AU COEUR DE LA MA­CHINE DE RO­BERT LE­PAGE

NEW YORK | On se croi­rait dans une salle de contrôle la veille d’un lan­ce­ment de fu­sée. À voir l’im­po­sante scène mo­bile, le nombre d’écrans dans la salle et de tech­ni­ciens avec des mi­cro­casques, la com­pa­rai­son au monde spa­tial n’est pas fu­tile. Par­mi l’ar

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Ma­rie-Joëlle Parent

On sent qu’on fait beau­coup plus par­tie de la fa­mille. Ils étaient contents de nous re­voir. Au dé­part, c’était dif­fi­cile d’ar­ri­ver ici, ra­conte Ber­nard Gil­bert, di­rec­teur de la pro­duc­tion qui tra­vaille avec Le­page de­puis 2005. Il fait ré­fé­rence à leur pre­mière ar­ri­vée aux ré­pé­ti­tions de l’Or du Rhin au prin­temps 2010. « Le Met était un peu sur les ta­lons, ils sont très syn­di­qués et cer­tains se di­saient pour­quoi il faut que ça soit une gang de Qué­bé­cois qui vient nous mon­trer com­ment faire un spec­tacle. On ne sent plus ça », pour­suit-il. « Le pre­mier show a été ex­trê­me­ment ar­du. Là, les gens y croient et veulent le faire », ajoute François St-Au­bin, chef des cos­tumes.

LE MONSTRE DE LA MA­CHINE

Il faut dire qu’Ex Ma­chi­na dé­bar­quait avec toute une bête (ou un monstre, c’est se­lon) avec cette scène qui pèse 90 000 livres et qui a for­cé des tra­vaux de cen­taines de mil­liers de dol­lars au Met pour ren­for­cer les fon­da­tions. Cons­truite par la com­pa­gnie Scène Éthique à Va­rennes, elle est consti­tuée de 24 pan­neaux qui tournent au­tour d’un axe sur les­quels sont pro­je­tées des ani­ma­tions vi­déo. Dans le 3e opé­ra, des pro­jec­tions 3D se­ront uti­li­sées. La scène a été cri­ti­quée après l’ou­ver­ture à cause des bruits de sa mé­ca­nique. Le gé­nie der­rière cette scène, c’est Carl Fi­lion. Il est as­sis au fond de la salle, un oeil dans un or­di­na­teur por­table et l’autre sur la scène. « Cette fois-ci, la grande dif­fé­rence c’est qu’on connaît la ma­chine et com­ment elle ré­agit sur scène et com­ment ça prend de temps », dit-il.

Et le bruit ? « On a mis le doigt sur la source. On a mis une colle spé­ciale dans quelques-uns des bou­lons géants de l’axe et ça ré­duit le bruit à 80 %. Ça amé­liore énor­mé­ment la qua­li­té du spec­tacle, c’était dé­ra­geant », dit le scé­no­graphe.

Le jour de ma vi­site, ils ont mis une heure pour ré­pé­ter les deux der­nières mi­nutes du spec­tacle, une tran­si­tion com­plexe où une acro­bate (dou­blure du per­son­nage prin­ci­pal) est sus­pen­due la tête en bas alors que la scène se dresse à 90 de­grés. Rien n’est lais­sé au ha­sard et les me­sures de sé­cu­ri­té sont ex­trêmes.

Dans la salle, une poi­gnée d’étu­diants au doc­to­rat et pro­fes­seurs sont en stage d’ob­ser­va­tion. Ils ont ap­pli­qué au­près d’Ex Ma­chi­na pour avoir ce pri­vi­lège. L’un d’eux est ve­nu de Pa­ris juste pour ça. « La liste d’at­tente est longue », dit-il.

UN TRA­VAIL PHY­SIQUE

Du­rant la deuxième par­tie de la jour­née, les huit Wal­ky­ries (guer­rières) sont as­sises sur les pan­neaux imi­tant les mou­ve­ments d’un che­val avant de glis­ser sur les fesses jusque sur la scène. Il est rare qu’on de­mande à des chan­teurs d’opé­ra de faire des choses aus­si « phy­siques ». Dans leur cas, elles ont été au­di­tion­nées en consé­quence, ex­plique Ber­nard Gil­bert.

« Cha­cune est plus pe­sante que l’autre, il faut qu’elles glissent, mais pas trop vite, donc elles ont toutes des tis­sus dif­fé­rents sur les fesses. On passe notre temps à gé­rer des choses qu’on ne voit pas », ex­plique François St-Au­bin, cos­tu­mier. Pour les chaus­sures, il uti­lise des bottes de boxe an­ti­dé­ra­pantes.

Lui aus­si a dû faire sa place par­mi le dé­par­te­ment de cos­tumes du Met. « C’était pas très ac­cueillant au dé­but. C’est un gros ba­teau, c’est lourd et ça fonc­tionne à l’an­cienne, mais la main-d’oeuvre est fa­bu­leuse », conclut St-Au­bin.

Ci-des­sus, les chan­teurs d'opé­ra Eva-Ma­ria West­broek (Sie­glinde) et Jo­nas Kauf­mann (Sieg­mund) en pleine ré­pé­ti­tion d'une scène de Die Walküre. COURTOISIE KEN HO­WARD/ME

TROPOLITAN OPE­RA. À droite, la scène mo­bile du spec­tacle pèse 45 tonnes YVES RE­NAUD/ME­TRO­PO­LI­TAN OPE­RA

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