S’en­ga­ger à re­gret­ter

Na­ta­lie Port­man rem­por­te­ra pro­ba­ble­ment un os­car pour son in­ter­pré­ta­tion d'une bal­le­rine dé­ran­gée dans Le cygne noir. Mais que ga­gne­ra-t-elle en cou­chant avec Ash­ton Kut­cher?

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son Agence QMI

De mau­vaises cri­tiques? Ma sym­pa­thie? Une meilleure chance la pro­chaine fois qu'elle joue­ra dans une comédie sen­ti­men­tale?

N'al­lons pas si loin. En fait, et pour être tout à fait sin­cère, Port­man re­lève à elle seule le ni­veau « au raz des pâ­que­rettes » de Ça n'en­gage à rien, une chambre dans la­quelle deux amis (et plus si af­fi­ni­tés) tré­buchent sur leurs pan­ta­lons et leurs coeurs.

Si on avait par­lé de Jen­ni­fer Anis­ton ou de Ka­the­rine Hei­gl, pas­sées maître en la ma­tière de ce genre de comédie ro­man­tique, ce film au­rait été in­dé­fen­dable. Mais le fait que Na­ta­lie Port­man soit une ac­trice plus mul­ti­di­men­sion­nelle que la norme rend le film presque réa­liste et ra­con­table. En­core une fois, j'in­siste sur l'uti­li­sa­tion du mot « presque ».

Elle joue le rôle d'Em­ma, un mé­de­cin de Los An­geles qui en­tame une re­la­tion « sexuelle mais sans sen­ti­ments » avec Adam (Kut­cher), un as­sis­tant de pro­duc­tion dans le be­soin qu'elle connaît de­puis l'ado­les­cence.

Dé­jà à l'époque, émo­tion­nel­le­ment par­lant, Em­ma n'était pas in­té­res­sée à vivre une re­la­tion du­rable. Et elle ne l'est cer­tai­ne­ment pas plus 15 ans plus tard. Ce qui convient vi­si­ble­ment très bien à Adam.

Il vient tout juste d'ap­prendre que son ex-pe­tite amie couche avec son père, une égo­cen­trique cé­lé­bri­té (Ke­vin Kline) et dé­cide de pas­ser un pacte avec Em­ma, ac­cro au bou­lot, qui les oblige à ne pas dé­ve­lop­per de sen­ti­ments l'un en­vers l'autre.

Voi­ci donc une in­trigue sous la cein­ture dans une for­mule éprou­vée par le temps : un gars et une fille qui tombent amou­reux tout en lut­tant pour es­sayer de ne pas l'être.

PEU ORI­GI­NAL

Il y a plus de vingt ans, Quand Har­ry ren­contre Sal­ly po­sait dé­jà la ques­tion, à sa­voir si les hommes et les femmes pou­vaient être amis sans que le (manque de) sexe n'entre en jeu.

Main­te­nant, Ça n'en­gage à rien se de­mande s'ils peuvent être amis sans que le (trop de) sexe n'entre en jeu.

Le ré­sul­tat peu ori­gi­nal de ce genre est l'in­ver­sion des rôles. Kut­cher se re­trouve ain­si dans un rôle tra­di­tion­nel­le­ment fé­mi­nin, Adam étant le pre­mier à re­con­naître ses sen­ti­ments et à sug­gé­rer à Em­ma d'être plus que des par­te­naires sexuels.

Ivan Reit­man, le réa­li­sa­teur vé­té­ran a dit s'être ins­pi­ré des suc­cès de son fils, Ja­son, à qui l'on doit des co­mé­dies telles que Thank You for Smo­king, Ju­no et Haut dans les airs.

Mais rien dans le cur­ri­cu­lum vitæ du plus âgé des Reit­man – qui est consti­tué es­sen­tiel­le­ment de l'in­té­gra­tion d'ef­fets spé­ciaux dans des co­mé­dies – n'in­dique qu'il al­lait suivre cette voie. Après tout, son der­nier film était Ma su­per ex-co­pine.

Le scé­na­rio de Liz Me­ri­we­ther est rem­pli de dia­logues vul­gaires et drôles. Mais l'hu­mour de qua­li­té se re­trouve très mê­lé à des dia­logues rem­plis de cli­chés et pré­vi­sibles, aus­si grin­çants que ceux d'un ba­by­boo­mer moyen.

DÉ­JÀ-VU

On compte au moins, en plus de la pré­sence de Port­man, quelques scènes réus­sies comme celle de l'ar­res­ta­tion des pa­rents de Kline – que l'on doit à Kut­cher – et celles de Lake Bell en tant que pro­duc- trice té­lé très ner­veuse.

Alors nous y voi­là. Quelques rires, un peu de chair et une réa­li­sa­tion hol­ly­woo­dienne avec un air de dé­jà-vu. Ne soyez pas in­quiets, vous ne vous en sou­vien­drez presque plus de Ça n'en­gage à rien le len­de­main. Vous pour­riez tout sim­ple­ment vous abs­te­nir d'al­ler voir ce film.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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