Funkytown C’EST AUS­SI LA SI­TUA­TION PO­LI­TIQUE DU QUÉBEC

MON­TRÉAL | Il est le maître de Funkytown. Steve Gal­lu­cio, ce­lui qui a confié au ci­né­ma Mam­bo Ita­lia­no, a écrit, au point de dé­part, un scé­na­rio de près de trois heures, soit des cen­taines de pages qui des­sinent le por­trait de Mon­tréal après l’Ex­po 67, l’a

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

Funkytown est un film de deux heures et de­mie si­gné Steve Gal­lu­cio, mais sur­tout, écrit avec une belle sen­si­bi­li­té.

Lui-même ho­mo­sexuel, fils unique né dans une fa­mille ita­lienne, Steve Gal­lu­cio se sou­vient.

« J’avais 16 ans à l’époque du dis­co, fin des an­nées 70. Il n’était pas ques­tion de par­ler de ce su­jet avec mes pa­rents. De toute ma­nière, on ne par­lait pas de sexua­li­té, point fi­nal. À la lec­ture de ma pièce Mam­bo Ita­lia­no, ils sa­vaient, je crois, et étaient fiers de moi et pour moi. Mais ja­mais nous nous en sommes par­lé ou­ver­te­ment », ra­conte avec vé­ri­té l’au­teur.

Il rap­pelle alors l’évé­ne­ment du bar Truxx.

« Il y a eu une des­cente ter­rible; ils ont tous été ar­rê­tés et même tes­tés, en pri­son, pour sa­voir s’ils avaient des ma­la­dies trans­mises sexuel­le­ment. Le maire Dra­peau ne vou­lait rien sa­voir d’un bar de gais au centre-ville; ce n’était pas bon pour l’image de Mon­tréal. C’est alors que le vil­lage gai s’est dé­pla­cé vers l’est. »

L’IM­PACT DE L’AR­RI­VÉE DU PAR­TI QUÉ­BÉ­COIS

Funkytown, c’est aus­si ce Québec. « C’est une pé­riode très riche, pour un au­teur, et je suis heu­reux que le ci­né­ma qué­bé­cois le montre à nou­veau. L’ar­ri­vée du par­ti qué­bé­cois, l’exode des an­glo­phones, c’était la fin d’un grand par­ty d’Ex­po 67 ; on y dé­cou­vrait tout, la mode, le dis­co, et la po­li­tique était ex­ci­tante. J’es­père ne pas frois­ser des gens, mais c’était l’époque. Il n’y avait pas de zone grise ; tout était très noir ou très blanc. L’exode vers To­ron­to a été réel. Plein d’an­glo­phones, de bu­si­ness­men, comme Gilles Le­febvre, in­ter­pré­té par Ray­mond Bou­chard, des fé­dé­ra­listes ont fui vers To­ron­to pour faire de l’ar­gent. Beau­coup de monde n’aime pas par­ler de cette pé­riode-là, mais el- le a exis­té. Funkytown ne pou­vait pas pas­ser à cô­té. Oui, l’élec­tion du Par­ti qué­bé­cois a eu cet ef­fet; pour moi, c’est très simple », dé­clare Steve Gal­lu­cio, qui voit dé­jà ve­nir quelques ré­ac­tions né­ga­tives à sa vi­sion de la so­cié­té qué­bé­coise d’il y a 30 ans.

« Ce Mon­tréal bi­lingue des an­nées 70 est une réa­li­té qu’on ne voit pas sou­vent, au ci­né­ma qué­bé­cois », rap­pelle Steve Gal­lu­cio.

LA VIE PA­RAL­LÈLE DE TI­NO

Il dit avoir ai­mé mon­trer la dua­li­té entre tout ce qui était per­mis et tout ce qu’on ne pou­vait dire.

« Comme ce jeune homme ita­lien, Ti­no, qui doit se taire et se créer une vie pa­ral­lèle, étant in­ca­pable d’as­su­mer qu’il est un ho­mo­sexuel. Oui, c’est triste, mais c’est aus­si un beau rap­pel à l’ordre, quant à l’idée qu’il vaut mieux se sen­tir libre de dire et de faire dans la vie. Ce film est très li­bé­ra­teur à plu­sieurs points de vue. Nous avons évo­lué heu­reu­se­ment. Pour moi, il était es­sen­tiel de ne pas juste mon­trer dans ce film la mode des aan­nées nnées 70 ou le dis­co, mais une pa­no­plie d’évé­ne­ments qui ont ai­dé à for­ger qui nous sommes au­jourd’hui et, comme toile de fond, il y a, bien sûr, ce Mon­tréal qui est en train de vivre la fin de ce grand par­ty de l’Ex­po 1967. Il se pas­sait tel­le­ment de choses à Mon­tréal; c’était une pé­riode très ex­ci­tante et cap­ti­vante pour un au­teur », conclut Steve Gal­lu­cio, qui a fait de nom­breuses re­cherches pour me­ner à bon port Funkytown.

Au risque de dé­plaire à cer­taines per­sonnes, il n’était pas ques­tion, pour lui, d’op­ter pour le si­lence et de tra­hir sa pen­sée.

« Oui, il y a eu beau­coup d’ar­gent qui est par­ti de Mon­tréal, après l’ar­ri­vée au pou­voir du Par­ti qué­bé­cois; l’exode vers To­ron­to a été réel. Je l’ai écrit parce que c’est un fait. Je l’ai vé­cu; or, il n’était pas ques­tion que Funkytown passe à cô­té d’un fait aus­si im­por­tant », conclut sur un ton convain­cu Steve Gal­lu­cio, qui as­sume par­fai­te­ment tout ce qu’il a écrit.

A-t-il écrit ce scé­na­rio pour plaire au Ca­na­da an­glais?

« Non, c’est une his­toire ra­con­tée pour plaire aux ci­né­philes. Funkytown, ce sont d’abord et avant tout les folles an­nées dis­co, un monde fan­tas­tique à ex­plo­rer pour un scé­na­riste », pré­cise l’au­teur, qui a hâte de re­ce­voir le ver­dict des ci­né­philes.

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