UN GENRE dé­pas­sé?

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Liz Braun

Que les femmes peuvent être naïves ! Du moins celles que nous pré­sentent les co­mé­dies ro­man­tiques. Il y en a sou­vent une qui se saoule et tombe ac­ci­den­tel­le­ment en­ceinte, mais qui es­père par la suite vivre heu­reuse pour le reste de ses jours avec le plouc qui l’a en­gros­sée, une autre qui tombe amou­reuse de son re­pous­sant pa­tron, un chi­rur­gien cou­reur de ju­pons, ou qui re­nonce à sa car­rière d’ac­trice in­ter­na­tio­nale pour se ma­rier à un abru­ti.

Vous avez sû­re­ment re­con­nu Gros­sesse sur­prise, Mé­chant men­teur et Not­ting Hill. Créer des per­son­nages de femmes dé­pour­vues de tout ju­ge­ment et de tout in­tel­lect, c’est le prin­cipe de base des co­mé­dies ro­man­tiques. Ce genre ci­né­ma­to­gra­phique offre des longs mé­trages à la du­rée de vie bien li­mi­tée. Plu­sieurs de ces films se­ront

vite ou­bliés, qu’on pense à La vie, tout sim­ple­ment, C’était à Rome, La SaintVa­len­tin, L’échange, Le chas­seur de primes, Loin des yeux, La guerre des ma­riés, La vé­ri­té toute crue, Han­té par

ses ex ou à Laisse tom­ber, il ne te mé­rite pas.

Peut-être vous de­man­dez-vous à quel mo­ment ça a com­men­cé à mal tour­ner pour les co­mé­dies ro­man­tiques ? Étaitce lorsque les scé­na­rios ont com­men­cé à avoir moins d’im­por­tance que le torse dé­vê­tu de Mat­thew McCo­nau­ghey ? Ou est-ce plu­tôt quand vous avez consta­té que l’« axe du mal » fai­sait ré­fé­rence à Ka­the­rine Hei­gl, Kate Hud­son et Jen­ni­fer Anis­ton ? Ou lorsque vous avez ces­sé de croire que Ge­rard But­ler, Adam Sand­ler ou Ash­ton Kut­cher pou­vaient être des ai­mants à femmes ?

IDÉES UTO­PIQUES

Les co­mé­dies ro­man­tiques sont en ef­fet de­ve­nues si exé­crables que les thé­ra­peutes dé­non­ce­ront bien­tôt leurs ef­fets pré­ju­di­ciables sur la so­cié­té en gé- né­ral. Ces films vé­hi­culent des idées uto­piques sur l’amour, la ro­mance et le ma­riage, laissent croire que les gros­sesses règlent tout ou qu’on peut de­ve­nir parent du jour en len­de­main parce qu’un ami a pé­ri dans un ac­ci­dent de voi­ture et nous a confié sa pro­gé­ni­ture. Pire en­core, on es­saie de nous faire croire qu’un simple ac­cro­chage entre deux per­sonnes mène à tout coup à une re­la­tion du­rable.

Si vous êtes chan­ceux, votre grand­mère ou un guide 101 des co­mé­dies ro­man­tiques vous a ini­tié aux clas­siques du genre, comme La dame du vendre

di, Adam's Rib et It Hap­pe­ned One Night.

Si c’est le cas, vous sa­vez qu’il est pos­sible de faire de bonnes et dé­centes co­mé­dies ro­man­tiques. Quelques-uns des clas­siques du genre, comme Sa­bri

na ou Ren­dez-vous, ont même été re­faits (lire « gâ­cher ») pour un pu­blic contem­po­rain.

Il se fait bien en­ten­du en­core de bonnes co­mé­dies ro­man­tiques. Dans un

pas­sé ré­cent, il y a eu des suc­cès tels Quand Har­ry ren­contre Sal­ly, Quatre ma­riages et un en­ter­re­ment, Éclair de

lune et An­nie Hall. On peut aus­si pen­ser que Gar­çons sans hon­neur était une co­mé­die ro­man­tique, ou à tout le moins un dé­ri­vé du genre, tout comme

Sim­ple­ment amis ? et Ma­rie a un je-ne­sais-quoi; des films qui étaient somme toute va­che­ment drôles. Tout pour un

A et La pro­po­si­tion n’étaient pas mau­vais non plus. Mais pour chaque bi­jou comme 500

Days Of Summer ou Blonde et lé­gale, il a des di­zaines de na­vets ( Sexe à New

York, Couple en va­cances et Tuer pour ai­mer, pour ne nom­mer que ceux-là), tel­le­ment mau­vais que vous ne pou­vez pas croire que vous avez payé si cher pour les voir.

Nous sommes bla­sés de re­gar­der des films sans sub­stance qui misent sur la forme et qui se ba­lancent du fond. Nous sommes tan­nés de ces femmes ins­truites dont la vie pro­fes­sion­nelle est cou­ron­née de suc­cès, mais qui de-

viennent sou­dai­ne­ment idiotes à l’idée d’un éven­tuel ran­card, de ces femmes qui ne réa­lisent pas qu’elles sont en amour avec leur ami, de ces couples qui ont com­men­cé par se haïr…

On nous pré­sente des couples dont la re­la­tion se dé­ve­loppe en ac­cé­lé­ré sur un fond de mu­sique pop, et pour une rai­son ou une autre, l’un des deux se pré­ci­pi­te­ra à l’aé­ro­port pour em­pê­cher l’autre de par­tir.

Pour­quoi la meilleure amie du per­son­nage prin­ci­pal fé­mi­nin est-elle tou­jours ru­sée et dé­mo­niaque ? Et pour­quoi le meilleur ami du gars a-t-il tou­jours l’air d’un loo­ser ou un in­adap­té so­cial ? Avez­vous re­mar­qué que per­sonne ne tra­vaille dans ces films ? Pour­quoi y a-t-il presque tou­jours un co­loc as­sis sur une toi­lette ? Com­ment un pro­me­neur de chiens peut-il se payer une mai­son sur la plage ? Un chan­teur de noces de­vrait en prin­cipe sa­voir chan­ter, non ? Est-ce qu’un brillant homme d’af­faires épou­se­rait une pros­ti­tuée ? Doit-on tou­jours nous lais­ser croire qu’ils fi­ni­ront heu­reux jus­qu’à la fin de leurs jours ?

RE­CETTE MI­RACLE ?

Le pro­blème dans tout ça, c’est que même les très mau­vaises co­mé­dies ro­man­tiques par­viennent à faire de l’ar­gent, alors pour­quoi ces­ser d’en pro­duire ?

Il n’y a pas de re­cettes mi­racles pour faire de bonnes co­mé­dies ro­man­tiques. Reste que ça prend une histoire dé­cente, une bonne dis­tri­bu­tion, une chi­mie entre les pro­ta­go­nistes et un pe­tit quelque chose de plus qui per­met­trait de sor­tir hors des sen­tiers bat­tus, de bri­ser les conven­tions.

L’as­pect co­mé­die est tout aus­si im­por­tant que l’as­pect ro­mance, un dé­tail que bien des com-roms semblent ou­blier. On s’at­tend d’une co­mé­die ro­man­tique qu’elle offre du di­ver­tis­se­ment, qu’elle nous per­mette de nous éva­der de la réa­li­té, et qu’elle nous donne la cer­ti­tude ab­so­lue qu’un jour l’Homme avec un grand H ar­ri­ve­ra sur un che­val blanc pour sau­ver sa dul­ci­née de cette vie sans amour.

ven­dre­di La dame du Quand Har­ry

ren­contre Sal­ly

Summer 500 Days Of

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