Mu­si­cien et ... riche fi­nan­cier?

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Dar­ryl Ster­dan

AUS­TIN, Texas | Duff McKa­gan jure qu’il n’est pas riche comme Cré­sus. Pas au­tant que vous pour­riez le croire du moins.

« Je suis juste un mu­si­cien qui tra­vaille », a in­sis­té le ro­ckeur à la longue che­ve­lure blonde, en si­ro­tant un ca­fé au lait lors d’une en­tre­vue ac­cor­dée dans le cadre du 25e fes­ti­val South By Southwest (SXSW), qui se dé­rou­lait en mars à Aus­tin, au Texas. « Qu’est-ce qui vous fait croire que je suis riche ? », a-t-il de­man­dé.

Cher ami, je ne sais pas. Peut-être parce que vous avez été le bas­siste de Guns N’ Roses (GN’R) pen­dant 13 ans et que le groupe a ven­du plus de 100 mil­lions d’al­bums. À moins que ce ne soit les mil­lions d’autres al­bums ven­dus sous la hou­lette du groupe Vel­vet Re­vol­ver, ti­ré de GN’R. Ou peut-être aus­si parce que vous êtes sur le point d’amor­cer une nou­velle car­rière de gu­ru de la fi­nance pour les mu­si­ciens, en créant votre propre firme, Me­ri­dian Rock. C’est pour cette rai­son que vous êtes au SXSW, non ? Pour don­ner une pré­sen­ta­tion in­ti­tu­lée ma­li­cieu­se­ment Votre conseiller fi­nan­cier est Duff McKa­gan. « Oui, c’est vrai », a-t-il fi­na­le­ment ad­mis.

L’homme, dont la lé­gen­daire pro­pen­sion à consom­mer de l’al­cool au­rait ins­pi­ré la mas­cotte de la bière « Duff Man » dans Les Simp­son veut main­te­nant que ses pairs lui fassent confiance dans la ges­tion de leurs avoirs. Il veut aus­si qu’ils leur donnent une par­tie de leurs gains sous forme d’ho­no­raires. Avouons que ces per­sonnes pour­raient prendre de pires dé­ci­sions.

Après l’im­plo­sion de GN’R dans les an­nées 1990, Mcka­gan est re­tour­né à Seat­tle, sur la côte ouest-amé­ri­caine, où il a ob­te­nu un bac­ca­lau­réat en fi­nances, dont il a ti­ré pro­fit dans les négociations en­tou­rant Vel­vet Re­vol­ver et son autre groupe, Loa­ded. En outre, il a nour­ri ses ta­lents pour les chiffres et la plume en si­gnant une co­lonne pour Play­boy in­ti­tu­lée Duf­fo­no­mics , en plus d’écrire pour ESPN et, ré­gu­liè­re­ment, pour le Seat­tle Week­ly . Peut-être a-t-il be­soin d’ar­gent à bien y pen­ser.

Mais il n’a pas aban­don­né la mu­sique pour au­tant. McKa­gan et le groupe Loa­ded sont aus­si ve­nus à SXSW pour pré­sen­ter sur scène un avant-goût de leur opus « The Ta­king ». Pro­duit par le pi­lier de la mu­sique de Seat­tle Ter­ry Date (Sound­gar­den), il s’agit d’une vé­ri­table ex­plo­sion de gui­tares se­lon la bonne vieille re­cette, qui ma­rie les mots de Duff à un son ty­pi­que­ment grunge.

Alors qu’il at­ten­dait son tour pour prendre la pa­role, le ta­toué McKa­gan – vê­tu de l’uni­forme de la ve­dette rock (ves­ton noir et jean), a par­lé mu­sique, ar­gent et de la scène mu­si­cale de Seat­tle. Mu­sique ou fi­nance : quelle ac­ti­vi­té meuble le plus clair de votre temps ?

Oh, elles vont de pair. Et ces jours-ci, il le faut. Parce que plus per­sonne ne vend d’al­bums. Il n’y a plus de ventes de plu­sieurs mil­lions d’al­bums rock. Les groupes doivent s’adap­ter. Et les jeunes mu­si­ciens savent plus que les autres ce qu’il faut consen­tir comme ef­forts pour faire en sorte qu’un groupe rock fonc­tionne. Ils savent com­bien coûte l’es­sence dans chaque état. Ou si vous êtes en au­to­bus en An­gle­terre, il vaut mieux prendre le mé­tro une fois à Londres pour sau­ver de l’ar­gent. Pour avoir du suc­cès de nos jours, vous de­vez connaître l’uni­vers des per­mis, le coût des chan­dails que vous ven­dez, votre in­ven­taire et tout. »

The Ta­king a vrai­ment un son très Seat­tle. Pas né­ces­sai­re­ment les chan­sons, mais le son des gui­tares et de la bat­te­rie, non ?

Ça a quelque chose à voir avec l’hu­mi­di­té. Je ne blague pas. Il y a vrai­ment un son de Seat­tle. Je le sais pour avoir gran­di en jouant dans des groupes punks. Tout le monde ré­pète dans le sous-sol, por­tant des man­teaux, alors vous êtes mal à l’aise et in­con­for­tables. De plus, il pleut et tout est un peu hu­mide. Je pense que les haut-par­leurs peuvent être un peu hu­mides, et leurs tubes tirent un peu dif­fé­rem­ment à cause de la conden­sa­tion. Je ne pense pas que qui­conque ait dé­jà ex­plo­ré cet as­pect du son de Seat­tle, mais pour moi ce­la a tou­jours été évident.

Dans chaque en­tre­vue, on vous ques­tionne à pro­pos d’une éven­tuelle réunion de GN’R et sur l’em­bauche d’un nou­veau chan­teur pour Vel­vet Re­vol­ver. Ça doit vous rendre ma­lade, non ?

Ce­la fait par­tie de la vie. J’ai ap­pris à le com­prendre. Je le de­vais. J’au­rais pu me battre chaque fois, mais ce­la n’au­rait ser­vi à rien, car on ren­contre tel­le­ment de gens dif­fé­rents. C’est ce que j’ai fait lors de ma par­ti­ci­pa­tion ré­cem­ment à un spec­tacle de gui­tares en An­gle­terre. Chaque jour, il y avait 1000 per­sonnes. Cha­cune, sans ex­cep­tion, m’a po­sé cette ques­tion. Alors le deuxième jour, ils ont po­sé une af­fiche di­sant : « Non, Guns N’ Roses ne vont pas se réunir, et Vel­vet Re­vol­ver n’a pas de pro­jet pour le mo­ment ». C’était hi­la­rant.

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