La reine des fris­sons

La règle d’or des films de peur est la sui­vante : rien ni per­sonne n’est ja­mais vrai­ment mort ni en­ter­ré. C’est le cas pour Hal­lo­ween, Ven­dre­di 13 et Les griffes de la nuit. C’est aus­si le cas pour Fris­sons, l’une des fran­chises d’hor­reur les plus lu­cra­ti

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Ke­vin William­son

La seule per­sonne qui semble ne pas en avoir été consciente est Neve Camp­bell. « Je me sou­viens à l’époque (après Fris­sons 3) avoir ju­ré aux jour­na­listes que c’était le der­nier. »

Évi­dem­ment, quand les stu­dios l’ont ap­pro­chée pour lui de­man­der de re­prendre son rôle de Sid­ney Pres­cott, hé­roïne in­cre­vable et tourmentée, elle a hé­si­té. « J’ai vrai­ment dû être convain­cue, dit-elle. J’étais in­dé­cise. »

Après tout, elle croit tou­jours, une dé­cen­nie plus tard, que la fran­chise (qui a ins­pi­ré de nom­breux longs mé­trages, dont Le pacte du si­lence) a vé­cu. « À l’époque, une autre suite ne me pa­rais­sait pas in­té­res­sante. Nous avions dé­jà tour­né trois films l’un après l’autre et je trou­vais qu’un qua­trième se­rait de trop. »

Elle s’est lais­sée per­sua­der de re­ve­nir, pas juste à cause de l’in­trigue riche en re­bon­dis­se­ments de Fris­sons 4 ni de son hu­mour, mais parce que ses amis et sa fa­mille lui ont ré­pé­té qu’une suite ra­vi­rait les fans. « Le pu­blic sem­blait vrai­ment nos­tal­gique », dit-elle.

En fin de compte, elle re­trouve ses col­lègues (et sur­vi­vants) Cour­te­ney Cox et Da­vid Ar­quette, de même que Wes Cra­ven, réa­li­sa­teur lé­gen­daire, qui à l’âge de 71 ans est tou­jours « aus­si al­lu­mé ». C’est l’im­pli­ca­tion de tout ce beau monde qui donne à ce der­nier Fris­sons des re­lents d’une époque au­jourd’hui ré­vo­lue, quand les films d’hor­reur n’étaient ni re­faits, ni re­cy­clés... et qu’ils étaient sim­ple­ment nu­mé­ro­tés l’un à la suite de l’autre.

JEUNES AC­TEURS

Par ailleurs, cette suite, qui a pris l’af­fiche hier, met en ve­dette un cer­tain nombre de jeunes ac­teurs dont Em­ma Ro­berts, Hay­den Pa­net­tiere, Ro­ry Cul­kin, An­na Pa­quin, Kris­ten Bell, Mar­ley Shel­ton, Ali­son Brie et Adam Bro­dy.

À 37 ans, Neve Camp­bell est très consciente de la jeu­nesse de ses co­ve­dettes (Em­ma Ro­berts a tout juste 20 ans) : « Ces ga­mins avaient cinq ans quand le pre­mier Fris­sons est sor­ti. J’es­père de tout mon coeur que leurs pa­rents ne les ont pas lais­sés le re­gar­der à l’époque. »

Fris­sons a re­dé­fi­ni les règles du genre en dé­cons­trui­sant (tout en ho­no­rant) sys­té­ma­ti­que­ment les cli­chés ha­bi­tuels qu’on trouve dans les films de peur. Car les ado­les­cents qui se fai­saient frap­per et dé­cou­per par un tueur mas­qué se com­por­taient tous comme s’ils étaient cons­cients d’être fil­més. Et, si la ver­sion de 1996 d’adres­sait aux ma­niaques de films, Fris­sons 4 se mo­der­nise, abor­dant des su­jets tels que la cé­lé­bri­té, les mé­dias sociaux et le ve­det­ta­riat ins­tan­ta­né.

« Ce que j’aime de ces films, c’est qu’ils n’in­cluent pas que des clins d’oeil à la fran­chise, on y aus­si trouve des al­lu­sions à la culture po­pu­laire contem­po­raine, ex­plique Camp­bell. Au­jourd’hui, tout tourne au­tour de la té­lé­réa­li­té, de so­lu­tions ra­pides, de faire for­tune vite et du suc­cès en cinq mi­nutes. Mais cette gé­né­ra­tion com­mu­nique d’une ma­nière to­ta­le­ment dif­fé­rente de la nôtre, ce qui change les re­la­tions hu­maines. »

Fris­sons 4 n’est pas un por­trait flat­teur des jeunes d’au­jourd’hui. Si l’on

pou­vait dire des ados de l’ori­gi­nal que leur pro­blème était d’avoir vu trop de films, ceux de ce qua­trième opus sont de vé­ri­tables Nar­cisse qui passent leur temps à s’en­voyer des mes­sages textes, à se bran­cher sur Twit­ter et à re­gar­der des vi­déos en ligne.

