Ex­tra­or­di­naire

Après neuf an­nées d’at­tente, l’Amé­ri­caine Jean M. Auel offre en­fin à ses lec­teurs le sixième et der­nier tome de la for­mi­dable sa­ga des En­fants de la Terre, Le Pays des grottes sa­crées.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-France Bor­nais

Le lan­ce­ment mon­dial, or­ches­tré plus tôt cette se­maine, a per­mis de rendre l’ou­vrage dis­po­nible, si­mul­ta­né­ment, dans 18 pays du monde. Il s’agit d’un évé­ne­ment ma­jeur du monde de l’édi­tion, le lan­ce­ment s’étant dé­rou­lé au Mu­seum d’histoire na­tu­relle de New York.

Le Pays des grottes sa­crées pour­suit l’histoire d’Ay­la, la pe­tite Cro-Ma­gnon re­cueillie par une tri­bu Néan­der­tal, de son amou­reux, Jon­da­lar, et de leur pe­tite fille Jo­nay­la. Grâce à la plume ha­bile de Jean M. Auel, les lec­teurs font un for­mi­dable voyage dans le temps pour se re­trou­ver par­mi les Eu­ro­péens de l’Ère de Glace.

Cette fois, Ay­la doit trou­ver un équi­libre entre sa vie fa­mi­liale et les nom­breuses res­pon­sa­bi­li­tés qui lui in­combent pen­dant son ap­pren­tis­sage de fu­ture Ze­lan­da­ni. C’est elle qui de­vien­dra leader spi­ri­tuel et gué­ris­seuse du clan de la Neu­vième Ca­verne, le clan de Jon­da­lar.

Écrire le sixième tome de la sé­rie re­pré­sen­tait tout un dé­fi pour l’écri­vaine, qui a com­men­cé la sa­ga il y a 34 ans, après avoir ob­te­nu son di­plôme de maî­trise en ad­mi­nis­tra­tion des af­faires.

« Je vou­lais que ce sixième tome soit plus court... ce qu’il n’est pas! » s’ex­clame-t-elle en riant, au cours d’un en­tre­tien té­lé­pho­nique. « En fait, j’avais sim­ple­ment en­vie d’écrire cette histoire. Chaque livre avait son propre dé­fi », sou­tient-elle.

GROTTES OR­NÉES

Jean M. Auel sou­hai­tait ex­plo­rer le thème des grottes or­nées qu’elle a eu le bon­heur de vi­si­ter, en France.

« Je les ai vues. J’ai été sub­ju­guée, dans cer­tains cas. J’avais en­vie de par­ta­ger ce que j’avais res­sen­ti et toute leur ma­gie avec mes lec­teurs. Ce sont des es­paces ex­tra­or­di­naires. Voir ces pein­tures ru­pestres, ce n’est pas comme re­gar­der une toile sur une sur­face plane. Ceux qui les ont faites ont te­nu compte des as­pé­ri­tés de la grotte, des creux et des bosses des murs, pour don­ner de la di­men­sion aux ani­maux re­pré­sen­tés. Il y règne une am­biance très spé­ciale. J’ai vi­si­té chaque grotte dont je fais men­tion, sauf la plus pe­tite. »

Sa pre­mière vi­site dans une grotte or­née s’est faite juste après l’écri­ture du tout pre­mier tome. « C’était à Las­caux. J’avais lu tout ce que j’avais pu trou­ver sur Las­caux. Je croyais avoir tout com­pris. Mais quand j’ai mar­ché moi-même dans la ca­verne, en sur­veillant où je me met­tais les pieds, et que j’ai le­vé les yeux sur une fresque, j’ai ar­rê­té de res­pi­rer pen­dant un mo­ment. J’en avais les larmes aux yeux. C’était ex­tra­or­di­naire », ra­conte-t-elle avec émo­tion. « À un mo­ment, les guides nous ont fait éteindre nos lampes et quel­qu’un a cra­qué une al­lu­mette. Le va­cille­ment de la flamme nous donne l’im­pres­sion que les oeuvres se mettent à bou­ger parce que la lu­mière joue avec les ombres créées par les creux et les bosses. Ils sa­vaient exac­te­ment ce qu’ils fai­saient, à l’époque. » Jean M. Auel trouve fas­ci­nant que nos loin­tains an­cêtres aient in­ven­té l’art. « Quand j’en­tends quel­qu’un dire qu’il faut ar­rê­ter d’en­sei­gner l’art et la mu­sique à l’école, je n’en re­viens pas. L’art, c’est ce qui nous dé­fi­nit, c’est ce que nous sommes! »

SCIENCE OU FIC­TION?

De­puis le dé­but de la sa­ga, Jean M. Auel a fait preuve d’une grande ri­gueur scien­ti­fique dans l’écri­ture de ses livres, qui sont mi­nu­tieu­se­ment do­cu­men­tés, foi­sonnent de dé­tails et sont ba­sés sur des dé­cou­vertes archéologiques et pa­léoan­thro­po­lo­giques réelles. Mais elle in­siste: c’est une oeuvre de fic­tion. « C’est de la créa­tion. Per­sonne ne s’est ja­mais ap­pe­lé Ay­la, ni Jon­da­lar. C’est sor­ti de mon ima­gi­naire. Mais pour fon­der les bases, on peut s’ap­puyer sur la science et les scien­ti­fiques savent bien que je n’ai pas ti­ré toutes mes in­for­ma­tions des nues. La plu­part des faits que je dé­cris ont une part de vé­ri­té. Et pour moi, comme ro­man­cière, c’est tout ce qui compte. Pas be­soin que ce soit vrai à 100%. » À 75 ans, l’écri­vaine à suc­cès n’a pas du tout l’in­ten­tion de prendre sa re­traite. « Je n’ai pas vrai­ment en­core mis mes per­son­nages de cô­té. J’en parle en­core. Mais j’ai beau­coup d’autres idées. Je vou­drais bien prendre un temps d’ar­rêt et me re­po­ser mais le pro­blème, c’est que j’ai dé­jà en tête le pre­mier pa­ra­graphe d’un autre pro­jet. On ver­ra. Tant que je se­rai ca­pable d’écrire, je vais le faire. Je ne sais pas en­core com­bien de temps il me reste, mais tant que j’en se­rai ca­pable, j’écri­rai. » Plus de 30 ans et un suc­cès pla­né­taire plus tard, Jean M. Auel est heu­reuse d’avoir quit­té un em­ploi qui ne la sa­tis­fai­sait pas, et où elle ne se sen­tait pas sou­te­nue par son pa­tron. « J’étais tel­le­ment en co­lère contre lui que c’est une des rai­sons pour les­quelles je suis par­tie. Mais pour vous dire fran­che­ment, si je le re­voyais au­jourd’hui, il fe­rait mieux de prendre ses jambes à son cou parce que je l’em­bras­se­rais! » La couverture du lan­ce­ment mon­dial du sixième tome de la sa­ga les en­fants de la terre de Jean M. Auel s’est faite en col­la­bo­ra­tion avec in­ter­fo­rum ca­na­da.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.