L'ac­teur qui aime jouer

MON­TRÉAL | Il a eu 42 ans le 2 jan­vier. Il n’a ja­mais consom­mé de drogue, crai­gnant de perdre le contrôle de sa vie, comme son per­son­nage de Bastien, dans Funkytown. Pa­trick Huard avait dix ans lorsque les an­nées dis­co fai­saient rage à Mon­tréal. Il re­voit

Le Journal de Quebec - Weekend - - NOUVELLES - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

Au­rait-il été une bête du dis­co s’il avait vé­cu cette époque?

« Je ne pense pas. J’ai eu mes an­nées de cé­li­bat, j’ai fait la fête, mais je ne suis pas ce­lui qu’on croit ou que cer­tains aiment lais­ser croire. J’aime beau­coup être en contrôle; donc, pour ce qui est de la drogue, je n’ai au­cun mé­rite. Je suis ter­ro­ri­sé face à cette pe­tite pi­lule qui pour­rait dé­truire mon corps. En tant que bon Gas­pé­sien, je pré­fère prendre un verre, et comme je suis un per­for­meur, ja­mais je ne me met­trais dans un état qui nui­rait à cette per­for­mance que je re­cherche dans tout ce que je fais. De­puis que je suis père, je me lève à 7 h 30 tous les ma­tins. Di­sons que le night­life et le par­ty ne riment pas avec ce­la », confie avec sin­cé­ri­té, Pa­trick Huard.

Le rôle de Bastien dans Funkytown est ins­pi­ré de la vie de l’ani­ma­teur-ve­dette de l’époque Alain Mont­pe­tit. Pa­trick Huard offre une per­for­mance de grande qua­li­té, dans un beau rôle de ma­tu­ri­té, comme il le dit.

Dès la lec­ture du scé­na­rio de Steve Gal­lu­cio, il a su qu’il avait là une belle his­toire entre les mains.

JOUER BASTIEN

L’ac­teur s’est donc mis au tra­vail. Il parle d’ailleurs de son mé­tier avec pas­sion; c’est sans doute pour ce­la qu’il joue vrai.

Voi­là com­ment il per­çoit la des­cente aux en­fers de Bastien.

« Mon job est de faire res­sor­tir l’hu­ma­ni­té des per­son­nages. Je tiens tou­jours pour ac­quis au point de dé­part que, peu im­porte ce qu’il est en train de faire, il est per­sua­dé qu’il fait la bonne chose, même si ça n’a pas d’al­lure. C’est ça, Bastien, et jouer ce per­son­nage a été un très beau dé­fi pour moi, car tout était en nuances.

Le dan­ger était de vou­loir trop en mettre. Au dé­but, c’est le king, et le ci­né­phile doit as­sis­ter à sa chute. On doit sen­tir une ac­cé­lé­ra­tion. C’est le fun à jouer un tel per­son­nage tor­tu­ré. Le pauvre gars sa­vait qu’il avait mis la main dans une ma­chine, de fa­çon un peu naïve, pour fi­na­le­ment se faire dé­chi­que­ter au com­plet. La vie va sou­dai­ne­ment trop vite pour lui; il n’est plus ca­pable de la suivre et fi­nit dans le mur. »

TRA­VAIL D’ÉQUIPE

Le fait qu’il est réa­li­sa­teur a-t-il une in­fluence sur son mé­tier d’ac­teur?

«Je di­rais que je m’aban­donne en­core plus au réa­li­sa­teur, car je sais exac­te­ment ce que je vis. De fait, mon job est de dé­fendre sa vi­sion. Je tiens donc pour ac­quis qu’un réa­li- sa­teur a sa vi­sion. Je fais donc un acte de foi avec lui, et tra­vailler avec Da­niel Ro­by a été un pur plai­sir », ajoute Pa­trick Huard.

Ce réa­li­sa­teur a aus­si été ou­vert à ses sug­ges­tions dont l’une, très im­por­tante, qui consti­tue l’ajout d’une scène au film, très tou­chante d’ailleurs.

C’est le père qui donne ren­dez-vous à sa fille, ex­ces­si­ve­ment bien in­ter­pré­tée d’ailleurs par Ca­mille Pen­nell.

«C’est ad­mi­rable quand tu parles à des créa­teurs comme Da­niel et Steve Gal­lu­cio, l’au­teur, et qu’ils com­prennent ce que tu veux dire. Bastien aime sa fille, mais il rate to­ta­le­ment sa re­la­tion avec elle. Il ne sait pas com­ment l’ai­mer au fond. C’est triste et cette scène ajou­tée a été la pre­mière que nous avons tour­née. Pour moi, faire un film est un tra­vail d’équipe. Je trouve in­té­res­sant que notre ci­né­ma qué­bé­cois soit ca­pable de li­vrer un film comme Funkytown, qui dé­peint fort bien les an­nées 1970, la fin du par­ty, quoi. Tout le monde s’est dé­fon­cé pour le li­vrer. Au­jourd’hui, ma res­pon­sa­bi­li­té est de ve­nir le dé­fendre et le pré­sen­ter aux gens », af­firme l’ac­teur.

LE NA­TIO­NA­LISME

Il est éga­le­ment in­té­res­sant, se­lon Pa­trick Huard, que le film Funkytown dé­peigne bien le Québec de la fin des an­nées 1970, avec l’an­glais très pré­sent, un Par­ti qué­bé­cois qui prend place et une vic­toire du Non.

« Sans être mé­pri­sant, je trouve ce­la in­té­res­sant que notre ci­né­ma com­mence à par­ler de faits his­to­riques en de­hors des ca­lèches. C’est l’his­toire ré­cente d’une so­cié­té. On croyait que le dis­co al­lait sur­vivre et était la chose la plus ex­tra­or­di­naire du monde. Ça a été, à mon avis, la pre­mière grosse af­faire éphé­mère. On était dans notre bulle. Je com­pare ce­la au Fa­ce­book d’au­jourd’hui. C’est une autre belle bulle, mais pour com­bien de temps?, ques­tionne avec jus­tesse l’ar­tiste.

Il conti­nue. « Funkytown montre une belle évo­lu­tion de notre ci­né­ma. Oui, ça parle en an­glais dans le film, mais c’était ce­la, le Mon­tréal de ces an­nées. C’est im­por­tant qu’au ci­né­ma, on montre la réa­li­té de cette pé­riode-là, pas juste celle qu’on sou­haite. Oui, je suis na­tio­na­liste. Dans Funkytown, ce sont les deux cultures qui s’en­tre­choquent. C’est in­té­res­sant à re­voir. Ça peut faire ré­flé­chir. Le ci­né­ma sert aus­si à ce­la. »

Lui, la star, com­ment évi­te­ra-t-il une des­cente? « J’ai tou­jours dit qu’être une star est un ac­ci­dent, non pas un mé­tier. Ce sont les gens qui font ce­la de toi. Je suis avant tout un ra­con­teur d’his­toires et je ne me lève pas le ma­tin en di­sant : Tiens, tu vas vivre en­core une jour­née de star. Si c’est un ob­jec­tif dans ta vie, tu vas tout ra­ter et tu vas faire ce mé­tier pour les mau­vaises rai­sons », conclut l’ac­teur, tou­jours franc et di­rect.

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