Par­cours sem­blable AU PER­SON­NAGE

LOS AN­GELES | Rus­sell Brand a pas­sé des an­nées à se pré­pa­rer à in­car­ner un hé­do­niste ivre et dé­bau­ché. Et il se rap­pelle même de cer­taines d’entre elles!

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son

« Je suis un ac­teur tel­le­ment sé­rieux que j’ai pas­sé deux dé­cen­nies à faire des re­cherches juste pour être cer­tain d’être par­fait » a-t-il dit, fai­sant ré­fé­rence à ses propres abus de sexe et de drogues.

Comme on s’en doute, cette phrase a gé­né­ré des mon­tagnes de rires de la part des jour­na­listes pré­sents à la confé­rence de presse d’Ar­thur, re­make du film de 1981 avec Dud­ley Moore dans le rôle d’un mil­liar­daire mal­heu­reux et constam­ment saoul.

Pen­dant les 40 pro­chaines mi­nutes que dure la pré­sen­ta­tion du long mé­trage, Rus­sell Brand est in­croya­ble­ment ar­ti­cu­lé, ex­tra­or­di­nai­re­ment in­tel­li­gent, char­meur et drôle, mé­lan­geant ha­bi­le­ment hu­mour et can­deur. Mais, de son propre aveu, il est aus­si beau­coup plus ma­lin qu’il n’y pa­raît. « Les pu­bli­cistes m’ont bien ap­pris » a-t-il sou­li­gné. « Si vous vous amu­sez à lire les trans­crip­tions, vous ver­rez que je n’ai rien dit de contro­ver­sé. »

Cette at­ti­tude n’est pas re­pré­sen­ta­tive du per­son­nage. En Grande-Bre­tagne, les scan­dales créés par Rus­sell Brand sont my­thiques. En 2008, par exemple, il a dû dé­mis­sion­ner de son émis­sion de ra­dio à la BBC après avoir fait des farces au té­lé­phone. En 2002, il avait été mis de­hors d’une autre sta­tion de ra­dio après avoir lu un ou­vrage por­no­gra­phique en ondes. Et que dire de cette fois, le 12 sep­tembre 2001, quand il était ar­ri­vé dans les stu­dios de MTV – qui l’avait promp­te­ment mis de­hors – ha­billé en Ous­sa­ma Ben La­den ?

MO­NO­GAME

Or, comme je l’ai dé­cou­vert plus tard cette jour­née-là, lors d’une en­tre­vue ex­clu­sive avec Rus­sell Brand dans la suite d’un hô­tel de Be­ver­ly Hills, l’hu­mo­riste de 35 ans en­tame une nou­velle vie de plus d’une fa­çon. « Au dé­but, j’étais constam­ment en train de pé­ter les plombs » a-t-il confié en par­lant de ses pre­mières ren­contres avec les mé­dias. « Mais on ap­prend. »

Et on gran­dit aus­si. Brand ne consomme plus et est mo­no­game, ayant épou­sé la pop star Ka­ty Per­ry l’an der­nier. Il a d’ailleurs avoué, sim­ple­ment : « Je suis plus heu­reux que je ne l’ai ja­mais été. »

Ce n’est donc pas une coïn­ci­dence si lui et Ar­thur – « gué­ri » par l’amour – vivent tous deux « des choses si­mi­laires » comme il l’a lui-même sou­li­gné. « On peut faire plu­sieurs com­pa­rai­sons [entre mon per­son­nage et moi]. Pour être to­ta­le­ment hon­nête, je suis pro­fon­dé­ment re­con­nais­sant d’avoir pu jouer ce rôle à ce mo­ment pré­cis de ma vie. Ar­thur est un film sur la ma­nière dont l’amour peut trans­for­mer quel­qu’un et sur le fait qu’il faut une femme pour faire un homme, bien sûr, c’est en fonc­tion des pré­fé­rences sexuelles, mais dans ce cas­ci, on parle d’un hé­té­ro­sexuel. Ce rôle est ar­ri­vé à un mo­ment où je ve­nais de tom­ber amou­reux, j’étais fian­cé, m’ap­prê­tais à me ma­rier et ma vie était en train de chan­ger. »

Ce­la si­gni­fie-t-il qu’on ne le ver­ra plus dans des rôles de dé­pra­vés après Ar­thur ? « Vous pour­riez bien avoir rai­son », a-t-il ré­pon­du. « Je crois que, à par­tir de main­te­nant, je vais in­car­ner des per­son­nages de bran­car­diers dans le Londres vic­to­rien ou des fonc­tion­naires an­glais contem­po­rains, ce qui se­ra une cas­sure très nette avec ma vie. De­puis que je suis amou­reux, mon exis­tence est ba­sée sur le par­te­na­riat, le res­pect et la mo­no­ga­mie. »

AL­DOUS SNOW

C’est quand il était en­core connu en An­gle­terre pour ses « ac­ti­vi­tés noc­turnes » de cou­reur de ju­pons qu’il a ren­con­tré Adam Sand­ler, qui l’a pré­sen­té à Judd Apa­tow. Le pro­duc­teur lui a en­suite créé le rôle d’Al­dous Snow sur me­sure dans Ou­blie

