ÉMOU­VANTE MA­RIE LA­BERGE

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ma­rie-France Bor­nais

Pour Ma­rie La­berge, c’est la ren­contre entre elle et son lec­teur qui im­porte pen­dant le Sa­lon du livre. La ro­man­cière a le plus grand res­pect pour cha­cun des lec­teurs qui pa­tientent dans une file d’at­tente pour la ren­con­trer.

« Des fois, on a un pe­tit deux, trois pieds entre le lec­teur et moi. Il y a un bruit fou. Il y a un monde fou. Il y a des bé­bés et toutes sortes d’af­faires au­tour. Et il y a une es­pèce de bulle qui se crée. Le temps qu’on se parle, il est à nous », par­tage-t-elle en en­tre­vue.

L’écri­vaine consi­dère que cette bulle a la même sorte d’in­ten­si­té que lors­qu’une per­sonne la lit. « Quand le lec­teur plonge son re­gard dans un livre, il va cher­cher quelque chose qui m’ap­par­tient et qui est très loin, et qui ré­veille quelque chose qui lui ap­par­tient et qui est très loin. Quand on se ren­contre, c’est comme si on avait eu une in­ti­mi­té beau­coup plus grande que celle qui nous est ac­cor­dée dans les faits. »

RES­TER ELLE-MÊME

Pour­tant, Ma­rie La­berge ne pense pas à son pu­blic lors­qu’elle écrit. « C’est un pro­ces­sus qui est ar­du, qui de­mande énor­mé­ment d’ef­forts et de constance. J’es­saie de ne ja­mais pen­ser au pu­blic quand j’écris. Ja­mais! Parce que c’est ma ga­ran­tie de li­ber­té. Je pense que ce que le pu­blic at­tend de moi, c’est que je sois moi. Et, pour être moi, il ne faut pas que je sois fla­gor­neuse pour ob­te­nir en­core de l’amour.

« C’est quelque chose qui m’est très im­por­tant, mais qui ne m’est pas dû et qui ne vient pas de quelque chose que je connais dans ma ma­nière d’écrire. C’est ar­ri­vé, ça peut ar­ri­ver en­core, mais ce n’est pas ga­ran­ti. Et je n’ai pas de re­cette pour ça. La seule chose que je sais qu’il faut que je fasse, et que mes lec­teurs vont ap­pré­cier, c’est de res­ter moi et d’al­ler au plus loin de ce que je ne sais même pas que je veux al­ler. »

Quand elle com­mence un livre, Ma­rie La­berge ne sait ja­mais jus­qu’où elle de­vra al­ler. Jus­qu’où son pe­tit « vi­le­bre­quin » − qui est sa plume − va l’ame­ner. Ni à quelle pro­fon­deur. « Ce que les gens me de­mandent, c’est sois toi. Va­sy! Plonge! Prends ton temps. Fais ce que t’as à faire. Nous autres, on veut le livre. On veut le livre que ça va don­ner. Il n’y a per­sonne qui a en­vie que je lui fasse une co­pie de quelque chose que j’ai dé­jà fait et qu’ils ont ai­mé. C’est très étrange parce qu’il faut s’af­fran­chir du pu­blic quand on écrit. Être très libre. Ne pas y pen­ser pour être à nou­veau avec le pu­blic. C’est comme s’il fal­lait se sé­pa­rer pour être en­semble. »

Lors­qu’elle ren­contre les en­fants dans les écoles, Ma­rie La­berge leur parle de cette li­ber­té, « pre­mier de­voir de tout ar­tiste, quel que soit son art ». « Je leur dis sou­vent : si vous vou­lez écrire pour être connu, ou pour qu’on vous aime, ou pour faire de l’ar­gent, choi­sis­sez autre chose. Parce qu’écrire, c’est une as­cèse qui n’est ja­mais ga­ran­tie d’une es­pè- ce de fête d’amour en re­tour. C’est une grande chance d’avoir un lec­to­rat qui nous aime et qui nous le dit. C’est quelque chose qui est in­com­men­su­rable. »

MA­NUS­CRIT TER­MI­NÉ

Pour par­ti­ci­per au Sa­lon in­ter­na­tio­nal du livre de Qué­bec, Ma­rie La­berge a cal­cu­lé son temps d’écri­ture et ter­mi­né un nou­veau ma­nus­crit. « J’ar­rive des États-Unis. Je vais y re­tour­ner et ter­mi­ner Mar­tha, que je ter­mine cette an­née. Il fal­lait que je fasse mon livre à l’abri de Mar­tha et de tout le monde. »

Et ce pro­chain ro­man, donc? « Ah, mon Dieu! Je ne peux rien en dire du tout. Pour l’ins­tant, ça se passe en­core entre moi et la pou­belle. Je conti­nue de tra­vailler, mais la sor­tie n’au­ra pas lieu avant deux ans. C’est long. Mais c’est le temps que ça prend. On ne

peut pas pré­ci­pi­ter ces choses-là. »

PAS­SION­NÉE DE PHO­TO

Lors­qu’elle n’est pas en pé­riode d’écri­ture, Ma­rie La­berge lit. Beau­coup. « J’adore les ro­mans po­li­ciers. Je lis des bio­gra­phies quel­que­fois, des ro­mans. Je lis des livres de cui­sine, sur­tout quand les pho­tos sont très belles. J’adore faire de la pho­to. Quand je vais dans des pays étran­gers, je vais tou­jours voir une ex­po­si­tion de pho­tos. »

Dans son re­fuge en bord de mer, au Mas­sa­chu­setts, l’écri­vaine garde son ap­pa­reil pho­to à por­tée de main. « Je n’ai ja­mais fi­ni un ro­man sans prendre une pho­to de ma table de tra­vail. Si vous al­lez sur mon site In­ter­net − ma­rie­la­berge.com − il y a des pho­tos de mes tables de tra­vail. Ce sont les trois pho­tos de la fin de chaque tome de la tri­lo­gie. »

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