SÉ­JOUR EN TERRES MY­THIQUES

(PÉ­KIN, Chine) | Au dé­part de la Chine, le Grand Trans­si­bé­rien ex­press pro­pose un voyage en train sur la plus longue voie fer­rée du monde, ame­nant ses pas­sa­gers au coeur des pay­sages gran­dioses de Si­bé­rie et de Mon­go­lie.

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Lise Gi­guère

C’est à Pé­kin que le voyage dé­bute et que les pas­sa­gers font connais­sance, lors d’ex­cur­sions vers la Ci­té in­ter­dite, la place Tian’an­men, la Grande Mu­raille de Chine, ou au­tour de la table, en dé­gus­tant le tra­di­tion­nel ca­nard la­qué. Tous sont an­xieux et se de­mandent ce que les pro­chains jours leur ré­servent.

Au terme du deuxième jour à Pé­kin, le train chi­nois les ac­cueille pour la nuit afin de re­joindre le Grand Trans­si­bé­rien ex­press à la fron­tière chi­noise. Ce trans­fert est né­ces­saire parce que les rails russes et chi­nois n’ont pas la même lar­geur.

L’équipe du Grand Trans­si­bé­rien exp- ress se pré­sente. Olivier, le guide as­si­gné aux fran­co­phones, nous ac­cueille par un : « Bon­jour, vous sa­vez que le Trans­si­bé­rien n’est pas un train? »

PE­TITE LE­ÇON D’HIS­TOIRE

Ima­gi­né par l’em­pe­reur Alexandre III pour dé­ve­lop­per la Si­bé­rie, le Trans­si­bé­rien re­lie Mos­cou à Vla­di­vos­tok sur 9 288 ki­lo­mètres, tra­verse huit fu­seaux ho­raires, compte plus de 990 gares et est sou­vent le seul lien pour les quelque 30 000 vil­lages pri­vés de routes. Les trains ré­gu­liers qui l’em­pruntent mettent une se­maine pour faire le tra­jet dans des condi­tions par­fois dif­fi­ciles, mais le Grand Trans­si­bé­rien ex­press, un luxueux train pri­vé, pro­pose une « croi­sière fer­ro­viaire » en­ri­chie de nom­breu- ses es­cales. En voi­ture! Une fois à bord, cha­cun s’ins­talle, puis part à la dé­cou­verte des autres wa­gons (res­tau­rants, bars, douches, salle de confé­rences) de leur « hô­tel sur roues ». Quand le train se met en route, la pro

vod­nit­sa (em­ployée res­pon­sable du wa­gon) ap­pa­raît, te­nant un thé brû­lant fraî­che­ment ti­ré du sa­mo­var qui trône au bout de cha­cun des wa­gons. Le pé­riple vient de com­men­cer!

Les jours sui­vants, le nez col­lé à la fe­nêtre, on re­gar­de­ra dé­fi­ler les pay­sages de l’Ou­ral, de la Bou­ria­tie, des grandes plaines de Si­bé­rie, des col­lines de Krasnoïarsk, du lac Baï­kal, du mys­té­rieux dé­sert de Go­bi et des steppes de Mon­go­lie. Mais pour le mo­ment, il faut trans­for­mer la ca­bine en chambre pour la nuit, ce que fe­ront les pro­vod­nit­sa, pen­dant qu’au wa­gon-res­tau­rant, le pre­mier re­pas réunit les convives qui dé­couvrent les mets russes et... la vod­ka!

La pre­mière nuit exige une cer­taine adap­ta­tion. Fi­na­le­ment, on s’en­dort au rythme du rou­lis. Le train rou­lant sur­tout la nuit, l’en­trée dans les gares se fait au ma­tin, ce qui per­met de consa­crer la jour­née aux ex­cur­sions.

VASTE TER­RI­TOIRE

On s’ini­tie à la Mon­go­lie et à ses grands quar­tiers de Gers (yourtes) qui en­cerclent sa ca­pi­tale, Ou­lan-Ba­tor, en s’of­frant une pro­me­nade en chameau au cou­cher du so­leil dans le dé­sert de Go­bi ou en fai­sant une trempette dans le lac Baï­kal, le plus grand ré­ser­voir d’eau douce de la pla­nète.

