AVEN­TURE

au coeur des éner­gies re­nou­ve­lables

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger

La pro­duc­tion d’éner­gie au Québec ne passe-t-elle que par les grands pro­jets hy­dro­élec­triques? Avec pour toile de fond le mé­ga­chan­tier de la Ro­maine, deux jeunes do­cu­men­ta­ristes prennent par­ti pour les nou­velles formes d’éner­gie re­nou­ve­lable dans Cher­cher le cou­rant.

Flan­qué du pré­sident de la Fon­da­tion Ri­vières, le co­mé­dien Roy Du­puis, qui a sau­té à pieds joints dans le pro­jet, Ni­co­las Bois­clair et Alexis de Ghel­dere am­bi­tion­naient au pre­mier chef de do­cu­men­ter l’éco­sys­tème de la ri­vière Ro­maine avant qu’Hy­dro-Québec ne la trans­forme en une gi­gan­tesque cen­trale hy­dro­élec­trique. « En re­gar­dant la sé­rie Des­ti­na­tion

Nor’Ouest − la pre­mière mou­ture en 2006 qui mon­trait com­ment était la vie dans le pas­sé −, ça m’a ins­pi­ré l’idée de faire quelque chose de sem­blable, soit d’al­ler par­cou­rir des ri­vières, mais pour par­ler des en­jeux mo­dernes. En­suite, ça nous a ins­pi­rés de par­ler des autres formes d’éner­gies re­nou­ve­lables qui sont né­gli­gées pour la plu­part au Québec », se re­mé­more Ni­co­las Bois­clair, ajou­tant que son par­te­naire et lui ont dû se trans­for­mer en en­quê­teurs pour ar­ri­ver à leurs fins.

« Nous avions des ques­tions sur les coûts, les em­plois que peuvent créer ces formes d’éner­gies ver­sus le pro­jet la Ro­maine, leur po­ten­tiel. Les ré­ponses n’étaient pas fa­ciles à trou­ver et nous avons dû en­quê­ter. C’était comme deux quêtes en pa­ral­lèle. On vou­lait dé­cou­vrir l’éco­sys­tème, mais aus­si al­ler voir à fond dans les formes d’éner­gies re­nou­ve­lables. »

« En cours de route, pré­cise-t-il, nous nous sommes ren­du compte de la non­ren­ta­bi­li­té du pro­jet de la Ro­maine ver­sus les al­ter­na­tives et les ex­por­ta­tions. »

En fait, pour chaque éner­gie re­nou­ve­lable pré­sen­tée dans Cher­cher le cou­rant, les ci­néastes ar­rivent à la conclu­sion, chiffres à l’ap­pui, que leur dé­ve­lop­pe­ment se­rait plus ren­table que la Ro­maine. Cette ap­proche ba­sée sur la re­cherche de faits ex­plique pour­quoi Roy Du­puis a joint les rangs avec en­thou­siasme. « Il s’iden­ti­fiait beau­coup à la dé­marche parce que, pour lui, c’était im­por­tant que ce ne soit pas émo­tif », si­gnale Bois­clair.

Roy Du­puis n’a pas été un ac­teur pas­sif. C’est lui qui a sug­gé­ré de tour­ner le do­cu­men­taire au Québec, au mo­ment où les ci­néastes ont dû aban­don­ner, bud­get res­treint oblige, leur pro­jet de se rendre en Eu­rope pour y voir de quelle fa­çon les éner­gies re­nou­ve­lables étaient ex­ploi­tées.

Conscient de l’im­pact mar­gi­nal de ces éner­gies au Québec, les do­cu­men­ta­ristes avaient des doutes sur leurs chances de suc­cès.

« Va-t-on trou­ver un ex­pert du so­laire ther­mique qui va nous mon­trer la tech­no­lo­gie au Québec? Va-t-on trou­ver quel­qu’un qui va nous mon­trer à tout le moins un dé­mons­tra­teur de bio­gaz? On ne vou­lait pas faire un dia­logue de chaises, on vou­lait que ça se passe sur le ter­rain. »

HY­DRO-QUÉBEC, MUETTE

Bois­clair et de Ghel­dere ont fi­na­le­ment réus­si à dé­ni­cher une bat­te­rie de pro­mo­teurs ici même, au Québec. Ils n’ont ce­pen­dant pas été ca­pables de convaincre Hy­dro-Québec de lais­ser ses ex­perts leur ac­cor­der des en­tre­vues, mal­gré leurs nom­breuses re­quêtes.

« Mon fee­ling est qu’ils avaient peur de se mouiller à don­ner des rai­sons », dit Ni­co­las Bois­clair, qui convient qu’il n’en­tre­te­nait pas l’illu­sion de voir Hy­dro-Québec re­non­cer à la Ro­maine en tour­nant son do­cu­men­taire.

« Mon en­vie était d’al­lu­mer des lu­mières, faire com­prendre que ça peut faire une dif­fé­rence dans le fu­tur. Plus de gens vont voir le film, plus de gens vont com­prendre les te­nants et abou­tis­sants concer­nant les ques­tions éner­gé­tiques de même que les forces en pré­sence. »

Mal­gré son réa­lisme, Ni­co­las Bois­clair garde en­core es­poir de voir les Qué­bé­cois mo­di­fier le cours des choses.

« Si un mil­lion de per­sonnes voient le film et com­prennent qu’il ne fal­lait pas faire ça, eh bien, il n’y a que Ro­maine 2 qui est en construc­tion pour l’ins­tant. C’est aux Qué­bé­cois de dé­ci­der s’ils veulent qu’on construise Ro­maine 1, 3 et 4. Ça ne vau­drait pas le coût d’ar­rê­ter la construc­tion d’un bar­rage dans le­quel on a dé­jà en­glou­ti plu­sieurs cen­taines de mil­lions de dol­lars. Mais il n’est peut être pas trop tard pour les autres. »

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