SUR­VIVRE ÀTOUT PRIX

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hontebeyrie

Aron Ral­ston (James Fran­co) est un al­pi­niste. Sans pré­ve­nir per­sonne, il va pas­ser un week-end du mois de mai 2003 à Blue John, dans l’Utah. Et c’est l’ac­ci­dent. Son avant-bras droit se re­trouve coin­cé sous un ro­cher.

Pas de té­lé­phone cel­lu­laire, per­sonne à des ki­lo­mètres à la ronde. Dans son sac : une ca­mé­ra vi­déo, un ap­pa­reil photo, des cordes, des cro­chets, une lampe, un pe­tit ou­til mul­tiu­sage de poche, de l’eau et un peu de nour­ri­ture. Dé­bute alors un cal­vaire qui du­re­ra 127 heures (d’où le titre du film).

Re­nouant avec son style par­ti­cu­lier (il suf­fit de se rap­pe­ler l’ex­cellent Shal­low

Grave ou de 28 Days La­ter... et The Beach), Dan­ny Boyle nous plonge dans une hor­reur qui ne nous lâ­che­ra pas. Car la ques­tion n’est pas de sa­voir si Aron s’am­pu­te­ra le bras, mais à quel mo­ment pré­cis il ar­ri­ve­ra, psy­cho­lo­gi­que­ment, au point de non­re­tour qui lui per­met­tra d’ac­com­plir ce geste.

Pas de ques­tion­ne­ment donc, pas de prise à par­tie du spec­ta­teur pour sa­voir s’il cau­tionne ce geste. Dan­ny Boyle, ai­dé par le jeu ma­gis­tral de James Fran­co − qui mé­rite, sans conteste, l’os­car du meilleur ac­teur − se concentre sur Aron. Ses dé­lires, ses pen­sées, ses sou­ve­nirs. Le tout est noyé d’images à 100 à l’heure et de dé­ci­bels com­po­sés par A. R. Rah­man, qui avait d’ailleurs tra­vaillé à la trame so­nore du

Pouilleux mil­lion­naire.

La fa­meuse sé­quence est à la li­mite de l’in­sou­te­nable. Oui, les images sont crues, mais ce n’est rien en com­pa­rai­son du bruit. Des bruits de cet acte. Ils ré­sonnent jusque dans les os... et plu­sieurs jours après le vi­sion­ne­ment. L’un des der­niers mots d’Aron est un « mer­ci ». À Dieu, au ca­nyon, à lui-même, à la vie, à la chance. On ne sait trop. Et c’est très bien comme ça, Dan­ny Boyle n’étant pas tom­bé dans le piège de l’épi­logue à la sauce Hol­ly­wood.

Aron Ral­ston n’est pas un hé­ros, pas un Su­per­man. C’est un homme do­té d’une ré­sis­tance in­croyable qui a ac­com­pli un geste − et un che­mi­ne­ment psy­cho­lo­gique − in­ouï pour sur­vivre. Et, oui, nous en se­rions tous ca­pables.

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