TERRIFIANT DANS LE RITE

DESQUESTIONSPHILOSOPHIQUESIMPORTANTESSONTSOULEVÉES DANS LE DER­NIER FILM DU RÉA­LI­SA­TEUR MI­KAEL HÅF­STRÖM,

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Li­sa Wil­ton

Y a-t-il un pa­ra­dis? Un en­fer? Est-ce que Dieu et le Diable existent? Et est-ce que les pos­ses­sions dé­mo­niaques sont bien réelles ou sont-elles des ma­ni­fes­ta­tions phy­siques re­po­sant sur des pro­blèmes émo­tion­nels et psy­cho­lo­giques?

An­tho­ny Hop­kins n’est pas cer­tain d’être la per­sonne ap­pro­priée pour ré­pondre à ces ques­tions.

« Je ne sais pas si mes convic­tions ont quoi que soit à voir avec ce­la », a ad­mis l’ac­teur vé­té­ran.

« C’est le dé­bat : y a-t-il une pré­sence an­thro­po­morphe du diable ou est-ce un trouble d’ordre men­tal? C’est la ques­tion sur la­quelle se penchent le film et pro­ba­ble­ment le reste du monde », a in­di­qué Hop­kins. Hop­kins in­ter­prète le père Lu­cas, un jé­suite or­tho­doxe pos­té à Rome qui va ini­tier un jeune sé­mi­na­riste scep­tique au cô­té sombre de la foi.

L’ac­teur bri­tan­nique était en plein mi­lieu du tour­nage du film met­tant en scène les prouesses du su­per­hé­ros Thor (dans le­quel il joue le dieu Odin), quand il a re­çu le scé­na­rio du Rite. Il a avoué qu’il avait d’abord hé­si­té avant d’ac­cep­ter de dé­fendre ce rôle parce que le père Lu­cas de­vient de plus en plus terrifiant à me­sure que le film avance et qu’il ne vou­lait pas in­ter­pré­ter un énième « type qui donne la chair de poule ».

« Pen­dant long­temps, je me suis dit : Mon Dieu, vais-je pou­voir un jour me dé­faire d’Han­ni­bal Lec­ter », dit Hop­kins,

LE RITE. qui a ga­gné l’os­car de l’ac­teur mas­cu­lin de l’an­née, en 1992, pour son in­ter­pré­ta­tion du psy­cho­pathe so­phis­ti­qué dans

Le si­lence des agneaux, de Jo­na­than Demme.

Dans les scènes les plus ef­frayantes du film, le père Lu­cas montre à son jeune ap­pren­ti Mi­chael (cam­pé par le nou­veau ve­nu Co­lin O’Do­nog­hue) l’art des exor­cismes vi­sant à ex­tir­per une en­ti­té dia­bo­lique d’un corps. Tou­te­fois, Mi­chael de­meure convain­cu que l’ado­les­cente en­ceinte que le père Lu­cas traite est vrai­ment pos­sé­dée et qu’elle a be­soin de plus qu’un bon psy­chiatre. Mais alors que le film pro­gresse, les rôles se ren­versent et le père Lu­cas est ce­lui dont la foi est alors mise à rude épreuve.

DES QUES­TIONS

Bien que Le rite sou­lève des ques­tions, af­firme des croyances spi­ri­tuelles et re­pose sur la foi re­li­gieuse, le réa­li­sa­teur Håf­ström croit que le spec­ta­teur doit lui-même se faire une tête, en fin de compte.

« Quand vous voyez le père Lu­cas être pos­sé­dé, il a vrai­ment l’air pos­sé­dé, a ex­pli­qué Håf­ström. Mais, en même temps, vous ne sa­vez ja­mais. Il pour­rait s’agir de pro­jec­tions de Mi­chael ou d’un vieil homme qui perd la carte, et il a be­soin de ce mo­ment de ca­thar­sis pour avan­cer à tra­vers les der­nières an­nées de sa vie », a ajou­té le réa­li­sa­teur.

