UN BON­HEUR CONJU­GUÉ AU PRÉ­SENT

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Ma­rie-Joëlle Parent

PA­RIS | Un an de sa vie a été en­glou­ti par des opé­ra­tions, un co­ma, une dé­pres­sion et le doute. Plu­sieurs ont cru qu’il ne re­vien­drait ja­mais. Icône in­ébran­lable du rock fran­çais, Hal­ly­day a dé­cou­vert en 2010 qu’il n’était pas in­vin­cible. Grâce aux siens, il s’en est sor­ti. Le bon­heur, il le conjugue au­jourd’hui au temps pré­sent. C’est ce qu’on ap­pelle une « an­nus hor­ri­bi­lis». On en a eu des échos de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, mais j’étais loin de me dou­ter qu’Hal­ly­day était des­cen­du aus­si bas.

L’an­née noire d’Hal­ly­day a com­men­cé en no­vembre 2009 après une opé­ra­tion pour ré­gler une her­nie dis­cale à Pa­ris. Il prend l’avion quatre jours plus tard pour Los An­geles et c’est là qu’il est vic­time d’une in­fec­tion. Il est trans­por­té d’ur­gence à l’hô­pi­tal Ce­dars-Si­naï dans un état cri­tique, est plon­gé ar­ti­fi­ciel­le­ment dans le co­ma et reste hos­pi­ta­li­sé pen­dant 17 jours. Les mé­de­cins ont même de­man­dé à sa femme Lae­ti­cia de si­gner une dé­charge si ja­mais l’opé­ra­tion se pas­sait mal. Elle a re­fu­sé.

Hal­ly­day a de­puis por­té plainte de­vant le Con­seil de l’ordre des mé­de­cins contre le Dr Sté­phane De­la­joux pour né­gli­gence mé­di­cale et de­vant le Tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris.

CONVA­LES­CENCE

Ont sui­vi une longue conva­les­cence à sa mai­son de St-Bar­thé­lé­my et une dé­pres­sion. Il ne vou­lait plus voir per­sonne. Sa femme, avec qui il est ma­rié de­puis 1996, ses filles et des amis comme Jean Re­no, Charles Az­na­vour et Line Re­naud l’ont sor­ti du trou. «Ça n’a pas été fa­cile, sur­tout pour les gens au­tour de moi qui m’aiment. Ce fut ter­rible pour ma femme, pour mes pe­tites filles, pour mes en­fants plus grands. Ce sont eux qui m’ont don­né en­vie de lut­ter, de re­ve­nir sur terre quoi», dit-il, ému.

Au­jourd’hui, il a l’air en pleine forme. À l’été 2009 il a aus­si été opé­ré pour un can­cer du cô­lon et s’est fait rem­pla­cer une pro­thèse à la hanche der­niè­re­ment. «Ah ben ça va, lance-t-il. Vous sa­vez quand on est pas­sé à cô­té de ce que je suis pas­sé, on ne peut qu’être heu­reux de se le­ver le ma­tin et se dire: (il prend alors une grande res­pi­ra­tion)“ je res­pire”. Ç’a chan­gé beau­coup de choses men­ta­le­ment, je re­mer­cie Dieu du bon­heur de la vie. On n’a plus le droit de se plaindre après tout ce qui est ar­ri­vé. Les pe­tits pro­blèmes pa­raissent ri­di­cules».

RE­TROU­VER SA VOIX

Pen­dant plu­sieurs mois, John­ny a per­du la voix. Il pen­sait ne plus ja­mais pou­voir re­chan­ter. «Je l’ai per­due parce qu’ils m’ont in­tu­bé, ils m’ont es­quin­té les cordes vo­cales. Pour la re­trou­ver, j’ai mis un sty­lo dans ma bouche et j’ai tra­vaillé comme les ac­teurs pour la dic­tion. Avant, comme j’avais la voix, je ne fai­sais pas beau­coup d’ef­forts. Main­te­nant je me per­mets de faire des choses que je n’au­rais pas osé faire avant comme des voix de tê- te», dit-il, en pous­sant la note très haute, imi­tant une gui­tare élec­trique.

Est-il sor­ti de cette ex­pé­rience plus fort ou plus vul­né­rable? «Plus fort, dit-il du tac au tac. Oui c’est cer­tain et plus conscient des choses. Vous sa­vez, l’on ne se rend pas compte que tout peut al­ler mal quand tout va bien. On ne se rend pas compte du bon­heur de tous les jours, c’est un bon­heur de vivre, de pou­voir tou­cher les gens, de pou­voir les voir, je n’ai plus le droit de me plaindre».

« ON NE SE REND PAS COMPTE QUE TOUT PEUT AL­LER MAL QUAND TOUT VA BIEN. ON NE SE REND PAS COMPTE DU BON­HEUR

DE TOUS LES JOURS… »

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