Bur­lesque : dé­sha­billez-vous

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND -

De la France au Japon, en pas­sant par les États-Unis et le Ca­na­da, on as­siste à un re­tour des spec­tacles de bur­lesque. Il y a main­te­nant des fes­ti­vals et même des écoles de bur­lesque. En 2010, on a eu droit au film Bur­lesque avec Cher et Ch­ris­ti­na Agui­le­ra, et même aux po­lis à ongles Bur­lesque de la com­pa­gnie OPI. Le très beau livre qué­bé­cois Bur­lesque, l’art et le jeu de la sé­duc­tion re­trace l’histoire de cet art dont le nom est sur toutes les lèvres.

Ce livre est écrit par le duo d’au­teurs le plus sur­pre­nant que j’aie vu de­puis long­temps. Mi­chel Gron­din est his­to­rien, en­sei­gnant et di­rec­teur ad­joint d’une école se­con­daire.

Scar­lett James est une ef­feuilleuse pro­fes­sion­nelle qui est à l’ori­gine du Grand Bur­lesque Show et du Fes­ti­val bur­lesque in­ter­na­tio­nal de Montréal. Le prof et la strip-tea­seuse aux formes gé­né­reuses nous offrent donc cha­cun leur pers­pec­tive sur le phé­no­mène du bur­lesque : l’une his­to­rique et l’autre plus per­son­nelle et sen­suelle.

Bas ré­sille, porte-jar­re­telles, cor­set cin­tré, paillettes, plumes et boa : de Ma­ta Ha­ri à Li­li St-Cyr, de Jo­sé­phine Ba­ker à Bet­ty Page, en pas­sant par Di­ta Von Teese (l’ex-blonde de Ma­ri­lyn Man­son), tous les grands noms du bur­lesque se re­trouvent ana­ly­sés et ex­pli­qués dans ce bou­quin très fouillé.

On y ap­prend entre autres qu’en 1955, en plein mac­car­thysme, une com­mis­sion a dé­cla­ré que « le strip­tease est un art pu­re­ment amé­ri­cain et une noble ins­ti­tu­tion »; que Li­li StCyr tou­chait, dans les an­nées 40, jus­qu’à 5 000 $ par se­maine et qu’elle a eu sa propre en­tre­prise de lin­ge­rie; que Tem­pest Storm ap­pe­lait les deux com­po­santes de sa poi­trine 40DD ses

mo­ney­ma­kers et qu’ils étaient as­su­rés par la Lloyd de Londres pour un mil­lion de dol­lars.

Mais le mé­rite de ce livre est aus­si de nous faire un por­trait très com­plet des ve­dettes ac­tuelles du néo­bur­lesque, des femmes aux noms évo­ca­teurs comme Joe « Boobs » Wel­don, Mi­chelle L’amour ou Kit­ten De Ville qui gardent cet art vi­vant.

« Beau­coup de gens pensent que puisqu’on en­lève nos vê­te­ments, on n’a pas de cer­veau, af­firme Scar­lett James. Mais cer­taines d’entre nous sont des femmes d’af­faires re­dou­tables. Cer­taines ve­dettes des an­nées 1950 ga­gnaient ce qu’un avo­cat as­so­cié gagne au­jourd’hui! »

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