RO­BERT LE­PAGE

EN RÉ­PÉ­TI­TION AVEC

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Ma­rie-Joëlle Parent

>CHA­PITRE DEUX DU RING À NEW YORK

NEW YORK | À une se­maine de la grande pre­mière du 2e opé­ra de la té­tra­lo­gie du Ring de Wa­gner, Ro­bert Le­page me re­çoit en pleine ré­pé­ti­tion au Met Ope­ra. Il lui reste un tra­vail co­los­sal, mais le met­teur en scène reste zen et trouve même le temps de s’échap­per pour dis­cu­ter au­tour d’un ca­fé de son grand re­tour à New York. Lun­di ma­tin, Ro­bert Le­page ar­rive d’un pas pres­sé dans la salle d’opé­ra. Son sac à dos de cuir sur le dos lui donne un air étu­diant. Toute la jour­née, il su­per­vi­se­ra les tran­si­tions de cette scène mo­bile de 45 tonnes qui a tant fait cou­ler d’encre dans les mé­dias de Go­tham.

L’ho­raire est char­gé. Il ne reste que quelques plages ho­raires pour ré­pé­ter. La pre­mière de Die Wal­kure ( La Wal­ky­rie) a lieu ven­dre­di pro­chain. Vers mi­di, on s’échappe au ca­fé du Lin­coln Cen­ter. Le­page se cache les yeux en tra­ver­sant la rue pour ne pas voir le temps ra­dieux qu’il fait.

De re­tour au Met de­puis le 14 mars pour les ré­pé­ti­tions, Le­page ha­bite un ap­par­te­ment non loin dans le Up­per West Side. Son em­ploi du temps consiste à al­ler et ve­nir entre ces deux lieux tout en ré­sis­tant aux nom­breuses ten­ta­tions de New York.

PLUS FA­CILE

L'or du Rhin, le pro­logue du cycle du Ring pré­sen­té en sep­tembre der­nier, a été bien re­çu par le pu­blic et la presse. Les billets pour le 2e opé­ra sont tous écou­lés et la ma­chine est mieux ro­dée. « Le tra­vail est plus fa­cile cette fois. Les re­prises ont été ex­tra­or­di­naires et sur­tout la dif­fu­sion HD (en salles de ci­né­ma) », dit-il.

Il y a quand même eu quelques cri­tiques, comme ce pa­pier dans le

New York Ob­ser­ver en mars der­nier qui taxait Le­page d’avoir pri­vi­lé­gié les gad­gets au dé­tri­ment du jeu d’ac­teurs et d’avoir in­ter­pré­té Le Ring avec des yeux d’en­fants.

As­sis de­vant un ca­fé noir et un bis­cot­ti, la re­marque le fait sou­rire. « Il me re­proche d’être en­core trop en­fant. Moi je trouve que c’est jus­te­ment ce qui manque, c’est la rai­son pour­quoi les théâtres se vident. Il faut se ré­con­ci­lier avec le pu­blic et, de ce cô­té, l’opé­ra a un gros ef­fort à faire. Rares sont les mises en scène où les gens ap­prouvent au dé­part. Je m’y at­ten­dais. Ce n’est pas de la na­ture de ce qui s’en vient qui est plus adulte », pour­suit-il.

CLIN­TON ET COM­PA­GNIE

Le­page a l’ha­bi­tude des pro­jets am­bi­tieux et jus­qu’en sep­tembre der­nier, il ne s’était pas lais­sé en­va­hir par la pres­sion. Le Met ou­vrait la sai­son avec sa pre­mière re­prise du

Ring en 26 ans, un pro­jet es­ti­mé à 16 M$.

C’est le soir de la pre­mière par contre que Le­page en a réa­li­sé l’am­pleur. « À New York, le mi­lieu, c’est quelque chose. Le soir de la pre­mière, les Clin­ton, Hen­ry Kis­sin­ger, Bar­ba­ra Wal­ter, les ve­dettes d’Hol­ly­wood et le pou­voir amé­ri­cain étaient là. Levine (le chef d’or­chestre) a com­men­cé en jouant l’hymne na­tio­nal et tout le monde avait la main sur le coeur. Tu te rends compte à ce mo­ment où tu es et ce que ça veut dire pour eux. L’opé­ra est un point de conver­gence ici. »

Le­page, 53 ans, mène tou­jours plu­sieurs pro­jets de front. Il a l’ha­bi­tude de ce train de vie, mais avec les an­nées, son en­vie de se re­ti­rer dans sa cam­pagne se fait de plus en plus sen­tir.

Il a une mai­son sur le bord de l’eau, non loin du village hu­ron de Wen­dake près de Qué­bec. Il s’y évade les week-ends pour être moins « pri­son­nier de la Grosse Pomme ».

« Je suis ca­pable d’en prendre, mais c’est sûr qu’en vieillis­sant je com­mence à avoir en­vie d’avoir plus de temps. Ce n’est pas que je m’en viens pé­père, mais j’aime avoir nos réunions de pro­duc­tion chez nous dans mon sa­lon. J’ai en­core la ca­serne, mais j’ai en­vie d’avoir ma gang de fous qui vient « jam­mer » chez nous. Je me tiens avec des gens du Cirque (du So­leil) qui viennent faire des acro­ba­ties dans la cour », dit-il.

Il s’est aus­si mis au pia­no ré­cem­ment après avoir dé­lais­sé le jeu Gui­tar He­ro, dont il était de­ve­nu cham­pion ex­pert. « J’ai un cla­vier dans mon ap­part à New York et je joue mes af­faires de Sa­rah McLa­chlan et Dé­pêche Mode, ça me change de Wa­gner ! En vieillis­sant, les met­teurs en scène se mettent à l’aqua­relle ou la pein­ture à l’huile, moi j’ai trop fait d’images dans ma vie. Peut-être qu’un jour, je fe­rai un concert, qui sait? ».

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