Soif de li­ber­té

Sans le sa­voir, le réa­li­sa­teur Ri­chard Roy a per­mis à Guillaume Le­may-Thi­vierge de se glis­ser dans la peau d’un per­son­nage res­sem­blant à son propre père du­rant le tour­nage de Fris­son des Col­lines.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CI­NÉ­MA - Cé­dric Bé­lan­ger CE­DRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Que ce soit par son ap­par­te­nance au mou­ve­ment hip­pie ou par son ap­pa­rence phy­sique, le per­son­nage de Tom Fau­cher pré­sente de nom­breuses si­mi­li­tudes avec Fran­çois Thi­vierge, a consta­té son fils Guillaume.

« Quand j’ai cher­ché une photo de moi jeune pour les be­soins du film, j’en ai trou­vé une de mon père qui me res­sem­blait comme deux gouttes d’eau. Je me suis dit que je jouais la vie de mon père », s’est amu­sé le co­mé­dien.

Idéa­liste et sans at­tache, Tom Fau­cher est un mo­tard peace & love qui veut chan­ger le monde, vit dans une rou­lotte et en­tend pro­fi­ter de l’été 1969 pour se rendre à Wood­stock.

Jouant le rôle de grand frère au­près de Fris­son, il tombe amou­reux d’Hé­lène Pa­ra­dis, une maî­tresse d’école nou­vel­le­ment ar­ri­vée au vil­lage, ce qui nous fait dé­cou­vrir une nou­velle si­mi­li­tude avec les pa­rents de Guillaume.

« C’est la pre­mière fois que je le dis parce que je le réa­lise au mo­ment où je te parle. Mon père, alors qu’il était très hip­pie, est tom­bé amou­reux d’une maî­tresse d’école qui était straight. Elle et lui ont for­mé un couple qui se com­plé­tait très bien. Je pense que mes pa­rents vont po­gner de quoi en voyant le film », lance un Guillaume Le­mayT­hi­vierge ren­ver­sé par cette découverte.

DES TRAITS DE TOM

Né en 1976, le co­mé­dien ne connaît des an­nées 60 que les his­toires que lui ont ra­con­tées ses pa­rents. Ça ne l’em­pêche pas de croire qu’il y a un Tom Fau­cher qui som­meille en lui.

« Je pense que je lui au­rais res­sem­blé beau­coup si j’avais vé­cu ma jeu­nesse à cette époque. Je ne suis pas très hip­pie dans la vie. J’ai de la dif­fi­cul­té avec le cô­té com­mune, le par­tage, je suis un peu plus dans ma bulle. Ce­pen­dant, le cô­té bon vi­vant, on re­çoit des gens, j’ai la pleine li­ber­té de vivre et d’al­ler où je veux et quand je le veux, j’ai ça en moi. Je trouve ça ma­gique. Par­tir sur un now­here fait par­tie des choses qui me font le plus de bien dans ma vie », ana­lyse Le­may-Thi­vierge, qui croit que, mal­gré ses ap­pa­rences bo­hèmes, son Tom est une per­sonne res­pon­sable.

« Même s’il est en quête de li­ber­té et a be­soin de par­tir, son cô­té res­pon­sable l’em­pêche de fuir. On sent qu’il s’est oc­cu­pé de son père. Il ne s’est ja­mais sau­vé même s’il a trou­vé ça dif­fi­cile. Sa conscience so­ciale des hu­mains qui l’en­tourent l’in­ter­pelle plus que son be­soin de fuir. J’ai l’im­pres­sion que cette phi­lo­so­phie lui donne un cer­tain at­ta­che­ment. On se dit qu’il pour­rait faire un bout avec la maî­tresse d’école même avec sa phi­lo­so­phie très bo­hème. On sent qu’il pour­rait s’ins­tal­ler et faire des en­fants. Dans sa rou­lotte peut-être, mais en agis­sant de fa­çon res­pon­sable. »

GUILLAUME ET LES CRI­TIQUES

Guillaume Le­may-Thi­vierge a fait par­tie, en 2010, de la dis­tri­bu­tion de deux films,

Fi­lière 13 et Le poil de la bête, ayant su­bi les foudres des cri­tiques de ci­né­ma. Le co­mé­dien s’en était d’ailleurs plaint pu­bli­que­ment. Il avait af­fir­mé que les cri­tiques né­ga- tives nui­saient à l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique qué­bé­coise, une sor­tie qui avait fait grand bruit. À la veille de la sor­tie de Fris­son des Col­li

nes, il as­sure qu’il n’est pas an­gois­sé face au ju­ge­ment que les mé­dias por­te­ront sur le long-mé­trage.

« Je suis sur mes gardes pour ne pas me lais­ser abattre. Je me sens très pro­tec­teur. Une des choses que je dis à mes col­lègues, c’est : ok, les amis, on a fait notre job, on est contents, on ne s’en fait pas. Des gens peuvent ne pas ap­pré­cier ce qu’on a fait comme tra­vail, mais ce n’était pas ça le but pre­mier. Ce n’était pas d’im­pres­sion­ner ni de faire croire que le film est bon pour les cri­tiques, c’est de trans­por­ter le spec­ta­teur moyen dans une his­toire », confie le co­mé­dien, qui fait ap­pel à la « conscience pro­fes­sion­nelle » des cri­tiques.

« Cer­tains cri­tiques vont jus­qu’à de­man­der : pour­quoi a-t-on don­né de l’ar­gent pour tour­ner ce film? Alors qu’on sait très bien que faire un bon ou un mau­vais film de­mande le même achar­ne­ment, le même tra­vail. Le sou­ci de faire un film de qua­li­té est le même. On se trompe, par exemple. Mais on ne le sait pas tou­jours au mo­ment où on le tourne. Ce qui est plate, c’est que lors­qu’on se trompe, on dit aux gens de ne pas al­ler le voir. À mon avis, c’est une er­reur. »

PHOTO COUR­TOI­SIE

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