« Mal­heu­reu­se­ment, l’époque ac­tuelle est un peu si­nistre », dit l’ac­trice, sou­li­gnant que la tech­no­lo­gie n’a pas fait que mo­di­fier la ma­nière dont les jeunes in­ter­agissent, mais que ces der­niers ont gran­di dans des cir­cons­tances « dif­fi­ciles », des crises éco­no­miques, po­li­tiques et en­vi­ron­ne­men­tales ar­ri­vant tous les jours.

Neve Camp­bell est, bien sûr, par­fai­te­ment for­mée à cette culture du ve­det­ta­riat. Il suf­fit de se rap­pe­ler des cri­tiques qui avaient fu­sé l’an der­nier, quand elle avait été pho­to­gra­phiée en bi­ki­ni noir sur les plages d’Ha­waï. Elle n’avait pas hé­si­té à ré­tor­quer qu’elle était en par­faite san­té et qu’il y a avait des choses plus im­por­tantes dans la vie que son poids.

Cet épi­sode mis à part, elle a réus­si à main­te­nir un pro­fil plu­tôt bas de­puis les an­nées 1990 quand, en plus de Fris­sons, elle avait été la ve­dette de la po­pu­laire sé­rie té­lé La vie à cinq et qu’elle avait aus­si fait sen­sa­tion avec De­nise Ri­chards dans Ra­co­leuses.

Les films dans les­quels elle a joué de­puis (comme Clo­sing The Ring, The Com­pa­ny ou Quand m'ai­me­ra-t-on ?) ont été des pro­duc­tions à pe­tit bud­get, plus per­son­nelles. « Je ne sais pas si le fait de prendre du re­cul a été une dé­ci­sion consciente », dit-elle. « Je n’ai ja­mais choi­si d’être sous les feux des pro­jec­teurs. »

Elle a, par contre, pré­fé­ré quit­ter Los An­geles pour Londres, où elle mène une vie « plus ano­nyme » et où elle conti­nue d’ha­bi­ter de­puis son di­vorce d’avec son ma­ri, John Light, après trois ans de ma­riage.

Elle ex­plique que de ré­si­der à Los An­geles, où tout le monde qui vit là (en­fin, presque tout le monde) tra­vaille dans l'in­dus­trie du di­ver­tis­se­ment, l’a lais­sée froide.

« Mes in­fluences ne sont pas amé­ri­caines », dit celle qui est née à Guelph, en On­ta­rio, d’un père écos­sais et d’une mère néer­lan­daise. Ses choix pro­fes­sion­nels sont donc loin d’être ha­bi­tuels.

PRO­JETS

En plus de Fris­sons 4, elle s’ap­prête à se rendre en Inde pour tour­ner Sin­gu­la­ri­ty, drame his­to­rique met­tant en ve­dette Josh Hart­nett et réa­li­sé par Ro­land Joffe. « Il est un réa­li­sa­teur mer­veilleux qui se sou­cie des per­son­nages. Pour un ac­teur, c’est une vé­ri­table ra­re­té. »

Car, pour elle, la plu­part des réa­li­sa­teurs contem­po­rains sont « ob­sé­dés par les angles de ca­mé­ras, les plans et les ef­fets spé­ciaux, ce que je trouve plu­tôt dif­fi­cile à gé­rer. » Neve Camp­bell est aus­si im­pli­quée so­cia­le­ment. Elle fait du bé­né­vo­lat et sou­tient l’or­phe­li­nat de Bot­sha­bel­lo à Gau­teng, en Afrique du Sud.

De plus, l’an der­nier, elle a prê­té sa voix à Dir­ty Oil, un do­cu­men­taire contro­ver­sé sur l’ex­ploi­ta­tion des sables bitumineux de l’Al­ber­ta. Si elle sait que les ac­teurs qui s’en­gagent po­li­ti­que­ment s’ex­posent à des cri­tiques, elle ne se laisse pas dé­cou­ra­ger. « J’ai la chance de pou­voir m’ex­pri­mer » et, si le pu­blic n’est pas d’ac­cord, « je ne peux pas trop m’en faire », ré­pond-elle.

Neve Camp­bell re­prend son rôle de Sid­ney Pres­cott dans le qua­trième vo­let de Fris­sons.

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