Pour sa part, Hop­kins pré­fère gar­der l’es­prit ou­vert re­la­ti­ve­ment aux ques-

tions spi­ri­tuelles. « La plu­part du temps, je ne crois pas en Dieu ou au père Noël, a-t-il dit le sou­rire aux lèvres. Per­sonne ne sait. Ce­la donne un sem­blant d’hu­ma­ni­té à quel­qu’un qui dit qu’il ne sait pas vrai­ment. Le jeune prêtre dans le film dit : “Je crois en la vé­ri­té”, mais quelle vé­ri­té? La vé­ri­té, c’est ce qui nous a mis sou­vent dans l’eau chaude au cours des der­niers mil­lé­naires, non? Hit­ler connais­sait la vé­ri­té, tout comme Sta­line et Mao Tse-Tung, tout comme les au­teurs de l’In­qui­si­tion. Ils sa­vaient tous la vé­ri­té et ils sont res­pon­sables de tel­le­ment d’hor­reurs. Quel­qu’un m’a de­man­dé: “Êtes-vous athée?” Je ne sais pas ce en quoi je crois, mais qui se­rais-je pour ré­fu­ter quel­qu’un comme Die­trich Bon­hoef­fer, qui a sa­cri­fié sa vie pour son église et qui a abou­ti au camp de concen­tra­tion de Flos­senbürg, en Ba­vière, où les na­zis l’ont exé­cu­té? Les plus grands mar­tyrs sont morts sur le bû­cher ou ont été éli­mi­nés pour leurs croyances. Qui suis-je pour ré­fu­ter quoi que ce soit?»

FILMS À GROS BUD­GETS

Presque 45 ans se sont écou­lés de­puis son in­ter­pré­ta­tion de Ri­chard dans The

Lion in Win­ter, pour le­quel il a re­çu une no­mi­na­tion aux prix BAFTA, le pen­dant bri­tan­nique des os­cars. De­puis, il a joué dans des dou­zaines de films et a re­çu plu­sieurs ré­com­penses en lien avec son in­ter­pré­ta­tion, in­cluant deux Em­mys.

Mais au cours des der­nières an­nées, Hop­kins a op­té pour des films do­tés de plus grands bud­gets, comme La lé­gende de

Beo­wulf, en 2007, et Le loup-ga­rou, l’an der­nier, dont cer­tains di­ront que son ta­lent n’a pas été la ma­tière pre­mière.

In­ter­ro­gé à pro­pos de ses opi­nions sur l’art mis en op­po­si­tion à la com­mer­cia­li­sa­tion exer­cée par Hol­ly­wood, et quel ef­fet ce­la a sur les pro­jets aux­quels il ac­cepte d’ac­co­ler son nom, Hop­kins s’est émous­sé. « Je ne sais pas pour l’art. Je ne suis pas cy­nique, mais quand nous tour­nons un film, nous avons plu­sieurs choix de­vant nous en tant qu’ac­teurs. Mais quand tous les mor­ceaux du casse-tête sont réunis, quelques pièces pré­cieuses fi­nissent sur le plan­cher de la salle de montage. Vous avez très peu de contrôle à cette étape. Je ne me berce pas d’illu­sions à pro­pos de ma po­si­tion dans le monde en tant qu’ac­teur.» Hop­kins a dit qu’il est de­ve­nu plus réa­liste en­vers sa car­rière après avoir vu le film

Gran To­ri­no, de Clint East­wood, dans un mul­ti­plexe en ban­lieue de Mem­phis, il y a deux ans.«Je me suis mis à re­gar­der tous les gens au­tour de moi qui man­geaient du maïs souf­flé en at­ten­dant que le film dé­bute. Et ce­la m’a frap­pé. C’est le show-bu­si­ness. Il s’agit de la car­rière de grands films. Et tout ce­la re­pose sur une boîte de chaus­sures. C’est une grande ré­vé­la­tion de pen­ser que tout ce­la n’est pas im­por­tant.

« C’est un sen­ti­ment fort de réa­li­ser que rien ne compte plus, a ajou­té M. Hop­kins. C’était toute une ré­vé­la­tion. La réa­li­té est une chose très li­bé­ra­trice. »

Mar­ta Gas­ti­ni joue une ado­les­cente pos­sé­dée dans Le rite.

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