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Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Be­noît Au­bin BAUBIN@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | Karine Va­nasse s’ap­prête à faire un grand saut dans l’in­con­nu : la clas­sique pe­tite fille mo­dèle du grand écran se lance au théâtre, dans un rôle ex­trême et am­bi­gu : le rôle de la vic­time qui a du sang sur les mains.

« Les gens se sou­vien­dront peu­têtre du film Ex­tre­mi­ties, tour­né dans les an­nées ‘80, avec Farrah Faw­cett; le film était ins­pi­ré de cette pièce, » dit-elle, pour si­tuer In extre

mis, de Wi­liam Mas­tro­si­mone, dans la­quelle elle tien­dra le pre­mier rôle, au Ri­deau Vert, à par­tir du 8 fé­vrier.

C’est la deuxième fois, seule­ment, que la ve­dette de ci­né­ma de 27 ans monte sur les planches, 11 ans après avoir joué Ir­ma la douce, au Ri­deau vert.

Karine Va­nasse est toute me­nue, in­tense et concen­trée. Elle n’a pas plus l’air d’une ac­trice de théâtre, ex­tra­ver­tie et ta­pa­geuse, que d’une star de ci­né­ma va­po­reuse et in­ac­ces­sible. Pour­tant, elle était dé­jà une ve­dette dé­co­rée du ci­né­ma à 16 ans. Elle n’a ja­mais eu le temps d’étu­dier le théâtre.

ELLE A DE­MAN­DÉ UN RÔLE

Tou­te­fois, c’est elle qui a ap­pro­ché De­nise Fi­lia­trault, il y a deux ans, pour de­man­der un rôle au théâtre. « J’avais le sen­ti­ment que j’au­rais peur de le faire plus tard, si je ne le fai­sais pas main­te­nant. »

C’est Mme Fi­lia­trault, la di­rec­trice ar­tis­tique du Ri­deau Vert, re­con­nue pour ses coups de coeur par­fois au­da­cieux, qui lui a pro­po­sé le rôle de Mar­jo­laine. C’est un rôle ex­trême, phy­sique, violent, presque mal­sain, qui contraste for­te­ment avec l’image de jeune fille ran­gée de Karine Va­nasse.

Quand on lui de­mande de le dé­crire, ce rôle, Karine Va­nasse y va à pe­tites doses, comme quel­qu’un qui hé­site à se lan­cer dans l’eau trop froide, ou trop chaude.

« Mar­jo­laine est dans sa mai­son, tran­quille, un ma­tin, mais, ra­pi­de­ment, il y a un homme qui ar­rive. On com­prend vite que son in­ten­tion est de l’agres­ser, elle, et, pos­si­ble­ment, ses deux autres co­locs, qui sont par­ties tra­vailler.

Sauf qu’il se pro­duit quelque chose qui fait que la si­tua­tion se ren­verse contre lui ; c’est elle qui prend le des­sus.

Elle se sur­prend elle-même, en pre­nant l’ini­tia­tive de la si­tua­tion.

Elle est peut-être ani­mée par un dé­sir de ven­geance, » ra­joute-t-elle.

Met­tez-en : elle l’aveu­gle­ra, le frap­pe­ra, l’en­chaî­ne­ra au foyer, l’en­fer­me­ra dans le fri­go, elle joue­ra du cou­teau, et, peut-être, le tue­ra. Tou­te­fois, il faut in­sis­ter au­près de Mme Va­nasse pour l’ap­prendre, par bribes.

« JE L’AI MAS­SA­CRÉ »

« Je l’ai mas­sa­cré, en fait, » dit-elle, se met­tant dans la peau de son per­son­nage. « J’ai com­pris que ça ne don­ne­rait rien d’al­ler voir la po­lice : il ne m’a pas vrai­ment vio­lée. La po- lice va donc le re­lâ­cher ; et, là, il va re­ve­nir me tuer.

C’est vrai que mon per­son­nage va peut-être trop loin, dit-elle, fi­na­le­ment. Quand elle l’in­ter­roge et qu’il re­fuse de ré­pondre, il passe un mau­vais mo­ment…

Mais je ne pense pas qu’elle y prenne du plai­sir, non. »

Karine Va­nasse in­siste plus vo­lon­tiers sur le di­lemme phi­lo­so­phique qui sous-tend la pièce. « A-t-on le droit de se dé­fendre soi-même? Qu’est-ce qu’on fait si la loi ou la jus­tice ne peut pas nous pro­té­ger? »

La scène d’un théâtre est un uni­vers com­plè­te­ment dif­fé­rent des pla­teaux de tour­nage aux­quels elle est ha­bi­tuée. « Au ci­né­ma, la ca­mé­ra suit ton vi­sage en gros plan. Au théâtre, tu dois ha­bi­ter l’es­pace phy­si­que­ment. Une scène de ci­né­ma dure une mi­nute; une pièce de théâtre, c’est un ma­ra­thon! »

Sur­tout, il y a le pu­blic, là, tout près, et qui juge. « Ce se­ra in­té­res­sant de voir le che­mi­ne­ment que le pu­blic fe­ra. Le pu­blic a vu l’agres­seur at­ta­quer Mar­jo­laine, il connaît ses in­ten­tions, contrai­re­ment aux autres per­son­nages…

Je pense que, à la fin, le pu­blic va conclure que Mar­jo­laine avait rai­son. »

In­quié­tant, peut-être, pour la jeune fille mo­dèle, de jouer à la femme vio­lente?

In ex­tre­mis, de William Mas­tro­si­mone. Mise en scène de Jean-Guy Legault, avec Karine Va­nasse, Sé­bas­tien Gau­thier, Ju­lie Per­reault, Ge­ne­viève Bé­lisle. Au Ri­deau Vert, du 8 fé­vrier au 12 mars.

Karine Va­nasse

KARINE VA­NASSE

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