Re­tour convain­cant sur des an­nées folles

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | Un cas­ting convain­cant, un dé­cor qui res­pecte par­fai­te­ment l’époque, une mu­sique qui est un per­son­nage en soi, Funkytown est dé­fi­ni­ti­ve­ment un par­ty réus­si où l’hu­main gagne et perd. Ce film rap­pelle que le suc­cès mal as­su­mé peut faire plus de mal que de bien.

Pa­trick Huard dans le rôle de Bastien, ins­pi­ré de la chute de l’ani­ma­teur ve­dette de l’époque Alain Mont­pe­tit, nous montre l’ac­teur de mé­tier et de ta­lent qu’il est. Son jeu tout en nuances fait à lui seul le suc­cès du film. On y croit du dé­but à la fin à son Bastien.

À ses cô­tés, il y a Paul Dou­cet, le Dou­glas Leo­pold de l’époque. Les pre­mières images de l’ho­mo­sexua­li­té as­su­mée. Il n’est pas bon, il est ex­cellent. Tan­tôt exu­bé­rant, tan­tôt tou­chant, mais sur­tout réel. Et que dire de Ray­mond Bou­chard en pro­prié­taire du Star­light qui hait ce que l’ar­ri­vée du Par­ti qué­bé­cois est en train de faire au Québec. La trame po­li­tique du film est d’ailleurs un beau rap­pel à l’ordre et un re­tour à ces an­nées où ça se pas­sait en an­glais à Mon­tréal.

UN SCÉ­NA­RIO FORT

Bra­vo à Steve Gal­lu­cio, l’au­teur qui, après plus de deux ans de re­cherches, offre un scé­na­rio de grande qua­li­té tant sur le plan so­cial que po­li­tique. Fun­ky

town au­rait pu tel­le­ment tom­ber dans le gros cli­ché et le fu­tile de toutes ces an­nées, mais au contraire, en se ser­vant ha­bi­le­ment de ces per­son­nages, l’au­teur fait des rap­pels his­to­riques fort per­ti­nents et in­té­res­sants.

Et sa fa­çon de par­ler de l’ho­mo­sexua­li­té est très élo­quente. Heu­reu­se­ment, il y a eu une belle évo­lu­tion sur ce point, car com­bien de vies ont été bri­sées comme ce jeune Ti­no, in­ter­pré­té ma­gni­fi­que­ment par Jus­tin Chat­win, à cause de tous ces in­ter­dits et du si­lence.

Au fait, c’est la vé­ri­té des per­son­nages qui fait de Funkytown un film at­ta­chant. On passe dé­fi­ni­ti­ve­ment un bon mo­ment mal­gré sa du­rée de plus de deux heures, preuve de la ri­chesse de cette époque folle de Mon­tréal fin des an­nées ‘70.

UNE RÉA­LI­SA­TION HA­BILE

Da­niel Ro­by, le réa­li­sa­teur, a su évi­ter les pièges en se ser­vant ma­gni­fi­que­ment bien de la ri­chesse des per­son­nages qui jouent avec vé­ri­té et droi­ture.

Ré­sul­tat : nous sommes to­ta­le­ment trans­por­tés pen­dant deux heures dans ce Mon­tréal vi­vant, li­ber­tin, li­bé­ral, qui sa­vait prendre des risques.

Les François Létourneau en fils sou­mis qui ex­plose au bon mo­ment, Ge­ne­viève Brouillette en ve­dette dé­chue qui sait re­bon­dir, Sophie Ca­dieux en se­cré­taire fi­dèle qui sait se dé­voi­ler, et l’ac­trice Sa­rach Mutch en Adria­na qui sé­dui­ra to­ta­le­ment les ci­né­philes sont tous des condi­tions ga­gnantes qui font de

Funkytown un film à suc­cès. Il faut sa­luer le tra­vail juste du réa­li­sa­teur Da­niel Ro­by, l’au­dace du pro­duc­teur An­dré Rou­leau de Ca­ra­mel Films, qui a cru à son pro­jet et a su de­man­der le bud­get qu’il fal­lait, 8 M$, car une pé­riode aus­si riche ne pou­vait pas se réa­li-

ser avec peu de moyens.

UN AUTRE PAS POUR NOTRE CI­NÉ­MA

Avec Funkytown, le ci­né­ma qué­bé­cois fait un autre pas de géant. Le dis­co était la pé­riode de li­ber­té où tous les risques étaient per­mis ou presque. Cer­tains ont ga­gné, d’autres y ont per­du leurs illu­sions, voire leur vie.

Funkytown, c’est le dis­co, la mu­sique, le rire, la danse, les dé­fis, le som­met, la drogue, sui­vie d’une chute bru­tale pour cer­tains. Et cette chute, le réa­li­sa­teur Da­niel Ro­by nous la fait vivre avec brio en com­pa­gnie de son per­son­nage de Bastien.

Al­lez voir Funkytown pour vi­brer au rythme des an­nées du dis­co à Mon­tréal, mais éga­le­ment pour ré­flé­chir sur com­ment vivre avec le suc­cès, com­ment équi­li­brer sa vie, com­ment ac­cep­ter l’autre tel qu’il est. L’au­teur Steve Gal­lu­cio sert plus qu’un show du sa­me­di soir à la dis­co dans Funkytown. Il nous livre une le­çon de vie.

À no­ter le tra­vail du di­rec­teur photo Ro­nald Plante, les dé­cors de Jean Bé­cotte et la mu­sique qui pré­sente de vé­ri­tables tré­sors sous la di­rec­tion de Jean Ro­bi­taille ai­dé de Ma­rio Le­febvre, qui a su né­go­cier pour al­ler cher­cher les plus grands suc­cès de l’époque.

Funkytown, un par­ty to­ta­le­ment réus­si où l’hu­main danse et joue avec sa vie.

Le dis­tri­bu­teur est Rem­star. Le film est à l’af­fiche de­puis hier dans plus de 90 salles.

Pa­trick Huard offre un jeu tout en nuances qui fait, à lui seul, le suc­cès du film.

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