’an­née en se mo­quant de Ju­lie Sny­der, de Cé­line Dion ou de Re­né An­gé­lil, en dé­criant nos hommes et nos femmes po­li­tiques, en iro­ni­sant sur les re­la­tions de couple, les en­fants, les vieux, la vie de tous les jours, etc.

En juillet, soir après soir, les ga­las Juste pour rire re­prennent au Saint-De­nis des ex­traits de leurs spec­tacles et, au cas où on au­rait ra­té quelque chose, les ga­las du Saint-De­nis se re­trouvent au pe­tit écran de TVA et les soi­rées du Grand Rire de Québec à ce­lui de la SRC, sans comp­ter In­fo­man qui joue chaque se­maine à peu près le même rôle. Qu’ajoute donc le Bye­bye de fin d’an­née à cette or­gie d’hu­mour,

de mé­chan­ce­tés et de sar­casmes?

AILLEURS, C’EST DIF­FÉ­RENT

Quant à moi, peu de choses, si ce n’est de ba­layer les der­nières illu­sions qu’on pour­rait en­core en­tre­te­nir sur nos di­vers gou­ver­ne­ments et confor­ter le pour­cen­tage in­nom­brable de Qué­bé­cois qui croient que tout est pour­ri et qu’il n’y a plus qu’à je­ter l’éponge! On fi­nit l’an­née avec une der­nière ta­loche sur tout bon sen­ti­ment, un der­nier coup de pied à tout es­poir.

En France, en An­gle­terre ou en Allemagne par exemple, le der­nier dé­compte de l’an­née se fait dans l’émo­tion. Pour pas­ser d’une an­née à l’autre, les té­lés pu­bliques montrent des feux d’ar­ti­fice gran­dioses, des foules joyeuses qui se massent sur les grandes places, puis elles dif­fusent un concert. Dans ces pays « nor­maux », on fi­nit une an­née et en com­mence une autre dans la joie et la beau­té. N’est-il pas temps qu’on fasse la même chose et qu’on cesse de grat­ter nos bo­bos comme si l’ave­nir était ir­ré­mé­dia­ble­ment bou­ché?

Vé­ro­nique Cloutier et Louis Morissette avaient dû battre leur coulpe pu­bli­que­ment après le

Bye-bye 2008.

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