D’ar­rêt en ar­rêt, nous dé­cou­vrons la Si­bé­rie, ter­ri­toire de steppes, de mon­tagnes, de lacs, de ri­vières et de fo­rêt bo­réale, qui rap­pelle, par cer­tains as­pects, la ré­gion du Nord-du-Québec. Et quelle sur­prise de dé­cou­vrir l’élé­gance des villes de Si­bé­rie, au­tre­fois in­ter­dites aux vi­si­teurs parce qu’elles pos­sé­daient des usines de fa­bri­ca­tion d’armes et d’ap­pa­reils de pré­ci­sion.

À Ir­koutz, l’une des plus vieilles villes de la ré­gion (fon­dée en 1661 par les Co­saques), on s’ex­ta­sie de­vant ses mai­sons en bois à l’ar­chi­tec­ture de den­telle, qui ont d’ailleurs été nom­mées au Pa­tri­moine de l’Unes­co. À Krasnoïarsk, on s’étonne de­vant les faux arbres dont les fleurs ar­ti­fi­cielles ap­portent un peu de gaie­té aux ha­bi­tants, même si la tem­pé­ra­ture at­teint -45 de­grés Cel­sius. À No­vos­si­birsk, ca­pi­tale et plus grand centre in­dus­triel de la Si­bé­rie oc­ci­den­tale, nous sommes es­to­ma­qués par l’in­croyable « Ci­té des sa­vants » et par sa gare, en forme de lo­co­mo­tive, qui peut ac­cueillir 70 000 per­sonnes.

À Éka­té­rin­bourg, ca­pi­tale in­dus­trielle de la Russie, on tombe sous le charme du mé­tro en rho­do­nite, une pierre rose qui marque aus­si le coeur de la ville.

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On ad­mire aus­si les sta­tues de bronze et la ma­gni­fique ca­thé­drale Sur-le-SangVer­sé, si­tuée sur le lieu même où les bol­che­viques ont as­sas­si­né la fa­mille du tsar Ni­co­las II — ce qui en a fait un haut lieu de pè­le­ri­nage. C’est ce­pen­dant avec son obé­lisque, qui la dé­signe comme étant la fron­tière na­tu­relle entre l’Eu­rope et l’Asie, qu’elle at­tire les tou­ristes.

Dans le krem­lin de Ka­zan, la ré­pu­blique du Ta­tars­tan, où a étu­dié Tol­stoï, on dé­couvre les restes d’une fon­de­rie de ca­nons qui a ser­vi sous Ivan le Ter­rible et lors de la guerre contre Na­po­léon, avant de s’em­bar­quer pour une croi­sière sur la Vol­ga, le plus long fleuve d’Eu­rope. Et le fait qu’on ne maî­trise pas la langue russe ne nous em­pêche au­cu­ne­ment de pous­ser la note avec les ba­bou­ch­kas!

L’en­trée en gare à Mos­cou et la vi­site de la place Rouge, du Krem­lin, sans ou­blier le Mos­cou by night, ter­minent ce sé­jour sur ces terres my­thiques. De re­tour chez soi, les mo­ments d’in­quié­tude, les dif­fi­cul­tés d’adap­ta­tion à la vie à bord du train ou les tra­cas­se­ries doua­nières se trans­forment en anec­dotes qu’on prend plai­sir à ra­con­ter et, par­fois, à exa­gé­rer.

Dans nos mé­moires ré­sonne l’écho loin­tain des vio­lons russes et des chants de gorge, tan­dis qu’on sou­rit aux sou­ve­nirs des ru­bans co­lo­rés du « Mur des ma­riés » ou des ca­de­nas ac­cro­chés aux ponts pour scel­ler l’union des nou­veaux époux. On se sur­prend même à cui­si­ner une soupe Borsch ou un boeuf Stro­ga­noff!

Mais sur­tout, de­vant nos yeux, res­sur­gissent les vi­sages fiers et cha­leu­reux des Pé­ki­nois, des Mon­gols, des Bou­riates et des Russes. On a alors plus qu’une idée : re­tour­ner et s’en­fon­cer en­core plus dans ce vaste ter­ri­toire qui a long­temps ser­vi de terre d’exil.

PHOTOS LISE GI­GUÈRE

1. La place Rouge à Mos­cou, Russie. 2. Pas tou­jours fa­cile de trou­ver son train, car ils sont nom­breux dans les gares russes où s’ar­rête le Grand Trans­si­bé­rien ex­press. 3. Une jeune femme en cos­tume tra­di­tion­nel offre du pain et du sel, une tra­di­tion d’Ir­koutz, Russie, pour sou­hai­ter la bien­ve­nue aux in­vi­tés. 4. Ca­thé­drale Saint-Ba­sile-leBien­heu­reux à Mos­cou, Russie.

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