ELOQUENT DANS DES GENS TRES BIEN

Alexandre Jar­din, vé­ri­table star du monde lit­té­raire de­puis la pu­bli­ca­tion du Zèbre et de Fan­fan, tire un trait sur son image d’écri­vain rose et en­joué avec Des gens très bien. Ter­mi­nés la ri­go­lade, les sou­ve­nirs em­bel­lis et les fables : l’heure de la vér

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

Avec Des gens très bien, ré­cit-choc qui crée en ce mo­ment une vé­ri­table po­lé­mique en Eu­rope, Alexandre Jar­din pro­pose le car­net de bord de ses re­cherches sur la col­la­bo­ra­tion de son grand-père, Jean Jar­din, avec l’oc­cu­pant na­zi. Il s’in­ter­roge par­ti­cu­liè­re­ment sur l’im­pli­ca­tion de ce der­nier pen­dant la rafle du Vé­lo­drome d’hi­ver, à Paris, la plus grande ar­res­ta­tion mas­sive de Juifs de toute la Se­conde Guerre mon­diale en France.

Lors de ce drame de juillet 1942, plus de 13 000 Juifs furent ar­rê­tés et dé­por­tés dans les camps d’ex­ter­mi­na­tion al­le­mands, dont 4 000 en­fants. Quelques adultes seule­ment en sont re­ve­nus vi­vants. Le grand-père de l’écri­vain, Jean Jar­din, était di­rec­teur de ca­bi­net de Pierre La­val, alors chef de gou­ver­ne­ment et maître d’oeuvre de la col­la­bo­ra­tion entre la France et l’Allemagne na­zie.

Han­té par ce pas­sé fa­mi­lial an­ti­sé­mite, Alexandre Jar­din n’en pou­vait plus de souf­frir et a choi­si de se li­bé­rer de ce pas­sé. Il écrit avoir « re­te­nu sa plume » en ré­di­geant Le ro­man des Jar­din, mais di­vorce main­te­nant de son arbre gé­néa­lo­gique en pu­bliant Des gens très bien. Il se de­mande ce que sa­vait exac­te­ment Jean Jar­din, sur­nom­mé « Le Nain jaune » et dé­nonce la com­plai­sance de feu son père, Pas­cal Jar­din. Au pas­sage, il égra­tigne sa grand-mère, qui a ac­cueilli comme si rien n’était la ma­man de Na­tha­lie W., la co­pine d’Alexandre lors­qu’il avait 16 ans. Ma­dame W. était juive et por­tait un nu­mé­ro ta­toué sur le bras. Un nu­mé­ro d’Au­sch­wich. « Ma grand­mère n’eut pas, cet après-mi­di-là, le cou­rage de voir », écrit Alexandre.

CÉ­CI­TÉ FA­MI­LIALE

À son avis, Des gens très bien est avant tout un livre sur la cé­ci­té à l’in­té­rieur d’une fa­mille. Il a mis onze ans à l’écrire. « Ça re­met­tait en cause to­ta­le­ment ce que croyait et ce qu’a cru ma fa­mille pen­dant 70 ans. Ça re­pré­sen­tait une ré­vo­lu­tion. Je ne sais pas si vous ima­gi­nez l’énor­mi­té de ce que j’écris dans mon livre, pour une fa­mille », sou­lève-t-il en en­tre­vue té­lé­pho­nique.

Alexandre Jar­din consi­dère qu’il y a deux ma­nières d’être fi­dèle à sa fa­mille. « Être fi­dèle à ceux qui nous ont pré­cé­dés et fi­dèle à ses en­fants. Et ce n’est pas la même chose. J’ai vrai­ment fait le choix d’une fi­dé­li­té à moi et aux sui­vants. Évi­dem­ment, il m’a fal­lu onze ans avant d’écrire ce livre. Il m’a fal­lu onze ans de psy­cha­na­lyse. «Je sen­tais bien qu’en at­tei­gnant l’âge de la mort de mon père, il fal­lait que quelque chose me per­mette de vivre plus long­temps que lui. Voi­là! Alors, pour la pre­mière gé­né­ra­tion qui vient juste der­rière, ce que j’écris est to­ta­le­ment im­pos­sible à ad­mettre. »

RÉ­AC­TIONS VIO­LENTES

Les ré­ac­tions ne se sont pas fait at­tendre et sont, se­lon ses dires, « d’une vio­lence ter­rible ». Les jour­naux prennent po­si­tion et s’en­gueulent sur pa­pier. « J’ai été in­sul­té dans Le Fi­ga­ro, dans Le Monde. Te­le­ra­ma a dé­fen­du le livre, contre une grosse par­tie de la presse. » Des po­li­ti­ciens de droite lui té­lé­phonent. Son oncle Ga­briel et son cou­sin Stéphane lui ont dé­co­ché des flèches à l’an­tenne de Ra­dio Eu­rope 1.

Alexandre Jar­din re­met les pen­dules à l’heure. « On m’a énor­mé­ment at­ta­qué en me di­sant que je n’avais pas suf­fi­sam­ment de preuves. Mais mon livre n’est pas du tout un livre d’his­toire. C’est un livre sur mon his­toire à moi. »

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