UNE SOR­CIÈRE PAS COMME LES AUTRES

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | Jo­rane offre son pre­mier al­bum de re­prises, qui lui au­ra de­man­dé plus d’un an de tra­vail. Il fal­lait qu’elle s’ap­pro­prie les mots, les sons, comme elle le dit si bien. « Ce n’est pas fa­cile de vou­loir s’ap­pro­prier ce qui est dé­jà par­fait. Ces chan­sons n’avaient pas be­soin né­ces­sai­re­ment de moi. » Après huit al­bums et plu­sieurs tour­nées mon­diales, l’unique Jo­rane pré­sente «Une sor­cière (pas) comme les autres». Jeune mère de fa­mille de trois gar­çons, dont des ju­meaux de deux ans, l’ar­tiste va pui­ser une éner­gie to­tale dans son monde de créa­tion. Si on la lais­sait se ra­con­ter… Com­ment vous est ve­nue l’idée de faire un pre­mier al­bum de re­prises?

J’étais dans ma voi­ture et j’écou­tais Es­pace mu­sique et, sou­dai­ne­ment, j’en­tends Les gens qui doutent d’Anne Syl­vestre. À ce mo­ment-là, je suis com­plè­te­ment émue. De fil en ai­guille, je trouve la chan­son Une sor­cière comme les autres, tou­jours d’Anne Syl­vestre et, là, je suis sans mots tel­le­ment l’émo­tion est grande. Il me fal­lait du temps pour ab­sor­ber tout ce­la, et cette dé­marche m’a ame­né à Pauline Ju­lien, car cette der­nière a chan­té beau­coup d’Anne Syl­vestre, donc j’ai eu en­vie d’al­ler jouer avec mon vio­lon­celle pour voir quelle uni­té je pou­vais créer. Je sa­vais que, un jour, j’al­lais faire un al­bum de re­prises, mais il me fal­lait avoir et re­ce­voir le bon coup d’émo­tion.

Ce fut donc un long pro­ces­sus de créa­tion?

Je le vois plus comme un tout, mais je di­rais qu’En pleine face de Serge Fio­ri fut la der­nière chan­son que j’ai choi­sie pour com­plé­ter le pro­jet. J’ai tra­vaillé cet al­bum toute seule, dans mon stu­dio, des jours et des jours. Vous ne sa­vez pas à quel point j’ai cher­ché afin de trou­ver la bonne voie à don­ner pour cha­cune de ces chan­sons, qui sont toutes des chef­sd’oeuvre. Je vou­lais ame­ner les gens à la source : la mu­sique et les mots. J’ai fait tel­le­ment de belles dé­cou­vertes comme Ma­ri­lyn et John, une pièce qui jouait à la ra­dio lorsque j’étais une en­fant.

Par­lez-nous des chan­sons choi­sies de Leo­nard Co­hen et de Ri­chard Des­jar­dins?

Su­zanne de Leo­nard Co­hen, c’est la ver­sion qui avait été faite par Pauline Ju­lien. Une chan­son ma­gni­fique à cô­té de la­quelle on ne peut pas­ser lors­qu’on fait un al­bum de re­prises. Tout comme

L’en­geô­lière de Ri­chard Des­jar­dins, un au­teur-com­po­si­teur mer­veilleux, mon idole. Tout le monde me di­sait: « C’est très mas­cu­lin, Ri­chard Des­jar­dins. » Pour­tant, j’ai su, je crois, lui don­ner un nou­vel élan au fé­mi­nin avec mon son. Il y a aus­si Je te lais­se­rai des mots de Pa­trick Wat­son, qui est la chan­son la plus ré­cente qui nous amène là où on doit al­ler après une telle ex­pé­rience.

Ain­si, cet al­bum fut une dé­marche très exi­geante?

Oui, car on parle de quelque chose de par­fait. Il faut donc trou­ver une autre route qui en vau­dra la peine pour ceux qui l’écou­te­ront. Il faut que ça amène les chan­sons ailleurs, mais, sur­tout, ni imi­ter, ni dé­cons­truire. La ligne est fine pour que ça trouve en­fin son che­min. Il est aus­si im­por­tant de dire que ce tra­vail fai­sait en sorte que ça de­ve­nait comme mes propres chan­sons; il me fal­lait me les ap­pro­prier. On tra­vaille toute notre vie avec nos ins­tru­ments pour pou­voir ex­pri­mer nos émo­tions de toutes sortes de ma­nières. Ces chan­sons m’ont donc per­mis d’avoir ce beau dé­fi. C’est un pro­ces­sus d’adop­tion. Il fal­lait que la mu­sique avec un grand M, toutes ces chan­sons, puissent pas­ser à tra­vers moi.

Par­lez-moi de votre vio­lon­celle?

J’ai com­men­cé par d’autres ins­tru­ments, comme le pia­no, la gui­tare à 4 ans. Au dé­but, le vio­lon­celle était un ins­tru­ment mys­tique, mys­té­rieux presque in­ac­ces­sible, in­tou­chable. Je le voyais de loin. Il m’at­ti­rait, mais ce n’était pas concret. Lorsque j’ai com­men­cé à en jouer, ce fut une ré­vé­la­tion, à quel point on pou­vait trou­ver un ins­tru­ment qui de­vient une autre voix… un ins­tru­ment qui cor­res­pond par­fai­te­ment aux émo­tions que nous vou­lons don­ner, à notre in­ten­si­té. Mon vio­lon­celle a gran­di avec moi, avec ma voix. J’ai dû pra­ti­quer énor­mé­ment pour qu’on forme un vé­ri­table couple, mais mon vio­lon­celle ne me met ja­mais en co­lère, heu­reu­se­ment. Il n’est pas source de frus­tra­tion, mais d’ins­pi­ra­tion. Jo­rane est en tour­née dans plu­sieurs villes du Québec et à l’étran­ger dans les pro­chaines se­maines, dont une pres­ta­tion au Li­ban.

Son al­bum Une sor­cière (pas) comme les autres se­ra dis­po­nible le mar­di 1er fé­vrier pro­chain. Les chan­sons qu’elle a choi­sies pour cet al­bum unique, si­gné Jo­rane, sont En pleine face de Serge Fio­ri, Ma­ri­lyn et John de Franck Lan­gloff, Le bai­ser de Do­mi­nique Ni­co­las, Les gens qui doutent d’Anne Syl­vestre, Une sor­cière comme les autres d’Anne Syl­vestre, Pen­dant que les champs brûlent de Da­niel Che­ne­vez, Dé­part de Gilles Vi­gneault, Su­zanne de Leo­nard Co­hen, L’en­geô­lière de Ri­chard Des­jar­dins et Je te lais­se­rai des mots de Pa­trick Wat­son. Un son unique, une voie, une ex­pé­rience mu­si­cale. « Il s’agit de lais­ser pas­ser la lu­mière de l’autre à tra­vers tes cou­leurs ; c’est comme de­ve­nir un ka­léi­do­scope », di­telle en par­lant de son pro­ces­sus de créa­tion.

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