Sa­rah Mar­shall, sor­ti en 2008. « À cause de ma conduite et de ma

ma­nière de m’ha­biller, la pro­duc­tion a mo­di­fié le per­son­nage ori­gi­nal d’Al­dous Snow – même le nom fait pen­ser à un au­teur – pour en faire une star du rock. Ils ont ain­si ex­ploi­té sans ver­gogne mon pas­sé afin d’y in­clure des élé­ments bio­gra­phiques. Mais, comme dans n’im­porte quel film, il ne peut y avoir de grandes nuances en 90 mi­nutes. Al­dous Snow est une hy­per sim­pli­fi­ca­tion de ma na­ture hé­do­niste. Et je pense qu’Ar­thur est une es­pèce de cé­lé­bra­tion de l’in­no­cence, de l’émer­veille­ment et de l’exu­bé­rance en­fan­tine que je res­sens de­puis que je suis amou­reux. »

UNE NOU­NOU

Cette nou­velle ver­sion d’Ar­thur, en salle le ven­dre­di 8 avril, suit la trame de l’ori­gi­nal. Ado­les­cent at­tar­dé, Ar­thur s’ap­prête à épou­ser une hé­ri­tière (Jen­ni­fer Gar­ner) afin de tou­cher son hé­ri­tage. Mais ses pro­jets se­ront bou­le­ver­sés quand il ren­con­tre­ra et tom­be­ra amou­reux d’une ro­tu­rière new-yor­kaise (Gre­ta Ger­wig).

Dans le monde d’Ar­thur, cer­taines cho- ses ont évo­lué en 30 ans. Tout d’abord, l’al­coo­lisme du per­son­nage prin­ci­pal est mon­tré avec une grande sin­cé­ri­té. En­suite, son va­let, Hob­son, est de­ve­nu... une nou­nou (He­len Mir­ren re­prend le rôle te­nu avant elle par Sir John Giel­gud). Pour Rus­sell Brand, c’est le chan­ge­ment de sexe du per­son­nage se­con­daire qui l’a in­ci­té à ten­ter cette aven­ture.

Ayant gran­di en Grande-Bre­tagne, quelles étaient ses im­pres­sions d’He­len Mir­ren avant de tour­ner avec elle ? « Elle a une classe in­croyable et, en même temps, on voit ses seins. C’est comme d’éprou­ver des sen­ti­ments pour sa pro­fes­seure. Elle est plus âgée et elle est sexy. Pour moi, cet at­trait a été gran­de­ment exa­cer­bé quand elle a in­car­né la reine d’An­gle­terre. Quel plus grand fruit dé­fen­du peut-il y avoir que Sa Ma­jes­té, le mo­narque, le re­pré­sen­tant de Dieu sur Terre ? Tout à coup, de la trou­ver sexuel­le­ment at­ti­rante est de­ve­nu un élé­ment in­té­res­sant. Donc pour moi, la dé­ci­sion de tour­ner dans ce film est ve­nue du fait que Hob­son a été fé­mi­ni­sé et que c’est He­len Mir­ren qui a été choi­sie... Elle a une telle au­to­ri­té et une telle sen­si­bi­li­té. »

Dans le même temps, Brand ne vou­lait pas al­té­rer Ar­thur au point qu’il perde son in­no­cence ro­ma­nesque. Quand je lui ex­plique, qu’en 2011, un hé­ri­tier mal éle­vé fi­ni­rait dans une émis­sion de té­lé­réa­li­té, le re­gard que porte Rus­sell Brand sur la culture po­pu­laire de­vient évident.

« Je ne vou­lais pas confé­rer au per­son­nage cet as­pect tran­si­toire et su­per­fi­ciel des cé­lé­bri­tés ac­tuelles, ça manque de classe. Ar­thur est un aris­to­crate. C’est un prince, et il était im­por­tant pour moi qu’il ne soit pas pré­sen­té comme une ve­dette de TMZ. Je ne vou­lais ab­so­lu­ment pas qu’il évo­lue dans le star-sys­tème ac­tuel. »

BOUILLON­NE­MENT DE NÉANT

Pas plus le pre­mier Ar­thur que Dud­ley Moore n’ont ja­mais eu à com­po­ser avec ces ques­tion­ne­ments. Il y a 30 ans, les ve­dettes n’étaient pas sous la loupe des mé­dias comme au­jourd’hui. «Ima­gi­nez ce qu’ils ont pu faire», s’est ex­cla­mé Rus­sell Brand en je­tant un re­gard sur les col­lines de Hol­ly­wood à tra­vers la fe­nêtre. « Re­gar­dez ce qu’il a fal­lu à Fat­ty Arbuckle pour gé­né­rer un scan­dale [NDLR : en 1921, l’ac­teur a été ac­cu­sé d’avoir vio­lé et tué la star­lette Vir­gi­nia Rappe]. Dieu seul sait com­bien de ca­davres sont en­ter­rés ici».

Et il a pour­sui­vi en qua­li­fiant la culture po­pu­laire ac­tuelle de « grand bouillon­ne­ment de néant. »

Avec Ar­thur en salle ven­dre­di pro­chain, Rus­sell Brand n’a pas en­core dé­ter­mi­né quel se­rait son pro­chain pro­jet. Les ru­meurs veulent qu’il soit de

Rock of Ages, une co­mé­die mu­si­cale avec Tom Cruise. « Nous al­lons es­sayer de voir si ça marche, je n’en suis pas en­core sûr », a-t-il ré­vé­lé.

Mais ses hé­si­ta­tions ne viennent ni du chèque de paye, ni de l’im­por­tance de son rôle. « Il faut que je sois avec ma femme. Si nous n’ar­ri­vons pas à éta­blir un ca­len­drier de pro­duc­tion qui me convienne, je n’ac­cep­te­rais pas ».

He­len Mir­ren

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