Re­tour en 1969

Frisson des Col­lines

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE -

(CB) Re­cons­ti­tu­tion d’une époque où tout sem­blait per­mis au­tant que ré­cit au­to­bio­gra­phique, Frisson des Col­lines marque le re­tour au Qué­bec d’un ci­néaste qui a pas­sé les der­nières an­nées à tour­ner des films en an­glais.

Après nous avoir of­fert Le der­nier cha­pitre, Ri­chard Roy a pas­sé les 10 der­nières an­nées à tour­ner des films pour les té­lé­vi­sions ca­na­dienne et eu­ro­péenne. Mais c’est en fran­çais qu’il te­nait à réa­li­ser

Frisson des Col­lines, un pro­jet qu’il ché­ris­sait de­puis une di­zaine d’an­nées.

« Je l’ai res­sor­ti il y a deux ou trois ans. Même s’il y a eu d’autres films sur cette époque im­pli­quant des en­fants, la pro­po­si­tion que je fai­sais était tel­le­ment dif­fé­rente des autres qu’il n’y a pas eu de pro­blème avec les ins­ti­tu­tions », dit Roy.

Le scé­na­rio nous trans­porte à l’été 1969, une pé­riode qui s’avé­re­ra char­nière pour Frisson des Col­lines, un ga­min de 12 ans du pe­tit village de Sainte-Agasse qui rêve d’al­ler voir Ji­mi Hen­drix à Wood­stock.

Mais son père meurt tra­gi­que­ment et, pen­dant que sa mère vit pé­ni­ble­ment son deuil, Frisson fait tout en son pos­sible pour se rendre à Wood­stock et tente de convaincre son ami, le mo­tard Tom Fau­cher, de l’y ame­ner.

En at­ten­dant, il passe le temps en es­pion­nant la maî­tresse d’école Hé­lène Pa­ra­dis, dont il rêve en se­cret, et en fai­sant les 400 coups avec son pote Thi­bault.

FAITS RÉELS

Ori­gi­naire de Saint-Aga­pit, près de Qué­bec, Ri­chard Roy avoue que son histoire est très for­te­ment ins­pi­rée d’évé­ne­ments sur­ve­nus dans son en­fance.

« Que fait-on pour trom­per l’en­nui dans un pe­tit village où il n’y a rien à faire? Je me suis dit que ce se­rait bien de faire un film là-des­sus à par­tir de faits réels. [...] Ce n’est pas tou­jours tout vrai ce qui se pro­duit dans le film; je n’ai pas vo­lé de banque ni de voi­ture comme les jeunes dans le film », ri­gole le ci­néaste.

« Frisson, note-t-il, est un pe­tit gars qui ne peut rien avoir de ce qu’il dé­sire. Il veut al­ler à Wood­stock, il ne peut pas. Il veut jouer de la gui­tare comme Hen­drix; évi­dem­ment, ça ne se peut pas. Il ne vou­drait pas que son père soit mort. Il trouve que c’est in­juste. Même son ami Thi­beault va le tra­hir. La seule chose qu’il pour­rait avoir, la pe­tite Chan­tale, il ne la veut pas. »

Mal­gré tous ces re­vers de for­tune, Frisson ne se laisse pas abattre, un trait de ca­rac­tère qu’il par­tage avec le ci­néaste.

« Je me suis bat­tu toute ma vie. Je suis sor­ti de mon pe­tit village et, contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait pen­ser, vu que je pré­sente un por­trait as­sez heu­reux de la fa­mille au dé­but du film, ce n’est pas tout à fait comme ce­la que ça s’est pas­sé dans la mienne. »

DE HEN­DRIX AUX BRAS­SIÈRES PUSH-UP

Outre de re­la­ter des pans de sa jeu­nesse,

Frisson des Col­lines était sur­tout pour Ri­chard Roy l’oc­ca­sion de se re­plon­ger dans les an­nées 60.

« C’est une époque ma­jeure, cru­ciale. Il y a beau­coup de choses qui se pas­saient. Il y avait une es­pèce de vent de fo­lie. Les gens pen­saient qu’ils al­laient chan­ger le monde, ce n’est pas rien. »

Pour rendre l’es­prit de l’époque, Roy n’a presque rien ou­blié. On en­tend des suc­cès de Hen­drix, de Step­pen­wolf et aus­si des HouLops et des Bel Can­to, on y voit Neil Arm­strong mar­cher sur la Lune et les gars boire de la Mol­son dans des bou­teilles au pe­tit gou­lot.

« C’est en 1969, s’en­flamme-t-il, qu’il y a eu le pre­mier Boeing, le pre­mier or­di­na­teur, le pre­mier gui­chet au­to­ma­tique, John Len­non qui chan­tait Re­vo­lu­tion, Hen­drix qui dé­trui­sait l’hymne na­tio­nal amé­ri­cain à Wood­stock, les

muscle cars, les bras­sières push-up. » Les ar­ti­sans ont pris un soin mé­ti­cu­leux à res­pec­ter l’époque. Par exemple, la Har­ley Da­vid­son que che­vauche le per­son­nage de Tom Fau­cher est une 1966. Les lignes jaunes de la chaus­sée ont même été re­peintes en blanc.

Le réa­li­sa­teur dit même avoir dû se battre contre la mo­der­ni­sa­tion d’un coin de rue à Saint-Her­mas, l’un des vil­lages du nord de Montréal qui a ac­cueilli l’équipe de Frisson, l’été der­nier.

CO­MÉ­DIENS EM­BAL­LÉS

À l’ex­cep­tion du jeune An­toine Oli­vier Pi­lon, qui fait sa pre­mière ap­pa­ri­tion à l’écran, Ri­chard Roy n’a pas eu re­cours aux au­di­tions pour ras­sem­bler l’im­pres­sion­nante bro­chette de co­mé­diens qui forment la dis­tri­bu­tion de Frisson des Col­lines. Un seul coup de fil a été né­ces­saire pour convaincre les Guillaume Le­may-Thi­vierge, An­toine Ber­trand, Anick Le­may, Éve­lyne Bro­chu, Pa­trice Ro­bi­taille et com­pa­gnie.

« Tous les co­mé­diens, et j’en suis fort heu­reux, ont ac­cep­té spon­ta­né­ment. Tout le monde a ai­mé le scé­na­rio et, sur le pla­teau, tous avaient du plai­sir à être là. »

√ Frisson des Col­lines se­ra à l’af­fiche dans les ci­né­mas à comp­ter du ven­dre­di 15 avril.

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