Un deuil ori­gi­nal et ins­pi­ré

Le thème du deuil a été dé­cli­né sous toutes ses formes au ci­né­ma qué­bé­cois au cours des der­niers mois. Pour son pre­mier long mé­trage, Une vie qui com­mence, Mi­chel Mon­ty réus­sit à évi­ter la re­dite au moyen d’un scé­na­rio ori­gi­nal, for­te­ment ins­pi­ré par le d

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Québec

Le ré­sul­tat est un drame bien ficelé, qui ne sombre pas dans les ex­cès la­cry­maux et qui a rem­por­té le Bayard d’or de la meilleure pre­mière oeuvre lors du plus ré­cent Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film fran­co­phone de Na­mur, en Bel­gique.

Dans le Mon­tréal des an­nées 1960, Jacques Langevin (François Pa­pi­neau), mé­de­cin et adepte de l’hyp­nose, sa femme, Louise (Ju­lie Le­Bre­ton), et leurs trois ga­mins semblent la fa­mille la plus heu­reuse et unie du monde. Le plus vieux, Étienne (Charles-An­toine Per­reault), voue une ad­mi­ra­tion sans borne à son pa­pa, qui l’ini­tie au golf et lui achète son pre­mier ves­ton­cra­vate.

Mais tout ne tourne pas rond chez Jacques, dont la dé­pen­dance aux mé­di­ca­ments l’amène à vo­ler la phar­ma­cie de son hô­pi­tal. Sur­pris, il est me­na­cé de ren­voi par le pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, nul autre que son propre père (Ray­mond Cloutier).

L’abus de mé­di­ca­ments au­ra rai­son de Jacques, dont le coeur flanche sous les yeux de son plus jeune fils.

Son dé­part pro­vo­que­ra des ré­ac­tions aux an­ti­podes. Pen­dant que Louise, en co­lère contre un ma­ri qui lui a tout ca­ché de ses troubles, cher­che­ra à ef­fa­cer son sou­ve­nir tout en pour­voyant aux be­soins de ses en­fants, Étienne ten­te­ra par tous les moyens, dont cer­tains destructeurs, à ho­no­rer la mé­moire de ce père qu’il ad­mi­rait.

CLINS D’OEIL AUX SIX­TIES

Même si les points de dis­corde entre les deux prin­ci­paux pro­ta­go­nistes se tra­duisent par du non-dit et des si­lences, Mi­chel Mon­ty ne livre pas une oeuvre in­tros­pec­tive avec Une vie qui com­mence. Au contraire, en mi­sant sur les gestes que fait son hé­ro­sa­do­les­cent, il lui in­suffle un bon rythme.

Ve­nu du théâtre, le ci­néaste Mon­ty offre une mise en scène soi­gnée et quelques clins d’oeil sa­vou­reux aux moeurs so­ciales (le mé­de­cin qui fume à l’in­té­rieur de l’hô­pi­tal) et fa­mi­liales de l’époque (« en­core une fois, votre ros­bif était réus­si », lance Louise à sa belle-mère à chaque vi­site heb­do­ma­daire).

On pas­se­rait ce­pen­dant outre aux nom­breuses ap­pa­ri­tions fan­to­ma­tiques du dé­funt à son fils. Une seule au­rait suf­fi à tra­duire le trouble d’Étienne.

Ce der­nier est in­car­né par Charles-An­toine Per­reault, qui se tire très bien d’af­faire pour un pre­mier grand rôle au ci­né­ma. Le reste de la dis­tri­bu­tion est à l’ave­nant, avec un Ray­mond Cloutier im­pec­cable en grand­père bour­ru.

Mais notre coup de coeur re­vient à Ju­lie Le­Bre­ton, d’une rare cré­di­bi­li­té dans la peau d’une femme des an­nées 1960, mais sur­tout ad­mi­rable d’im­puis­sance et de pa­nique de­vant le corps inerte de son ma­ri dans la scène du dé­cès.

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