DE L’AVE­NIR POUR LES SOUS-TITRES ?

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@journalmtl.com

Il y a plus de 60 ans, quand la té­lé a com­men­cé dans les pays scan­di­naves, en par­ti­cu­lier aux Pays-Bas, les bud­gets de pro­duc­tion et d’achat étaient si mo­destes qu’il n’était pas ques­tion de dou­bler les sé­ries étran­gères dans la langue du pays. Tout au plus se conten­tait-on de les dif­fu­ser avec des sous-titres. Dans la fou­lée, presque toutes les sé­ries étran­gères étant amé­ri­caines, les Scan­di­naves et sur­tout les Hol­lan­dais ont ap­pris l’an­glais, car les sous-titres consti­tuaient un moyen as­sez ra­pide d’ap­prendre une autre langue et de se fa­mi­lia­ri­ser avec l’ac­cent.

Le nombre de té­lé­spec­ta­teurs aug­men­tant, les bud­gets sont de­ve­nus plus « confor­tables » et les sé­ries dou­blées dans la langue du pays ont pris le pas sur les sé­ries sous-ti­trées, d’au­tant plus que sur des écrans de 14 à 24 po avec des images qui n’étaient pas très pré­cises, les sous-titres n’étaient pas évi­dents à lire. Avec la té­lé HD et les grands écrans que nous avons au­jourd’hui, la si­tua­tion est en train de chan­ger com­plè­te­ment.

FAIRE CONFIANCE AUX SPEC­TA­TEURS

Il n’y a pas si long­temps, ja­mais les té­lé­spec­ta­teurs bri­tan­niques n’au­raient ac­cep­té de re­gar­der une sé­rie dra­ma­tique sous-ti­trée. L’ar­ri­vée de la té­lé nu­mé­rique est en voie de chan­ger cette dy­na­mique. À la chaîne BBC4, une sé­rie da­noise, Killing, a réuni, mal­gré les sous-titres, plus d’un de­mi-mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs à chaque dif­fu­sion. C’est mieux que n’avait réus­si la po­pu­laire sé­rie Mad Men, pré­sen­tée en amé­ri­cain, donc sans sous-titres.

Contrai­re­ment aux Bri­tan­niques, les Amé­ri­cains ne font pas confiance à leurs spec­ta­teurs. Quand ils trouvent à l’étran­ger un bon film ou une bonne sé­rie, ils s’em­pressent d’en ache­ter les droits et d’en faire un re­make. De­main, AMCTV pré­sen­te­ra les deux pre­mières heures du

re­make de Killing, dont l’une des ve­dettes est l’ac­trice ca­na­dienne Kris­tine Leh­man, qui a joué dans The X-File et dans Drive.

UNE OC­CA­SION POUR NOS SÉ­RIES

BBC4 est l’une des pre­mières chaînes d’im­por­tance avec ARTE à faire as­sez confiance à ses spec­ta­teurs pour pré­sen­ter des sé­ries dra­ma­tiques sous-ti­trées. Elle a ten­té une pre­mière ex­pé­rience en 2006 avec En­gre­nages, sé­rie po­li­cière fran­çaise pro­duite par Son & Lu­mière, so­cié­té di­ri­gée par Alain Clert avec qui j’ai eu le plai­sir de tra­vailler en France. Les cotes d’écoute pour ce pre­mier es­sai ont été de 200 000 en moyenne, ce qui est loin d’être né­gli­geable.

Par la suite, BBC4 a pré­sen­té deux mi­ni­sé­ries al­le­mandes en langue ori­gi­nale :

Hei­mat, une tri­lo­gie qui est une es­pèce de chronique de la vie en Al­le­magne de 1919 à la chute du mur de Ber­lin, puis Das

Boot, l’ex­tra­or­di­naire film de Wolf­gang Petersen dans sa ver­sion té­lé­vi­sion.

L’heu­reuse ini­tia­tive de BBC4 ouvre des ho­ri­zons in­té­res­sants pour toutes les sé­ries qui sortent de l’or­di­naire, comme Mi

nuit le soir par exemple. Sous-ti­trée dans une autre langue, une sé­rie ori­gi­nale peut être dif­fu­sée à peu de frais et at­teindre une au­dience sub­stan­tielle. Plus les écrans de té­lé se­ront grands, plus les spec­ta­teurs s’ac­com­mo­de­ront de sous-titres. Tout comme on s’en ac­com­mode très bien dans les salles de ci­né­ma.

Un dé­bou­ché de plus pour nos sé­ries les plus re­mar­quables.

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